Les Parisiens : Made in Paname

Le Made in China, ça suffit. Les Parisiens, c’est une marque streetwear 100% Made in Paris. Montebourg x Les Parisiens même combat ? Peut-être bien ! Oui, il est temps de laisser place au savoir-faire des petites mains de la capitale, à la création parisienne, de la conception à la vente. Les Parisiens c’est aussi la rencontre entre deux passionnés de mode, Ousman Bamba et Sylvain Montassut, qui réunissent leurs inspirations au cœur de la marque, au cœur des rues de Paname. Direction le Marais (pour changer) à la rencontre de Sylvain et des Parisiens…

MXXI – Bonjour Sylvain ! Comment est né le projet Les Parisiens ?

SM – Les Parisiens c’est d’abord la rencontre avec un ami de longue date, Ousman Bamba. De mon côté j’ai fait une école de mode, j’ai ensuite fait plusieurs stages et j’ai travaillé dans des Maisons en tant que styliste. J’ai tout arrêté pour travailler en boutique, ce qui me laissait du temps pour le projet, j’ai donc eu également l’opportunité de disposer d’un point de vente dans cette boutique pour Les Parisiens. Ousman a étudié en école de commerce, on a donc décidé d’associer nos savoir-faire au sein de notre marque. On a déposé le nom Les Parisiens en 2011, en étant d’ailleurs surpris que le nom ne soit pas déjà pris, et l’aventure a commencé.

Ousman Bamba ©Laurent Marion Photography
Ousman Bamba © Laurent Marion Photography
Sylvain Montassut © Laurent Marion Photography
Sylvain Montassut © Laurent Marion Photography

MXXI – Comment le concept Made in Paris vous est-il venu à l’esprit ?

SM – Cette idée est née du ras-le-bol qu’on avait du made in China, de la consommation McDo comme: tu achètes, tu laves et tu rachètes un nouveau vêtement. Evidemment il existe beaucoup de marques de streetwear aujourd’hui, on n’a pas non plus inventé l’eau chaude, mais très peu voire aucune ne fabrique tout à Paris. Ca nous coûte plus cher c’est sûr mais c’est le cœur de notre concept. Alors évidemment parfois certaines matières vraiment premières viennent de Chine mais tout est imaginé, cousu et finalisé à Paris.

On réalise de petites séries qui permettent d’abord une plus grande variété. Les gens veulent un vêtement qui leur soit propre, comme quand tu vas dans une boutique vintage. Je pense que n’importe qui a envie d’avoir son identité même sans avoir un style marqué et exubérant. Se fondre dans la masse peut être rassurant mais c’est aussi irritant, on n’est pas des moutons !

Ensuite, les petites séries nous permettent de travailler des matières de qualité. Par exemple, j’utilise du cuir à petites touches. Je pourrais très bien me servir d’un similicuir sans que beaucoup de clients ne s’en rendent compte mais ça ne serait pas fidèle à notre idée de départ. Bien sûr on le fait dans la limite du possible pour ne pas que les prix s’envolent. Notre cible c’est les jeunes 18-30 ans qui ne peuvent pas se permettre des gammes de prix ultra élevées. D’ailleurs, nous avons eu la chance d’avoir un stand éphémère à Citadium, notre marque a très bien marché puisque leur clientèle est la notre.

Stand éphémère au Citadium
Point de vente éphémère au Citadium

Cette idée de qualité plutôt que quantité – tant au cœur de ma marque que dans la manière dont j’achète une pièce – est première dans notre projet. Avant de livrer une pièce je revérifie les coutures, les finitions, l’étiquette (que l’on coud au lieu de l’épingler à l’arrache). J’ai toujours eu le réflexe de regarder l’étiquette et les détails d’une pièce. Quand tu vois des enseignes de prêt-à-porter qui te parlent de « pulls en laine » alors qu’il n’y en a que 5% et qu’ils te le vendent comme s’il n’était fait que de laine, tu as clairement la sensation de te faire avoir (pour le dire poliment). Pourtant, même si c’est ce que défend Les Parisiens, notre clientèle ne le remarque pas toujours (peut-être des lacunes côté communication de notre part) quand elle achète nos pièces, soit parce que les gens n’ont plus l’habitude de prêter attention aux matières, au lieu de fabrication, à la manière dont c’est fabriqué, ou bien parce qu’ils n’y croient pas, tout simplement. Aujourd’hui quand on vous dit c’est Made in France (ou « in Paname »), on vous rit au nez.

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MXXI – Comment organisez-vous le travail à deux ? Est-ce qu’il y a d’autres personnes qui interviennent dans le projet ?

SM – Moi je fais la partie design, stylisme, et mon pote fait la partie commerciale. Comme nous ne sommes que deux, nous sommes multitâches. Je me retrouve parfois à faire de la retouche photo alors que je n’ai jamais fait ça avant et mon pote va parfois livrer les clients en commande e-shop. Maintenant on a tout de même un photographe officiel, et il a des collaborations qui se font lors de certaines collections. Par exemple, Tyler Spangler, graphiste basé à Los Angeles, nous a proposé une collaboration, ce qu’il fait souvent avec des petites marques.

Les Parisiens X Tyler Spangler
Les Parisiens X Tyler Spangler
Les Parisiens X Mycopperracoon
Les Parisiens X Mycopperraccon

MXXI – Les Parisiens : le nom parle de lui-même. Néanmoins, tu pourrais nous en dire un peu plus sur ce qui t’inspire pour tes pièces ?

SM – La rue, la vie de tous les jours, Paris mais Paris dans son ensemble. C’est trop réducteur de ne voir que la Tours Eiffel, l’Arc du Triomphe et j’en passe, sous prétexte que c’est Made in Paris, ca me fatigue. Je veux aussi faire parler mes goûts esthétiques, exprimer ce que j’aime, mon univers, comme les animaux par exemple, qui apparaissent souvent sur nos pièces sous forme d’imprimés sur les tissus, ou d’écussons. Le concept de départ c’est fabriqué à Paris et non pas clin d’œil à Paris toute les cinq minutes, sinon je me mets à faire des porte-clefs Tour Eiffel et basta. C’est peut-être d’ailleurs mon défaut, j’ai tendance à m’éparpiller même si le vestiaire de la marque est défini par des pièces maitresses : le hoodie (sweat à capuche quoi), le bonnet et le sac-à-dos.

© Laurent Marion Photography
© Laurent Marion Photography

On s’inspire aussi beaucoup des Etats-Unis, tant dans le style que dans la manière de penser. Je m’explique : quand tu observes la mentalité américaine notamment dans le domaine sportif, ils sont super fiers de leur quartier, de leur ville, alors qu’en France tu vas avoir un match de foot avec des slogans comme « Vive le PSG » et à côté tu vas avoir « Nique la France » tagué sur les murs. La France c’est un beau pays alors autant en être fier, et je veux pouvoir dire ça sans qu’on fasse des amalgames bidon ! La dernière collection est d’ailleurs beaucoup inspirée du Super Bowl : chaque équipe est fière de représenter sa ville et les habitants supportent à fond leur équipe. J’ai donc eu l’idée de l’écusson revisité version Les Parisiens avec le logo. J’ai aussi toujours apprécié le style des tenues de Super Bowl, qui est quand même plus recherché que celui des maillots de l’équipe de France.

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MXXI – Niveau com’, vous organisez quelques évènements ou participez à certains?

SM – On a fait une soirée il y a deux ans environ à Châtelet dans un bar qui s’est super bien passée. Elle était consacrée à la marque, on vendait des T-shirt sur place, il y avait des DJs, open bar, la totale quoi ! Le succès était au rendez-vous, ça nous a permis de faire découvrir un peu plus l’univers de la marque. On avait aussi fait un événement avec l’agence Louis Creative Workshop. On participait à différentes soirées le jeudi soir pendant plusieurs mois où il y avait d’autres marques de prêt-à-porter, des DJs, des artistes de tous horizons.

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Louis Creative Workshop

Sinon on fait aussi de la com’ de rue en mode illégal le soir. Nos affiches laissent par ailleurs planer un certain mystère : le logo, des fleurs en fond et le nom Les Parisiens, sans autres indications précises. Les gens intrigués par l’objet non communiqué de l’affiche sont plus incités, à mon sens, à aller voir de plus près de quoi il s’agit. C’est un moyen de communication efficace qui ne coûte pas cher : on cible les quartiers, c’est vraiment la personne dans la rue confrontée au visuel.

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MXXI – En parlant de communication et de logo : pourquoi un triangle ?

SM – Tout simplement parce que j’aime bien cette forme. Oui c’est à la mode. On se fait appeler Hipsters, on nous a « traité » d’Illuminati quand j’ai sorti le triangle avec un œil à l’intérieur. Le triangle peut symboliser beaucoup de choses comme la Trinité. Mais moi je pense avant tout au visuel. J’ai mon univers graphique et je voulais le retrouver dans ma marque. J’avais pas envie d’un logo tordu avec des interprétations hyper conceptuelles et pointues, c’est réducteur et ça donne naissance à un concept pseudo recherché intello mais finalement ça ne veut plus rien dire. Au début le logo devait représenter mes initiales mais c’est un projet à deux donc j’ai préféré le triangle. J’ai toujours aimé les bonnets, le graphisme et les animaux. Si c’est la mode sous la bannière hipster et bien pourquoi pas. Chacun y voit ce qu’il veut y voir. Et puis de toute façon si c’est à la mode, je ne considère pas cela comme un problème. Il faut bien être dans l’air du temps et vivre avec sa génération.

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Je trouvais par ailleurs que les triangles dans le triangle représentaient ce côté un peu communautaire du parisien, un aspect, disons le franchement, fermé. Même les quartiers entre eux au sein de Paris sont assez distincts et communiquent peu finalement. Si tu observes bien tu arrives à distinguer des styles propres à chaque quartier. Il n’y a pas un Paris mais des Paris. D’ailleurs, mon collaborateur et moi vivons dans deux quartiers différents, nous avons un style distinct, lui plus bobo chic, moi plus street. On réalise que notre vision de Paris n’est pas la même parfois.

MXXI – L’élégance parisienne fait partie de l’imaginaire que les étrangers ont de la France, que penses-tu de ce « cliché » ? D’ailleurs une collègue de Manifesto a réalisé un mémoire autour de la problématique suivante : Dans quelle mesure peut-on dire que Paris est la capitale de la mode ? En quelques mots – car le temps nous manquerait pour refaire un mémoire – que répondrais-tu ?

SM – Moi qui travaille en boutique, je vois passer beaucoup de Chinois en vacances à Paris et je les vois avec des sacs Bershka, Zara, Stradivarius, et je leur dis : vous ramenez tout de chez vous, chez vous. Ils rient mais se sentent gênés à la fois parce que c’est le cas ! Je trouve que c’est dommage parce qu’on parle du chic parisien, de Paris comme la capitale de la mode alors que beaucoup d’étrangers, même si c’est aussi une question de moyens, vont acheter dans des grandes enseignes de prêt-à-porter, et ne ramènent rien de Paris dans leurs bagages. Pour moi c’est comme l’Américain qui vient en France et va manger au McDo. Ca ne sert à rien. Alors c’est ce qu’on essaie d’apporter avec notre marque, à petite échelle bien sûr.

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Mais Paris est quand même la capitale de la mode et de la culture grâce à son patrimoine et des évènements toujours présents comme la Fashion Week. Néanmoins, je pense aussi qu’il n’y a pas autant de lâcher-prise dans la rue comparé à d’autres grandes villes. Les créateurs japonais par exemple, ont inventé un réel mouvement dans le paysage fashion actuel, et quand tu vas dans les rues, les gens adoptent leur style propre, il n’y a pas autant de réserve et de volonté de se fondre dans la masse qu’à Paris. La mode parisienne est aujourd’hui je trouve plus suiveuse que lanceuse d’un réel style et c’est dommage car il y a beaucoup de potentiel.

© Laurent Marion Photography
© Laurent Marion Photography

MXXI – Notre thème ce mois-ci est masculin/féminin, comment assimiles-tu la dimension du genre quand tu crées?

SM – Ce qui est drôle c’est qu’on nous dit que la collection fait hyper masculin, ce n’est pas faux ! Pourtant 70% de nos vêtements sont vendus à des femmes. Je pense que ça vient du fait qu’elles ont l’habitude depuis longtemps de piquer les fringues à leurs mecs, l’inverse est plus rare. C’est devenu une mode. J’ai déjà vu des clientes mettre nos sweats à capuche en robes, bon effectivement c’est un peu court, mais on voit que la femme se réapproprie le vestiaire de l’homme. Inversement, les hommes se sont féminisés dans la mode : T-shirt long, leggings etc. Mais chez nous les pièces sont unisexes. Je pense que si l’on se mettait à faire des pièces plus féminines, les mecs n’achèteraient pas. L’homme est pour l’instant moins ouvert que la femme. Comme je travaille en magasin je m’en rends compte. Les hommes ont besoin d’être rassurés, d’être sûrs que c’est bien un truc de mec, que c’est écrit « homme » sur l’étiquette, alors que les femmes sont plus open là-dessus, elles s’en fichent complètement.

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Les Parisiens

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