Jacques : Rencontre du Troisième Type 

© Jacques

Quelques heures avant son live haut en couleur et en improvisation (dont un featuring inattendu avec Ichon, qui jouait le même jour) sur la plage à la dernière édition du Festival Cabourg Mon Amour, nous avons rencontré Jacques, tout juste rentré de Londres, yeux mi-clos, il n’a pas l’air d’avoir totalement terminé sa nuit. C’est confortablement allongé qu’il nous reçoit. Le voyage éveillé peut commencer.

Jacques à Cabourg Mon Amour © Simon Gosselin

Manifesto XXI : Qui est Jacques ?  

C’est moi. Il y a plein de gars qui s’appellent Jacques, moi c’est Jacques, avec un « s ». Ce sont mes parents qui ont choisi, ils ont fait un brainstorming et sont arrivés à la conclusion que c’était une bonne idée d’appeler leur deuxième enfant, Jacques. Mon grand frère s’appelle Benjamin et ma petite sœur Caroline. Voilà, pour info, on est trois.

D’où vient-il, et où va-t-il ? 

Alors, je viens de Strasbourg, qui est, si je peux le rappeler, le centre idéologique du monde. Tu es chinoise ?

Ouais. 

Alors je dirais : « Wo bu zhi dao wo yao qu na li, dan wo zhi dao wo yao qu na li ». (N.D.L.R. : jeu de mots en chinois qui signifie « Je ne sais pas où je vais, mais je sais là où je vais ») Tu as compris ?

Oui ! (rires) Ton premier EP s’intitule Tout est magnifique, que signifie ce titre ? 

Cela signifie que c’est un choix de vie. C’est une décision que j’ai prise, qui est que tout est magnifique. Du coup, quand je trouve quelque chose moche, et que je suis dégoûté, mon dégoût lui-même est magnifique. Donc tout est magnifique. En plus, tout dans son ensemble est magnifique. Quand tu regardes un bout, tu peux trouver ça moche, mais si tu regardes tout, c’est magnifique. Quand on regarde tout, on regarde aussi la façon dont on regarde. Observe ce qu’il y a dans la pièce, tu vas aussi observer ta pensée, ta façon d’observer. Tout ce système-là, c’est magnifique. Il y a des gens qui diront le contraire, mais c’est magnifique quand même.

Il y a un peu plus de deux semaines, tu as sorti un album qui décline sept versions en langues étrangères de ton tube « Dans la radio », qu’est-ce que les notions de globalité et d’universalité évoquent en toi ? 

Il y a des gens pour qui la musique est une façon de s’amuser, c’est aussi un parti pris esthétique. Ils vont faire un produit, un album, ils vont dire : « On a choisi de faire ça comme ça, et pas autrement« . Moi, je réfléchis moins que ça, je fais juste la musique que j’ai envie de faire, du coup, je le fais plus comme un message. C’est comme si je faisais un film, j’ai envie que les gens le comprennent. J’ai fait de la musique, après quand je l’ai jouée à l’étranger, les gens ne comprenaient pas les paroles, alors je me suis dit que c’était dommage, j’ai donc décidé de les traduire comme si je sortais un film à l’étranger. Pour la musique, les gens n’ont pas l’habitude de traduire leurs chansons, c’est rare.

Ce morceau a un intérêt à être traduit parce que tout tourne autour du pont au bout de 2 minutes 30 : « On joue tous la même chanson, mais on ne la joue pas de la même façon, on écoute tous la même chanson, mais on ne l’entend pas de la même façon. » Je trouvais cela intéressant de le traduire, car ça voulait parler d’universalité, du fait qu’on est tous pareils et différents à la fois. C’est comme si je disais qu’on parle tous une langue, mais ce n’est pas la même. En chinois, ça fait… (il fredonne le refrain de « Dans la radio » en version chinoise)

Tu préfères quelle version ? 

Tu sais, j’ai un délire avec le chinois en ce moment. Sinon en arabe j’aime bien aussi (il imite les sons en r). Ouais, en ce moment, j’ai envie d’apprendre le chinois.

Je t’encourage, c’est moins fastidieux à apprendre qu’on ne le pense ! 

Ouais, franchement ce n’est pas dur. J’aime bien, car tu peux changer un peu l’ordre des mots et ça va encore.

En général, comment se déroule une session de création musicale pour toi ? Ça commence d’abord par la main ou par la tête ?

Ça dépend des jours. En ce moment, je crée beaucoup de musique sur scène. Quand je fais un concert, je suis en improvisation donc je ne sais pas ce que je vais jouer. C’est comme ça me vient. Pour cela, il faut que je sois bien dans ma tête, et il faut que mon matériel soit bien installé. Ce sont des allers-retours entre la technique et l’intuition, c’est toujours comme ça de toute façon. Pour répondre à ta question : ça se passe bien.

As-tu des rituels ? 

Je bois du maté argentin.

Tu bois dans cette tasse ? (il y a une tasse particulière sur la table)

Oui c’est comme ça que l’on boit, avec une paille et un filtre au bout. Au lieu de mettre un peu de maté dans beaucoup d’eau, on met un peu d’eau dans beaucoup de maté.

Le goût est intense ? 

Ouais ! (rires) Pour revenir à la question, j’ai certains rituels dans les concerts, comme : faire rebondir une balle sur le plateau pour avoir un truc au hasard, utiliser une radio comme un sample, sans savoir ce qui va se passer à la radio, ça, j’aime bien le faire. Sinon en ce moment, j’enregistre de l’eau, j’ai un micro qui va dans l’eau. Voilà, c’est le petit rituel sympa. Je fais un petit solo de guitare aussi.

Ta musique est composée d’éléments à la fois acoustiques et électroniques, comment travailles-tu l’harmonie et l’équilibre entre les deux ? 

Je ne sais pas, je n’y pense pas. Je fais les trucs. Après, je me dis que je n’ai pas envie que cela soit trop électronique, après, c’est bien pratique, tous les synthés, cela permet d’avoir beaucoup de richesse, beaucoup de sonorités différentes avec peu de matériel. C’est quand même fou tout ce qu’on peut faire avec un ordinateur.

Par rapport à l’électronique, disons que j’ai envie que la source soit acoustique, mais que le traitement qui suit soit électronique, mais pas analogique, car ça coûte trop cher. Si je veux faire toutes mes idées en analogique, pour chaque effet, il faudrait que j’ai un boîtier et ça serait trop cher de l’acheter et de le trimbaler. Avec un ordinateur, tout est calculé numériquement, et c’est pour ça que mon set-up est plus acoustique et électronique qu’acoustique et analogique. Dans mon set-up il y a ma guitare, des pédales, des objets et un ordinateur. Souvent, je commence par les objets, car j’ai envie que les éléments fondateurs du morceau soient acoustiques, et que les éléments accompagnateurs soient synthétiques.

Musique et méditation semblent être deux aspects importants de ta vie, en quoi sont-ils liés pour toi ?

En fait la méditation, c’est lié à tout. Mais la musique aussi, car tout est lié. On a inventé ces concepts pour pouvoir en parler et en discuter à plusieurs, comme on est en train de le faire maintenant. Tu connais le mot « eurythmie » ? Il y a un groupe qui s’appelle Eurythmics, à la base l’eurythmie est une discipline qui mêle musique, danse et chant. Tout est un peu cyclique, tout est un peu une musique, tout est sonore, le son pénètre tout. La musique fait partie du tout. En même temps, quand l’esprit est occupé par une musique, quand elle est animée par une boucle, ça fait comme une sorte de méditation, car on a le mental qui se calme.

La méditation sert à calmer le mental, il est ce qui permet de penser et de voir les choses, de les découper et de les comprendre. Mais c’est aussi ce qui te détache du monde, ce qui t’empêche d’en faire l’expérience la plus pure. Du coup, toutes les techniques de méditation visent à calmer le mental, il y a des gens qui vont tourner sur eux-mêmes, des gens qui vont compter les perles d’un collier, des gens qui vont réciter tous les noms des dieux, des gens qui vont réciter une phrase qu’un mec leur a vendue, des gens qui vont se droguer et des gens qui vont écouter de la musique, des gens qui vont faire tout ça en même temps.

C’est pour ça qu’on peut dire que la méditation et la musique sont liées, c’est l’expérience de la vie la plus simple et la plus pure. Le reste, c’est l’expérience de la vie aussi, mais plus indirectement. C’est quand le mental est calmé que l’on fait vraiment l’expérience de la vie. Quand on a faim et qu’on mange, on est content et ça calme le mental, ça le satisfait. Et moi j’essaie d’être satisfait avec peu de choses, et la musique c’est assez peu de chose. Je n’y arrive pas tout le temps hein ! (rires)

Si tu devais te réincarner, ça serait en quelle espèce animale ou humaine ?

Ça serait en humain, en moi-même. Ouais, je suis content. (rires)

Pour finir, on va faire un petit jeu si tu es d’accord. Je vais prononcer quelques mots et sans réfléchir, tu me diras les premières impressions qui te viendront à l’esprit.

Jardin : D’enfant.

Sacrifice : Satan.

Violet : Pas bien.

Courbe : Échine.

Lampe : Génie.

Koala : Koalactus ? Tu connais ? C’est dans Tony Les Animots, une série.

Temple : Franc-maçon.

***

A Lot of Jacques sorti le 15 mars 2017

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