L’incroyable histoire de Kim Giani et des chansons de sa tante

© Eglantine Aubry

Il faisait très chaud au Supersonic ce soir-là, et comme d’habitude, il n’était pas évident d’apercevoir ce qu’il se passait sur scène. Il fallait s’asseoir sur les marches et ne pas se formaliser des fréquents coups de pied dans le dos. C’est là que la magie a opéré. On s’est aperçu que l’homme à la coiffure audacieuse à côté était le légendaire Kim Giani. Ce nom si souvent entendu dans la bouche de musiciens et associé à des artistes tels que Yuksek, Cléa Vincent ou bien Carmen Maria Vega.

Personnage atypique, Kim est un multi-instrumentiste jonglant entre batterie – instrument qu’il apprend à jouer gamin –, guitare, basse, piano, harmonica, saxophone, mais aussi des instruments moins communs, comme le ukulélé, l’omnichord et le vibraphone. La rencontre entre Kim et la musique est une histoire romanesque qui, ce soir-là au Supersonic, a commencé par son nom de famille. L’Italie des années 1980 dans toute sa splendeur musicale s’ouvre à nous, dans une discussion passionnée dont les héros s’appellent Pino D’Angiò, Adriano Celentano et Ricchi e Poveri.

Si pour Kim la famille Giani a « une histoire comme les autres », en réalité les anecdotes valent le détour. Le jeune homme rencontre « les maccheroni » (la partie ritale de la famille) assez tardivement. Alors qu’il est déjà plongé dans la musique depuis des lustres, il se découvre enfant d’une famille qui a le rythme dans le sang. Son père est batteur et joue avec Jacques Higelin, sa tante est chanteuse et son oncle a aussi son groupe de punk, les mythiques Calcinator.

« Tesoro mio a te » est l’hommage de Kim à une langue qui n’a jamais vraiment été la sienne, mais dont il maîtrise la musicalité et l’intonation. On se défait difficilement d’un ADN rital.

Cette rencontre ne pouvait pas s’arrêter là, aux marches du Supersonic. La discussion reprend donc au détour d’un festival paumé dans les bois, pour lequel Kim sera sur scène avec Cléa Vincent, avec leur groupe Les chansons de ma tante. Aux alentours de 17h, dans un espèce de rituel, les deux artistes ont un coup de barre. Leurs biorythmes sont synchro depuis qu’ils se connaissent. Complémentaires comme leurs signes du zodiaque, Bélier pour lui, Gémeaux pour elle. Kim et Cléa se connaissent depuis huit ans et, depuis 2013, ils jouent pour Les chansons de ma tante.

Mais la tante de qui, au juste ? La tante de Kim, Joyce Giani, voix féminine du début des eighties. Après avoir découvert les quelques titres non édités de Joyce, Kim se met en tête de les réinterpréter. Les maquettes appartenaient à l’origine à un album qui n’a finalement jamais vu le jour suite aux manigances d’un label se souciant trop de l’audience radiophonique. Selon les producteurs, la diffusion du 45 tours de Joyce Giani n’est pas assez forte pour que la sortie du disque ait lieu. Tristes revirements qui ne font que se multiplier de nos jours.

Il fallait une femme pour incarner ce personnage sulfureux, Joyce, sorti d’une époque où les chanteuses commençaient à se battre pour sortir des diktats imposés. Pour Kim, aller vers Cléa a été une évidence.

Le groupe se crée très vite, à l’occasion d’une soirée hommage à Joyce Giani organisée par Cléa. Jouer ce personnage venu d’une autre époque musicale est une expérience nouvelle pour Cléa Vincent, qui se retrouve confrontée à un univers rock, empli de toute la rébellion des femmes de ces années-là, en rupture avec l’imposante société patriarcale. Un exercice libérateur qui permet aux deux interprètes de fouiller dans d’autres aspects de leur personnalité par le biais d’un répertoire qui n’est pas le leur.

Sortir du simple cadre des chansons de Joyce Giani n’est pas chose simple, mais les deux en ont envie. « Chanter à la manière de » et préserver ce personnage dans lequel Cléa Vincent se plaît, mélange subtil de Kim et de Joyce, de femme rebelle et de fille tout droit sortie des années 1970, soixante-huitarde « avec la cuisse légère ».

Kim et Cléa ont une approche spontanée et transparente de la musique. Mais si Cléa est à l’aise avec sa langue maternelle et sa pop décomplexée, Kim a nourri une timidité à l’égard de la langue de Molière. « Je ne me voyais pas chanteur. Je me voyais étudier la musique dans mon coin, je me destinais à des études de musicologie », avoue-t-il. Il commence batteur, le plus loin possible de la scène. Dans un groupe, on écoute rarement le batteur, et il se sent vite frustré. Il apprend la guitare, en espérant se faire entendre. Mais là aussi, son droit de parole est réduit. Kim se laisse alors piéger et prend le micro pour chanter lui-même les notes qu’il a en tête.

Aujourd’hui, Joyce Giani est dans la comédie musicale et se consacre à l’écriture de romans. Kim et Cléa ont sa bénédiction et lui ont même laissé le micro pour chanter avec eux lors de la soirée « 1983 » aux Trois Baudets. Quant à Kim, il nous prépare un projet qui se promet fascinant : composer du rap italien avec Youssef Abado, une sortie attendue sous le label Midnight Special Records qui va dévoiler encore une autre partie de cet artiste infatigable et polymorphe.

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