La Route du Rock 2015, post-punk, pop synthétique et tartiflette

Des Gérards sont près du bar, quelques Superets servant des bières non loin d’eux. Nous venons de traverser la boue. La boue qui sera dès demain le personnage central d’au moins 4 photos, et 3 articles dans les quotidiens locaux, aux côtés d’une prise de l’homme portant un sac à dos crocodile et d’un plan de la foule resserrée au Fort Saint Père.

Nous sommes vendredi soir et c’est effectivement sur le site du festival malouin, La Route du Rock, que nous venons de pénétrer. La première claque est mise par Fuzz, l’un des très nombreux projets du multi-instrumentiste Ty Segall, alors à la batterie. Cheveux gaufrés, fond de teint d’une pâleur extrême et lèvres noires, on est esthétiquement bien trop proche d’un mauvais groupe de hard rock. De loin, Charlie Moothart, le guitariste, peut aisément être pris pour Julien Doré dans Pop Rédemption. Mais musicalement… C’est lourd, très très lourd, on se croirait devant Black Sabbath. Fuzz ne vole pas son nom, la saturation s’incarne devant nous. Quant à catégoriser et décrire ce rock garage sourd et entêtant, je m’en remets pour vous aux experts des commentaires youtube :

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Toute la soirée, alternant entre la scène des remparts et la scène du fort, les groupes s’enchaînent. On retiendra Algeirs, les « Death Grips du gospel » et leur bassiste à la beauté froide (dont nous sommes ici certain qu’il mange des bébés chats, si si, on le voit dans ses yeux) ; Ratatat que l’on se gardera bien de vous présenter, mais qui nous livre un show formidable entre percussions quasi tribales et projections psychédéliques à base de vidéos de volatiles en tous genres.

Puis enfin, le méticuleux Parisien, Erwan Castex, Rone. C’est finalement celui qui nous surprend le plus ce soir là. En effet, après avoir sorti en début d’année « Créatures », un album doux et poétique, dont les nappes de synthétiseurs n’en finissent jamais de s’étirer, il nous livre là un live très énergique, où de nombreux morceaux sont retravaillés pour l’expérience de la scène. L’espace d’une performance, il se rapproche encore un peu plus de Clark, et de son univers sombre, dont il revendique une part d’inspiration.

Le samedi après midi, sur la plage, c’est Flavien Berger qui retient notre attention. Entre techno planante et pop synthétique, le tout jeune producteur nous entraîne vers les profondeurs ; c’est poétique, élégant, psychédélique.

Lorsque nous retournons sur le site, après un fabuleux trajet en navette (Mac DeMarco et The Doors s’échappent d’une enceinte au fond du bus), il est grand temps de retrouver Kiasmos, mais aussi (surtout ?) de manger.

C’est ainsi que nous nous retrouvons, dansant devant l’islandais Ólafur Arnalds et le féroïen Janus Rasmussen, oscillant à chaque pulsation, une box de tartiflette à la main (Non, nous n’y avons pas d’actions, mais sans déconner, c’était bon ces « mémés patates »). A peine sustentés, et déjà la nuit tombe. Boites à rythmes incisives et guitares ravageuses, le post-punk de The Soft Moon nous happe.

Cela n’aura pu vous échapper, Bjork est la grande absente de cette soirée du samedi, chansons emplies de sentiments terribles, conflit d’agenda, les raisons d’annulation de sa tournée européenne sont floues. Cependant, c’est à notre grande satisfaction qu’elle est remplacée par Foals (et non The Foals ou encore The Fools comme vos amis à l’anglais approximatif aimeraient le prononcer !). Les cinq britanniques «pressentis comme groupe de stade» par certains ou même « nouveau U2 » pour d’autres, enchaînent des titres tous bien connus par la foule qui les scande (Spanish Sahara, Inhaler, My Number…). Le groupe n’en est pas encore à dévoiler entièrement What Whent Down, son prochain album, mais 3 de ses titres sont d’ors et déjà dans la setlist.

« I’m 29 years old, never kissed a girl before … »

Nous sommes déjà dimanche après-midi, et Jimmy Whispers nous raconte sa vie, torse nu sur la plage, non sans renverser une bonne moitié de sa bière par terre. C’est à croire que le festival se spécialise dans les concerts DIY accompagnés de one man show. Whispers est un bricoleur qui compose à l’orgue et s’enregistre sur téléphone. On croirait entendre l’alter-ego indie-pop du geek fantastique Dan Deacon, programmé plus tard dans la soirée.

Nous retournons au Fort Saint Père, tout juste pour voir la dernière moitié du concert de Niall Galvin, jeune britannique aux multiples influences qui brasse surf-music et hip-hop dans Only Real. On se demande s’il est réellement la fusion réussie de Mac DeMarco avec King Krule ou si l’on fait juste une fixette sur les chanteurs roux que l’on a en tête (non, parce que j’ai vaguement essayé de caser Alex Trimble de Two Doors Cinema Club, mais ça tournait à l’obsession).

Le live électrisant de Savages nous confirme sans peine (tout comme Hinds après elles) que quatre filles peuvent frapper fort et retourner une foule exigeante. Néanmoins, il nous confirme aussi qu’en 2015, le traitement à l’image d’un groupe féminin reste différencié, notamment sur les écrans de part et d’autres de la scène. Plans partant des talons-hauts, régulièrement mis en avant, pour remonter le long de la silhouette des musiciennes, très (trop ?) nombreux plans de dos. Je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais vu le déhanché d’un chanteur masculin de post-punk aussi bien mis en valeur.

Passé cette petite déception, nous nous retrouvons tout de même sur d’autres déhanchés (de face cette fois), et c’est dans une ambiance torride que le collectif Jungle vient clôturer ces trois jours de festival. Funk, soul et disco s’entremêlent sur fond d’électronique synthétique et de sonorités cuivrées, la boue a séché, la chaleur est omniprésente.

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