La Route du Rock 2016 : Garage punk, conscience de classe et minimale

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Comme chaque année la Route du Rock a commencé pour nous par un covoiturage prévu pour midi qui ne part qu’à 15h. Comme chaque année donc, nous avons raté les premiers concerts sur la plage (les « incontournables » Aquagascallo). « On fera mieux l’année prochaine » (comme chaque année).
Une fois n’est pas coutume. Ainsi, il ne pleut pas toujours à la Route du Rock (ne croyez jamais les parisiens). Il faisait beau, si beau que nous n’avons même pas fait d’aquaplaning boueux à l’arrivée.

Bref, pour rattraper notre retard, nous nous pressons sur le site. On entame donc le festival en douceur avec Kevin Morby qui présente son troisième album solo, « Singing Saw », un folk enlevé à la Dylan. Mais pour nous, c’est Minor Victories qui lance véritablement les hostilités. Rachel Goswell de Slowdive, Stuart Brainwaithe de Mogwai, Justin Lockey d’Editors et James Lockey de Hand Held Cine Club confirment sur leur première date française qu’un « supergroupe » peut être pertinent sans faire du hard rock. C’est un shoegaze puissant et mystique qui porte la voix de Rachel dans les hauteurs du fort de Saint-Père.

Malgré cette collaboration détonnante, la première « claque » du festival sera indéniablement Pantha du Prince. Après avoir enregistré son nouvel album, «The Triad», aux côtés du chanteur Scott Mou et du batteur norvégien Bendik Hovik Kjeldsberg, le berlinois nous livre une performance solo à laquelle la vidéo n’apporte que très peu. Pourtant, dès le premier morceau, sa minimale ciselée nous couvre d’une ambiance particulière, le temps est comme suspendu, plus rien d’autre ne compte que la danse, la poursuite de la mélodie et le retour du kick. Lorsque la transe s’achève à notre plus grand regret, nous peinons à nous consoler devant Gold Panda. Si le beatmaker britannique livre un show parfaitement exécuté, nous restons accrochés à l’orfèvrerie synthétique de Pantha du Prince. Mais bon, « TEDDY RINER IL A GAGNÉ !! »

Finalement, c’est à Rival Consoles de clore la soirée. Hébergé par le label londonien Erased Tapes (qui nous apportait Kiasmos l’année dernière), Rival Consoles est l’artisan d’une techno sombre et éraillée qui allie drones et synthétiseurs incisifs dans une alchimie qui n’est pas sans rappeler les maîtres Clark et Jon Hopkins.

Le lendemain sur la plage on a entamé la journée devant Requin Chagrin, découverts par La Souterraine en 2015. Requin Chagrin c’est une pop chantée en français, solaire et un peu naïve, irisée de références anglo-saxonnes. Contrairement à la tradition dominante dans la variété française, Marion utilise sa voix comme un véritable instrument, sans jamais tenter de les dépasser, elle se dilue entre les guitares et les nappes d’effets. De quoi signer sur un label comme Captured Tracks ou Citrus City Records !

Pour être tout à fait honnêtes, naviguants entre interviews et conférences, nous n’avons pas vu grand chose le samedi. Les Suuns étaient beaux et ténébreux (mais vous en saurez plus très bientôt), The Field a annulé sa venue à notre plus grande déception, mais les biarrots de La Femme ont sauvé la fête en allongeant la durée de leur set ! La Femme présente en live Mystère, son nouvel album, à paraître le 2 septembre. Sans pour autant renoncer aux sonorités sixties, ce second album part dans de multiples directions. On y trouvera donc : «  un morceau rock, du disco, un morceau folk médiéval, un peu de zouk et un titre aquatique »…

Dimanche, on commence la soirée devant Morgan Delt, dont les mélodies s’étirent telle la mozarella fondue d’un panini chorizo acheté au Snack dans l’enceinte de Saint-Malo (celui, parfait, où tout est fait maison et où la queue est proprement interminable pendant le festival). Après un premier album éponyme signé sur Trouble in Mind, le label de Chicago hébergeant aussi le dérangé Ty Segall, Morgan Delt venait baigner la Route du Rock du soleil de Los Angeles. Un peu moins accessible que la pop psyché de Tame Impala, celle de Morgan Delt a le goût de ne jamais sombrer dans le cliché. L’âge d’or psychédélique c’était le 14 août à Saint-Malo.

Nous ne ferons pas l’affront de vous présenter les deux groupes les plus terribles de cette édition, les presque punks Fidlar et les très blancs (sous la couche de saleté) Fat White Family. Comme vous pouvez vous y attendre… « OH MY GOD, ARE YOU SERIOUSLY GONNA DO THIS RIGHT NOW ?
LOOK, I’M TRYING TO GET BETTER BUT,
I CAN’T DO THAT WHEN EVERY GODDAMNED THING IS ABOUT YOU
AND WHY DO I HAVE TO FIGURE OUT WHY I’M LIKE THIS
AND STILL TREAT YOU LIKE A PRINCESS
BUT WHAT ABOUT ME ?
I’M A FUCKING PRINCESS TOO
SO TREAT ME LIKE ONE
AND DON’T TELL ME WHAT TO DO » … Nous avons beaucoup crié.

Entre les cris, nous nous sommes quand même ressourcés à l’aide de ces fameux tacos « softs ». Délicieux, ils arrachaient au moins autant que les Sleaford Mods. Aussi influencés par le punk que les raves et le Wu-Tang Clan, Jason Williamson et son camarade Andrew Fearn vous insufflent une conscience de classe en moins de temps qu’il n’en faudrait pour lire le manifeste du parti communiste, avec un goût pour la bière tiède en plus.

Enfin, la clôture est revenue aux étincelants Jagwar Ma. Dernière transe d’un week-end psychédélique où la pop aura côtoyé entre autres : les sonorités acides, le garage punk, le shoegaze et la techno minimale.
Bien sûr tout ceci n’aurait pas été pareil sans l’infaillible comique de répétition des agents de sécurité Shark à chaque passage devant leur poste au camping : « attention à la marche » ou « ton lacet est défait » ! Mention spéciale à celui qui a le plus pris son travail à coeur en réveillant méticuleusement chaque personne lundi matin, beuglant au mégaphone devant chaque tente : « REVEIL FERMETURE DU CAMPING AVANT MIDIIII !! »

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