Jeunes talents et archives, regards croisés au FRAC.

L'abécédaire de la philuménie, Axel Benassis, 2015

Pour la première fois, le FRAC expose 35 œuvres sélectionnées parmi celles des 80 jeunes diplômés de l’EESAB (ndlr : Ecole Européenne Supérieure d’Art de Bretagne). Nous avons vécu un moment privilégié de rencontre avec les artistes rassemblés au sein de cette exposition intitulée, Mettre à Jour et Extension. « L’idée c’est de permettre aux jeunes artistes de mettre un pied sur la scène de l’art contemporain avec assurance », nous dit Dominique Abensour, commissaire de l’exposition et professeure d’histoire et de théorie des arts. La complexité pour elle a été de trouver un fil conducteur et d’articuler toutes ces œuvres hétéroclites dans une seule expo. Mais c’est d’ailleurs un peu le propre de l’art contemporain que de rassembler des matières et des idées hétéroclites, comme elle l’explique très bien. Le lien est bien là : toutes ces œuvres sont liées à la réalité de notre époque, elles sont marquées par des interrogations sur l’avenir et l’évolution du monde.

En voici quelques-unes qui ont particulièrement retenu notre attention :

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Margaux Germain est diplômée de la section Art à Rennes. Son travail repose sur l’interaction entre le spectateur et l’œuvre, lui laissant le plaisir d’interpréter à sa guise. Elle expose ici deux œuvres.

La sculpture Météo propose au visiteur une expérience : face à l’immensité du bleu, une bande audio est mise à disposition. Dans la continuité de son travail sur l’imagination, Margaux Germain raconte une histoire et le spectateur est libre d’imaginer ce qu’il souhaite.

Apollo marteau est une performance vidéo inspirée d’une scène réelle de la mission Apollo 16 (1972) au cours de laquelle un astronaute tente en vain de récupérer son outil pour réparer la plate-forme. Derrière cette performance, l’artiste replace l’astronaute de ce lieu fantasmé qu’est la Lune dans le milieu aquatique, plus familier. Les mouvements aériens du corps dans l’eau reproduisent les effets de l’apesanteur dans l’espace. Clairement se dessine une chorégraphie poétique.

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C’est la toile de Jouy qui attire d’abord l’œil. Le tissu dégage un petit quelque chose de suranné, le vintage de la déco de chez mamie. L’atmosphère devient intime, avec toutes ces photos de famille, on se sent inclus. Et puis l’histoire se déroule tout en délicatesse, avec ses interrogations et bizzareries. Triangles roses sur la chemise, une petite sœur habillée en garçon qui ressemble à s’y méprendre à son frère, maman avec de la mousse à raser… Damien Rouxel réinterprète son cadre familial, la question de ses origines et de son identité. L’ensemble est subtil, le spectateur peut ressentir une vraie tendresse dans le regard de l’artiste. L’artiste a fait participer ses parents à la composition. Avec Portraits de famille, c’est autant une quête de sens individuelle que familiale que nous avons sous les yeux. Au milieu de ces clichés, saurez-vous retrouver les deux seuls originaux?

         Qui ne s’est jamais moqué de quelqu’un sur Youtube ? Qui n’a jamais rigolé devant un pseudo-rappeur campagnard, une Adèle du dimanche ou joueur de flûte à trous de nez ? Contrairement à ce que certains philosophes médiatiques essaient de nous faire croire, se gausser du manque de talent de son prochain n’est pas un plaisir coupable apparu soudainement avec le numérique. Déjà en 1944, Florence Foster Jenkins remplissait le Carnegie Hall (loué à ses frais) grâce à son médiocre talent de chanteuse : les New-Yorkais s’y sont pressés en masse pour le plaisir de se moquer d’elle et l’ont ainsi fait entrer dans l’histoire. C’est à cette artiste qu’Adèle Léger fait honneur dans sa vidéo  Hommage à Florence. On peut l’y voir chanter le célèbre « Air de la Reine de la Nuit » dans l’opéra  « La Flûte enchantée » de Mozart, vêtue de sa robe de chambre. En se mettant elle-même en scène dans une prestation et une tenue peu glorieuses, Adèle Léger fait honneur aux artistes ratés d’hier et d’aujourd’hui, qu’ils se produisent sur scène ou sur internet. Si ces aspirantes stars ne resteront pas dans les esprits par leurs talents, leur courage, leur fraîcheur et leur passion sont ici mis en lumière dans cette performance. Chaque œuvre est une prise de risque. En soi les railleurs sont souvent ceux qui n’ont jamais eu le courage d’entrer dans la lumière et de se mettre à nu. Adèle Léger n’a pas de talent de chanteuse, mais son humour et son regard tendre sur elle-même et sur les autres nous touchent et en font indéniablement une artiste performeuse à suivre.

         Nous avons pu voir plusieurs œuvres de Vincent Tanguy, mais la plus piquante est la série Principes de Pareto. Une banque commande au jeune artiste une série de toiles abstraites pour décorer son agence. Esthétiquement, le résultat est conforme…mais, le fameux principe de Pareto veut que 20% de la population achète 80% des biens. Comble de l’ironie, 80% de la toile est peinte avec les couleurs les plus vendues en décoration intérieure pour l’année 2015 et le reste est laissé brut. Un beau pied de nez!

       Aller au FRAC c’est une expérience. L’art contemporain en Bretagne s’explique et se partage lors de visites guidées. Les réponses à vos questions peuvent être apportées très simplement et avec le sourire en prime ! L’exposition Mémoires croisées Dérives archivistiques Archives de la critique d’art valorise ainsi la richesse d’une collection unique, longue de 2 km ! Les papiers prennent vie et racontent leurs secrets au fur et à mesure que notre guide déroule les dessous du métier. L’ensemble permet de mieux comprendre le rôle des critiques qui ne se cantonnent pas à ce rôle et ainsi font et défont le goût des contemporains.

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Info pratiques :

Exposition Mettre à jour & Extensions

Du 18 septembre au 11 octobre 2015

Exposition Mémoires croisées Dérives archivistiques Archives de la critique d’art

Du 18 septembre au 29 novembre 2015

Horaires et informations complémentaires : http://www.fracbretagne.fr

Salvade Castera, Apolline Bazin et Jeanne Gouinguenet

 

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