JP(op)G

JPG+Manifesto21
Jean Paul Gaultier et sa marinière POPifier à la main

Ouvrons le Larousse : populaire, en latin « populari » de « populus », le peuple. Qui est relatif au peuple, entant que milieu social. Qui est propre au peuple, en usage dans le peuple… Qui a la faveur du plus grand nombre. Plutôt que d’analyser un parcours qui intéressera les seuls initiés, racontons façon Manifesto XXI l’extraordinaire talent d’un artiste aux créations manifestes et piquantes… Si par essence, un créateur contemporain est populaire, c’est Jean-Paul Gaultier.

JPG+Manifesto21
JPG face to face

Être (d’origine) populaire… Le titi parisien

C’est peut-être la première chose à savoir sur l’homme avant de s’intéresser à son travail, l’ambiance dans laquelle il a été baigné et ce qui sera son moteur d’inspiration, le moteur de ses créations. Né à Arceuil, papa est comptable et maman caissière. Rien de glamour, on se situe plus du côté du Paris populaire que de la bourgeoisie bien pensante. Une bonne fée tout de même, penché sur le berceau, sa grand-mère maternelle. Durant son enfance, lorsque Jean-Paul Gaultier en parle, il se dit avoir été entouré d’amour. Pour celui qui dit ne pas croire au génie, mais au travail, la passion se manifeste très tôt. « L’école m’emmerdait et ce que je faisais chez ma grand-mère, c’était ma liberté.». Parce que Jean-Paul, il parle comme ça, encore aujourd’hui. On oserait l’appeler par son prénom, non pas par familiarité mais par sympathie. Si son talent est reconnu et lui vaut de faire ses armes chez les Grands (Pierre Cardin, Jean Pathou), il déclare volontiers dans une émission : « Je ne veux pas faire intello, de toute façon, je ne le pourrai pas… ».

Devenir populaire… L’enfant terrible de la mode.

Collection Grease, 1978
Collection Grease

Cette personnalité, cette gouaille, se transpose sur les podiums. C’est ce qui fait la marque de fabrique de Jean-Paul Gaultier. Le chemin qui mène à l’indépendance n’est pas tout rose pour le couturier, sa première collection, Grease, est fabriquée de bric et de broc. Expliquer le succès de Jean-Paul Gaultier au début des années 80, c’est comprendre les débuts de la (sur) médiatisation d’un couturier qui figure un peu comme un Vivienne Westwood français et qui représente le mouvement gay émergent. « Créateur non conforme cherche mannequins atypiques, gueules cassées ne pas s’abstenir », annonce le couturier dans Libération au début des années 1980. Il affirme par ailleurs une esthétique très personnelle, nourrie du métissage de son quartier parisien, ligne à laquelle il est fidèle.

Les codes bouleversés

JPG+Manifesto21
L’Homme objet chez JPG

Des pièces mythiques, réinventées chaque saison, nous en devons beaucoup à Jean-Paul Gaultier : le trench, la marinière, le corset… Dans ses collections, retro ou pas, toujours cette impertinence, cette jolie provocation proche de l’esthétique pop. Ce qui l’inspire, ce sont les différences et, confie-t-il, c’est sans doute parce qu’il portait aussi en lui cette différence. Toute la culture populaire l’inspire : la religion, les punks, le cinéma… la télé ! Les titres de ses collections en disent long sur ses idéaux : L’Homme objet 1984, Une garde robe pour deux 1985, Les rabbins chics 1993…  La jupe pour homme monte sur le podium pour la première fois en 1985, et deviendra un de ses leit-motivs les plus percutants. « Je crois que le jour où les mannequins hommes gagneront plus que les femmes, on pourra vraiment parler d’avancée… ».

JPG+Manifesto21
Le thème Rabbi Chic, ou ces élégants Rabbins pour le défilé Automne-Hiver 1993

Collection printemps/été 2007
Collection printemps/été 2007

L’art de la mise en scène

Les défilés Gaultier sont spectaculaires, mais pas comme une pièce de théâtre où les mannequins jouent un rôle. Elles marchent comme elles sont, recrutées pour leur personnalité « Certains ne voient jamais les mannequins, je ne sais pas comment ils font… ». Cet amour de la scène se retrouve dans ses très nombreuses collaborations avec des artistes et des réalisateurs. Les costumes du 5ème élément, vous avez aimé ? C’est lui.

ditavonteese+JPG+Manifesto21
Dita Von Teese pour Jean Paul Gaultier

Madonna et ses bodys, c’est eux ! De Mylène Farmer à Yvette Horner la joueuse d’accordéon, le créateur qui se dit fan avant tout collabore avec celles qu’il admire. Ses liens avec le monde du show-biz, Jean-Paul Gaultier les cultive comme autant de collaborations qui viennent sublimer ses créations… et leur assurer un coup de buzz. La liste des mannequins d’un défilé est longue : Dita von Teese, Amanda Lear (2012), Beth Dito (2011), Nabila (2014)…

Downloads13-640x360

Et le rester ? Un génie malicieux.

En 1997, c’est la consécration avec l’obtention du label Haute Couture. On aurait pu craindre un embourgeoisement, une perte de liberté peut-être de la part du créateur qui un temps collabore avec la grande maison Hermès. Mais accéder aux moyens et à la reconnaissance de ce label ne permet que de sublimer le génie de ses ambitions toujours en accord avec ses thèmes de prédilection. L’actualité semble être florissante pour notre homme qui sait saisir avec impertinence l’air du temps : Conchita Wurst était l’invité phare du le défilé automne-hiver 2014, qui succédait à une collection printemps-été pleine de délicatesse… Ce qu’on aime in fine dans le travail de Jean-Paul Gaultier, c’est son naturel et cette impertinence qui porte haut des valeurs de tolérance qui sont les nôtres.

A 60 ans et quelques, pas une ride donc, et toujours beaucoup d’humour, en somme un modèle pour des générations de jeunes, un pied-de-nez vivant aux codes du « bon goût »… Une presque success-story de feuilleton ! L’exposition « De la rue aux étoiles » en tournée dans le monde entier débarquera à Paris au printemps 2015. Il est de salut public d’aller voir cette exposition, sans arrière pensée politique, simplement pour se laisser surprendre par le génie créatif d’un homme résolument de son temps et fier d’être populaire.

Apolline Bazin

Spread the love !
  •  
  •  
  •   
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
More from Apolline Bazin

Therapie TAXI fait danser Jean-Paul Rouve dans son clip « Jean-Paul »

Ce match est tellement évident. Ce clip sent bon la crème solaire...
En savoir plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *