Le pyjama: king du sleepwear.

De gauche à droite: Dolce&Gabbana, Gucci et Alexander Wang Source: vogue.fr

Non non ce n’est pas une blague. La tendance est là depuis un petit moment, glissant négligemment de la chambre à la rue, des podiums aux armoires. Petit point sur l’invasion du sleepwear, à comprendre comme la gamme de vêtements de nuit raisonnablement portables de jour maintenant. Dans la famille sleepwear, vous avez l’embarras du choix mais mon roi, c’est le pyjama. Pour ceux qui ne seraient pas convaincus de la pertinence de cet article, faites-vous une tisane, mettez votre plus beau pyjama et continuez à lire cet article enroulé dans un plaid en polaire.

Il était une fois, l’histoire d’un chic négligé et insolent…

Jadis, rayon vêtements de nuit c’était chemise de nuit pour tout le monde. À l’origine d’une petite révolution vestimentaire, il y a un pantalon « pae-jama » en hindi rapporté par le colonisateur anglais en Europe au XIXème siècle. Le pyjama est dès le début teinté d’exotisme, et c’est par ce biais qu’il va devenir populaire. Il semblerait que ce soit les femmes qui se l’approprient le plus rapidement et pour cause : le pyjama est un vêtement d’intérieur et il leur permet de porter leur premier pantalon. La mode orientaliste des années 20 permettra à l’extravagance de cet accoutrement de se répandre. On parle de pantalons à la turque, de bloomers… Tout est bon pour être confortablement installé dans un pantalon.

La tendance de porter des vêtements de nuit le jour ne date donc pas des années 2000, mais elle n’a plus le même caractère transgressif qu’avant. Initialement donc, le pyjama se porte de jour, c’est une fantaisie plus qu’une banalité, oui mais encore ? Le pyjama se porte à la plage dans l’entre-deux-guerres. Qui va contribuer à la popularité du vêtement ? Je vous le donne en mille : Coco Chanel.

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Sauriez-vous me situer « Pyjamapolis » sur une carte ? Non ? Ce merveilleux endroit n’est autre que Saint Juan les Pins sur la Côte d’Azur, et vous l’aurez deviné la tenue de rigueur est un pantalon très large que l’on tolère mieux dans ce cadre décontracté.

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Souvenirs de Pyjamapolis, exposition temporaire organisée par le musée de la carte postale d’Antibes en 2007
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http://museedelacartepostale.fr/wp-content/uploads/2015/07/cartes-postales-pyjama-plage.pdf

Le pyjama revient chahuter les codes de la mode dans les années 60 avec les créations de la Princesse Irene Galitzine qui en fait le must-have de la jet-set mondiale, on parlera même plus spécifiquement de palazo pyjama. Le pyjama séduit pour le confort qu’il offre et l’élégance décontractée. Le choix des matières (satin, soie, rayonne) et la coupe sont capitaux.

 

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Dans Vogue 1965, Irene Galitzine

Le vêtement est souple, et androgyne, c’est ainsi qu’il séduit progressivement. Le pyjama a gagné ses lettres de noblesse avec le cinéma hollywoodien, avec Claudette Colbert en pyjama en 1934 dans New York-Miami (titre original « It happened one night »), ou Audrey Hepburn dans « Vacances Romaines » 1953 ou encore Paul Newman dans « La chatte sur un toit brûlant » 1955. Mais ce n’est pas tout. La tendance pyjama ne se limite pas aux podiums de luxe et à l’image glamour de quelques stars, c’est un univers à part entière et qui mérite bien qu’on lui prête attention. Il y a mode du pyjama et mode des pyjamas, pyjama couture et pyjama pop culture. D’un pyjama ultra-chic et soft-libertaire on est plutôt passé à un uniforme du confort.

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« La Chatte sur un toit brûlant » avec Elizabeth Taylor et Paul Newman 1955
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1934 « It happened one night » Cladette Colbert et Clark Gable

Le pouvoir du fluffy, cozy, silky…

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D&G Menswear Spring-Summer 2016
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Gucci SS 2016
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D&G Menswear SS 2016

Mêmes les fashionistas auront un peu de mal à vous dire quand le pyjama est redevenu « in » mais ça se situe autour 2008. Pour le printemps été 2016, le pyjama a été vu chez Gucci, Dolce&Gabbana, Etro, Loewe…  La tendance pyjama comme vêtement de jour dure car c’est du soft power au sens propre et figuré. Le jogging est aussi un vêtement confortable mais l’imaginaire et le potentiel stylé du pyjama ne sont pas du tout les mêmes. Les vêtements de nuit sont devenus des objets extrêmement populaires et protéiformes, voire même  un miroir déformant des tendances en cours. Toutes proportions gardées, on n’a pas besoin de pyjama et il paraît d’ailleurs qu’il serait meilleur de dormir nu et il s’avère que très peu de gens en utilisent au quotidien.

Pourtant quand je constate saison après saison les trésors de créativité développés par Etam, je me dis qu’il y a quelque chose d’autre à dire. Dans cette popularité, on pourrait voir une sorte de sacralisation des moments de notre vie quotidienne, apologie d’un confort inégalé. Même si notre coucher n’est pas une représentation comme celui de Louis XIV, c’est encore un confort maximal d’avoir une panoplie impeccable pour son repos.

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La popularité du vêtement aurait-elle aussi quelque chose à voir avec tout un imaginaire girly de pyjama party ? Il semblerait que ce soit plus les femmes qui portent des pyjamas. Plus généralement, c’est un vêtement associé à l’enfance pour moi avec ce moment où maman raconte une histoire. Le pyjama dans sa version flanelle et carreaux a quelque chose à voir avec une certaine culture anglo-saxonne que nous connaissons si bien via un certain nombre de séries et de films…

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René Zellweger alias Bridget Jones

À chacun son style, à chacun son pyjama

Ce qui explique aussi la longévité d’une tendance qui aurait pu n’être qu’une fantaisie, c’est qu’elle est parfaitement dans l’air du temps donc. Le pyjama se recycle, imprègne le design d’autres vêtements  et sert de matrice aux concepts du homewear, loungewear, cocooning… Il se porte à différents degrés, un peu, beaucoup, passionnément : chemise soft, kimono ou total look. À tel point que ça donne des ovnis de type jeeggings, pyjama smocking,… et qu’on ne le quitte plus !

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Certaines universités aux États-Unis et Tesco en Grande-Bretagne ont banni les pyjamas de leurs enceintes. Les sociologues ont nommé ça le A.D.P.S. (All-Day Pajama Syndrome, créé par Robin Livingstone 2003). À noter tout de même, que le pyjama griffé est acceptable sur un mannequin de 1m80 mais la ménagère qui sort en pyjama faire ses courses peut aller se rhabiller.

Porter un pyjama en public, même si on vous dit que c’est tendance, ça dérange oui. Classiquement, on peut lire que c’est la confusion sphère publique/privée qui a du mal à passer. Et pourtant si on perdait moins de temps à s’habiller le matin, est-ce qu’on ne serait pas plus zen ? C’est du moins un argument de certains adeptes, pas dénué de sens.

Il semblerait qu’il y ait la place pour de vraies études sociologiques sur les différentes approches et différentes sensibilités dans le port du pyjama. Undiz explose quand Tommy Hilfinger propose des versions ultra classiques, et pourtant on parle toujours de pyjama. Montre-moi ton pyjama je te dirai qui tu es ? Que dire alors des fans de kigurumi (version anime de la grenouillère) ? Cette profusion et cette diversité de modèles ont quand même quelque chose d’inédit.

Pourquoi s’habiller ? Pour montrer aux autres que l’on est le plus beau, exprimer une personnalité etc… Et donc s’habiller à la mode du pyjama c’est quand même une sacré ironie, renforcer encore plus cet intérêt des autres, en mettant désinvoltement en scène son confort. Une note décalée en prime. Voire un côté sexy. Vous pouvez maintenant déculpabiliser pleinement si vous souhaitiez rester en pyjama plus que le dimanche, et expliquer très doctement que vous perpétuez une tradition ancestrale de confort… et non un banal laisser-aller dû au mal du siècle : la flemme.

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