« I’m a Disney Princess, Bitch ! »

La Reine des Neiges

Il était une fois les princesses Disney. Et oui, petite je suis aussi passée par l’étape « Quand j’serai grande, je serai princesse » avec ma poupée Blanche Neige, mon diadème sur le crâne et ma baguette magique (qui ne ressemblait pas encore à celle d’Harry Potter mais plutôt à un bout de plastique coiffé d’une étoile à paillettes qui en semait partout, soit dit en passant). Entre temps, j’ai grandi, évolué, corporellement comme psychologiquement, je me suis rendue compte bien rapidement que les contes de fées sont principalement des contes, et que dans la vraie vie, les hommes ne portent pas de collants (fort heureusement !). Cependant, cela ne m’empêche en aucun cas de me laisser divaguer comme une Manon de 5 ans dès que je replonge dans un Disney princesse.

Je crois qu’il n’y a plus à prouver que je suis une mordue de la pop culture enfantine et adolescente et évidemment, Disney n’échappe pas à la règle. Ce sont les films que je regarde quand je suis malade et me promène allègrement de mon lit à mon canapé avec ma grande copine : la boîte de mouchoirs ! Et le mois de Février n’échappant pas à la règle d’attaque frontale de mes sinus, je me suis retrouvée en session « Disney » il y a très peu de temps. Et, tout en braillant fredonnant les chansons à gorge déployée du bout des lèvres, je me suis attardée sur les Disney. A défaut de vous faire une analyse filmique de chaque dessin animé, j’espère vous expliquer en deux trois coups de claviers comment l’image de la femme a évolué dans les films Disney.

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Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ?

Contrairement aux studios Dreamworks avec le personnage de Fiona dans les films Shrek, les studios Disney n’ont pas encore abandonné les critères de beauté de leurs princesses. En effet, on a rarement vu une princesse avec un nez surdimensionné dans leurs films d’animation. Le culte de la beauté chez Disney pourrait être mis en lien avec la dictature de la beauté unique dans les médias et la presse féminine en particulier. Les princesses répondent toutes aux mêmes codes physiques : elles n’ont pas de défauts et elles sont « plastiques ». Toutes petites bouches, petits nez, petits pieds, taille de hanches irréelles, visage triangulaire et chevelure extraordinaire. Elles ont surtout de grands yeux, afin de montrer qu’elles ont beaucoup d’émotions car une femme contrairement à un homme, selon la pensée Disney, a beaucoup d’émotions à extérioriser. Néanmoins, on peut observer un léger relooking, passant de la fébrile et prude Blanche Neige à la Raiponce aux formes voluptueuses qui accueille son prince à grands coups de poêle à frire. Il serait urgent cependant d’introduire un sens de beauté plurielle, que Disney semble commencer à comprendre avec l’apparition de princesses indiennes, noires ou asiatiques (pour la presse féminine cependant, c’est une autre paire de manches).

De victimes à héroïnes

Mais le grand bouleversement dans les films de princesses Disney est clairement l’émancipation de la femme.

Observons rapidement les différentes évolutions des princesses : Blanche Neige, suivie de près par Cendrillon et Aurore, sont les princesses de la « première génération » des films d’animation Disney. Inspirées par le type féodal de la demoiselle en détresse, elles rêvent d’un prince croisé dans leurs rêves tout en faisant briller le sol et les plans de travail de la cuisine. Ces princesses-là ne savent jamais trop ce qui leur arrive, légèrement ignorantes (pourquoi me fait-on manger une pomme ? Pourquoi me fait-on me piquer le doigt sur la pointe d’une quenouil ?), souffrent beaucoup (avalanche de marâtres, de belles sœurs moches comme des poux et de méchantes sorcières) et attendent éperdument qu’on viennent les sauver. Là est le but premier de la princesse. Attendre l’homme parfait qui viendra l’enlever (elles risquent d’attendre longtemps).

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La princesse Belle et la princesse Ariel apparaissent après la crise des studios d’animation et permettent une transition entre les princesses de la « première génération » et celles de la « deuxième génération » qui débarqueront au début des années 90. En effet, Belle et Ariel, bien que correspondant encore aux codes de beautés occidentaux et amoureuses éperdues de leurs princes, sont les premiers éclats d’une évolution. Belle est cultivée, indépendante, refuse d’épouser Gaston le playboy du village, a du caractère et prend ses propres décisions. Ariel, quant à elle, bien qu’elle soit très jeune, refuse d’écouter son père, est curieuse, rebelle et aventurière en allant à l’encontre des pensées des sirènes et en visitant le monde des humains.

La deuxième génération de princesses arrive durant les années 90 avec Pocahontas, Mulan et Jasmine. Disney fait apparaître pour la première fois des princesses « de couleur » dans ses films. De plus, elles sont un peu moins nunuches que leurs ainées car elles participent activement à leurs combats personnels et commencent à s’émanciper. La plus belle représentation de cette émancipation est celle de Mulan, qui se retrouve chez la Marieuse maquillée, pomponnée et costumée et qui n’y arrive pas car cela ne correspond pas à ce qu’elle est. Quand elle se démaquille et chante, elle se dit « C’est moi qui ai un problème, je ne corresponds pas à la « féminité ». ». Et, se rendant compte entre deux bols de riz que ce sont clairement des conneries, elle part au combat pour protéger son père. Bon, il est vrai que pour cela elle doit se déguiser en homme ce qui montre qu’il y a encore des stéréotypes (d’où le titre de la chanson « Comme un homme » ) mais elle triomphe à la fin en tant que femme. Et bim, tes préceptes de féminité !

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Troisième génération de princesses, l’évolution continue et marque un grand coup avec Tiana de La princesse et la Grenouille (première princesse noire de l’univers Disney) dont le rêve n’est pas d’attendre d’être secourue par le prince mais d’ouvrir son propre restaurant. Elle n’hésite pas à travailler comme une forcenée pour y arriver seule. Raiponce quant à elle, accueille son prince charmant à coup de poêle à frire ! Son sale caractère et son côté fantaisiste l’emportent largement sur les piètres qualités de Flynn Rider en tant que prince (qui le rendent d’ailleurs beaucoup plus intéressant et sexy que ses prédécesseurs en collant sur des poneys). Leur épopée dans la forêt rompt avec les traditions de princesses endormies libérées par un baiser. Pour une fois, on se concentre sur un couple qui combat et non sur un personnage en particulier. La guerre est déclarée aux stéréotypes sexistes, notamment avec le film Rebelle qui semble faire apparaître pour certains la première princesse féministe qui n’aime pas les robes et qui se pose clairement la question « être une fille c’est quoi ? » – c’est tirer à l’arc et monter à cheval comme un homme. Cependant, on lui annonce tout de même que sa volonté d’émancipation va mener le royaume à sa perte, ce qui est anti-féministe au possible.

Clôturons par La Reine des Neiges qui a marqué toute la nouvelle génération d’enfants comme étant leur Roi Lion à eux. A travers ce film, dont les deux personnages principaux sont deux princesses, Disney s’auto-parodie. C’est un pied de nez aux princesses Disney de la « première génération » qui rencontraient leurs princes et qui au bout de 24h les épousaient et vivaient heureuses en ayant beaucoup d’enfants. Dans La Reine des Neiges, Anna veut épouser le premier prince qu’elle croise et sa sœur, Elsa, lui dit « on n’épouse pas quelqu’un que l’on vient de rencontrer ». Ironie étonnante. Et puis, la chanson « Libérée Délivrée » (qui est certes géniale mais que personne ne supporte plus) n’est-elle pas une ode à la libération du personnage d’Elsa en femme accomplie et forte ? (Non je ne pleuuuuuuure paaaaas !)

« Bitch, I’m a Disney Princess ! »

Disney séduit de plus en plus de monde avec des princesses moins cruches, plus féminines et ancrées dans leur époque, avec des psychologies complexes et qui n’hésitent pas à casser les dents des méchants à grands coups de poings. C’est tout à leur honneur de commencer à lutter contre les préjugés des « premières générations » et de donner aux petites filles (et aux grandes) des modèles un peu plus proches de leur époque. Personnellement, je continue d’être une mordue de princesses Disney, bien que différemment que lorsque j’avais 5 ans. Elles font maintenant pleinement partie de la pop culture et sont sans cesse détournées par de nombreux artistes contemporains qui nous offrent des versions trash, violentes et sexuelles de nos princesses. Je vous laisse avec un petit battle de Rap entre Blanche Neige et Elsa qui fait justement se confronter les princesses des différentes générations.

 

Restez donc des princesses en talons hauts et continuez d’ouvrir vos bouteilles de bières avec vos dents, les deux ne sont pas incompatibles.

A bon entendeur, salut.

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