John Galliano, le génie en disgrâce

Arrivé en 1996 chez Dior, John Galliano a marqué la mode pendant la décennie 2000-2010. Mais derrière son excentricité, l’homme est de plus en plus miné par ses addictions. Suite à l’affaire qui l’a évincé de Dior, il se reconstruit et parle enfin de ses années sombres dans un entretien accordé à Vanity Fair l’été dernier. 

John Galliano
John Galliano

Afin de s’échapper du quartier pauvre de Londres dans lequel il vivait enfant, John Galliano se racontait des histoires, « c’était mon espace, mon jardin secret » avoue-t-il. Lors de ses études à la Central Saint Martins School, il travaille dur. A la fin de ses études,  il réalise un défilé exceptionnel qui lui permet de poser les bases de sa carrière. C’est ainsi qu’en 1992, il déménage à Paris et rapidement, sa notoriété grandit. Même Anna Wintour est éblouie par son défilé en 1994 sur le thème « Princesse Lucrèce ». Elle dit plus tard, à propos de ce défilé, que ce fut un moment rare où elle sentit que la mode était en train de changer. En 1995, Bernard Arnault fait entrer Galliano dans le groupe LVMH à travers sa marque Givenchy. 15 mois plus tard, il le nomme chez Dior, sa griffe préférée.

Très vite, John Galliano prend ses marques chez Dior et intègre les codes de la maison. Mais le succès s’accompagne inévitablement de polémiques. Pour la collection printemps-été 2000, il fait défiler des mannequins en haillons dans le défilé Clochards, s’inspirant des sans-abris. Cela choque l’opinion publique. Malgré cela, il enchaîne les succès. Le monde de la mode s’émerveille devant ses shows spectaculaires.

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Défilé Dior « Clochards » printemps-été 2000

 

Mais peu à peu, son entourage commence à le voir sombrer. Happé par le système qui lui impose toujours plus de défilés, John Galliano se met à consommer quotidiennement alcool et médicaments. Pour s’endormir, il boit du vin. Tout cela se ressent sur ses créations, ce qui amène Toldeano, le patron de Dior, et Bernard Arnault à lui faire comprendre qu’il finirait par mourir s’il ne se faisait pas aider. C’est peine perdue, car dans une interview quelques jours plus tard, il dit qu’il a maîtrisé tous ses vices, « enfin, à part le crack, l’héroïne et la cocaïne. »

C’est le 28 février 2011 que tout bascule. Dans des propos rocambolesques et filmés à son insu, il profère des insultes racistes et antisémites, et déclare son amour pour Hitler. La disgrâce est totale, mais dans le milieu de la mode, curieusement, les réactions sont plus nuancées. À demi mots, son addiction fut déclarée coupable. La maison Dior souhaita se désolidariser au plus vite des propos tenus par le créateur et il fut évincé dans les jours suivants. Il débarqua quelques jours plus tard dans un centre de désintoxication en Arizona. Rapidement, John Galliano dut apprendre à vivre avec cette fameuse nuit qui reste gravée dans la mémoire de l’opinion publique – à défaut de l’être dans la sienne. Pourtant, très vite, Kate Moss le contacte pour qu’il crée sa robe de mariée. Il vit cette opportunité comme sa « rehab créative », ce qui fut un grand succès. Une nouvelle étape fut celle de son retour dans un véritable atelier de mode, celui d’Oscar de la Renta, pour la préparation de la collection automne-hiver 2013. Sa contribution fut discrète, mais évidente. Désormais, l’enjeu est de retrouver la confiance des acheteurs, même si cela semble difficile sur le court terme. Les élèves de son ancienne école le boycottent, la griffe Dior a enfin trouvé un successeur digne de ce nom pour assurer la relève, et certains magasins refusent toujours l’ouverture de corners dédiés à John Galliano pour sa marque éponyme. Malgré cela et avec le recul, John Galliano est soulagé par ce qui s’est passé le 28 février, et a su transformer sa chute en nouveau départ. Il estime qu’il a beaucoup appris sur lui-même, et qu’il avait retrouvé ce qu’il avait perdu au fil du temps, à savoir son envie de créer. Et à Vanity Fair, il l’avoue : il s’est remis à rêver.

 Margaux LIGNEL

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