Portrait d’un rêveur romantique 2.0 nommé Lambert Duchesne

© Lambert Duchesne

Rêveur romantique, conteur de l’intime, poète onirique… La qualification adéquate n’est pas chose facile à décider. Parce que Lambert Duchesne est un peu tout cela à la fois. Entre clips, art vidéo et VJing, l’œuvre de Lambert est large et repose sur un univers parallèle, presque merveilleux, à la fois complexe et léger, intime et familier, mais surtout débordant de positif et profondément inspirant.

Les fondations formelles de cet univers tiennent d’un mélange mêlant photographie, dessin et 3D, créant cette texture unique, brute, entre organique et synthétique, et dont on sent que l’inspiration vient tout droit de la sphère Tumblr. À ce sujet, Lambert explique : « La culture Tumblr, c’est un vivier de créations pointues, et de partage de ces contenus. Des artistes de niche pour un public de niche. Il y a une espèce d’imagerie commune entre membres, un fétichisme visuel. » Il cite le seapunk, mouvement confidentiel à la fois visuel et sonore né sur la plateforme au début des années 2010, ou le travail de Jonathan Vinel et Caroline Poggi, tout autant imprégné de ces thématiques de l’amour, d’Internet et des jeux vidéo.

Par cette poésie visuelle et textuelle foncièrement optimiste et influencée par des contenus spirituels, Lambert recherche la transmission d’une certaine pureté de l’émotion, à la source de ce qu’elles sont, naïves et spontanées. Mais surtout, il forme une espèce de bulle moelleuse où le temps est suspendu et dont on aimerait ne jamais ressortir. « J’essaie de former une sorte de cocon un peu paradisiaque avec des couleurs pop, tout en contrastes, en jouant avec le concret et l’abstrait. Toutes ces formes qui rappellent la biologie marine, cette flore abondante, c’est un peu l’image du paradis que j’ai, avec des couleurs chaudes. Ça rejoint mes textes et l’attitude que je veux communiquer par eux. » 

© Lambert Duchesne

« Ces rêves, des mots ne leur rendraient pas justice. Mais j’ai des images. »

Plus récemment, Lambert a lancé « Rêve », un nouveau projet de vidéos annoncé par ce teaser énigmatique qui, d’emblée, donne le ton : bienvenue dans le jardin très secret de son subconscient. Depuis 2010, Lambert note consciencieusement ses rêves sur un carnet, ou du moins ce qu’il s’en rappelle. Si au départ la démarche était purement personnelle et anecdotique, le désir de les mettre en images s’est naturellement fait ressentir au fur et à mesure que la création vidéo devenait centrale dans sa démarche artistique. « Quand j’ai commencé à les noter au réveil, je ne savais même pas que je voulais faire de la vidéo », se souvient-il. « Je savais que je voulais faire de l’art, mais c’était encore très abstrait dans ma tête. Mais j’ai fini par avoir envie de les illustrer, et finalement, c’est dans la lignée de ce que je fais déjà : raconter de l’intime. Il y a simplement ce côté surréaliste en plus qui reste propre aux rêves. »

La difficulté de se remémorer exactement les rêves et leurs détails aurait pu constituer un frein dans ce travail de retranscription graphique. Au contraire, Lambert s’en sert comme d’une richesse supplémentaire à intégrer dans la création, preuve d’une authenticité touchante. « C’est justement ce côté hachuré que j’aimerais aussi raconter. Raconter la façon dont je perçois le rêve plutôt que son côté narratif. Quand il y a des trous, quand ça passe d’une situation à une autre brusquement et sans aucune logique, j’aimerais vraiment réussir à le raconter comme ça. » 

Dans le premier épisode de la série, Lambert nous entraîne dans le souvenir d’un rêve où une mystérieuse psychologue le soumet au test de Rorschach, un poil de sérieux médical en moins et un brin d’absurdité en plus.

Quand on se plonge dans son œuvre, on remarque aisément que la musique est omniprésente et participe à former le cocon paradisiaque qu’il décrit. Comme un thème de cinéma, elle répond à l’image et aux textes positifs de ses créations romancées. Mais ce rapport à la musique va bien plus loin : quand ce n’est pas Lambert qui fait appel à elle pour ses vidéos, c’est la musique qui vient à lui.

Le VJing tout d’abord. Venu à lui assez naturellement mais un peu par hasard, il en fait rapidement l’une de ses spécialités. « C’est Charles Mai Lam de Decilab qui m’en a parlé en premier et qui m’a proposé d’en faire pour leurs soirées. Je ne connaissais pas vraiment, ça me paraissait être un truc de loin, mais j’avoue que ça me faisait assez fantasmer. » Malgré quelques a priori négatifs, Lambert se lance et y prend goût. Mais assez vite, il se rend compte que l’expérience tourne en rond et demande beaucoup d’efforts pour peu de gratitude (et de gratification). S’il observe un timide effort général sur la visibilité de la performance vidéo et une volonté d’ouvrir la musique à autre chose, avec des salles comme la Gaîté lyrique qui propose de plus en plus de lives audio-vidéo, il déplore surtout un manque de reconnaissance, qui l’a finalement poussé à faire passer le VJing au second plan de ses priorités. Il nuance : « Je serai toujours ravi de le faire dans de beaux contextes, mais je vais être plus pointilleux envers les organisateurs désormais. »

La réalisation de clips ensuite. Son identité visuelle forte et ses thématiques l’ont rapproché de producteurs partageant ses influences et son univers, comme Panteros666, aka sans aucun doute le plus seapunk de la musique électronique, et avec qui Lambert a régulièrement collaboré. Souvent hypnotiques, voire psychédéliques, ses clips détonnent par rapport à ses vidéos empreintes de douceur, mais gardent ce jeu de contraste organique/synthétique qui fait sa signature.

Quand on lui parle d’avenir, les projets fusent dans la tête de ce rêveur romantique. Après avoir été plusieurs fois exposé en tant qu’artiste invité à Lyon, Marseille, Los Angeles, New York, et bien ailleurs, Lambert fantasme désormais sur un solo show qu’il aimerait monter en galerie parisienne ou à l’étranger. L’occasion pour lui de faire s’entrecroiser ces différents axes artistiques et de dévoiler les facettes de son univers dans leur intégralité. On y retrouverait de l’art vidéo bien sûr, mais aussi des contenus imprimés et des jeux vidéo, dont l’influence graphique et conceptuelle est évidente dans son œuvre. « Il s’agirait de jeux vidéo où l’on pourrait se balader et créer des possibilités d’interactions intéressantes avec le spectateur, et qui seraient dans la continuité de ce que je raconte dans mes textes. Quelque chose d’assez narré mais de très abstrait. » Quant au cinéma, Lambert y pense, souvent et de plus en plus. Et finalement, cela apparaît comme la suite logique des choses. Du court au long-métrage, Lambert déborde d’imagination et compte bien suivre ses envies. Et c’est bien ça qui lui réussit.


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