HEY! la revue d’art. Exploration alternative avec Anne & Julien

Depuis que nous sommes adolescents, nous sommes en quête de beauté et nous allons la chercher partout où elle se trouve.

Fondateurs de la revue HEY!, commissaires des expositions à la Halle Saint-Pierre à Paris, et de la marquante exposition « Tatoueurs, Tatoués » présentée en 2015 au musée du Quai Branly, et enfin créateurs de HEY! La Cie, Anne et Julien poursuivent leur voyage en quête de beauté qui les anime depuis toujours.

Ils présentent un ouvrage hors-série, HEY! 4 Degrees Art, « un point de contact inédit entre l’art contemporain figuratif et l’écologie citoyenne de demain », donnant la parole à 102 artistes venant de vingt pays différents. Nous les rencontrons à l’occasion d’une signature à la librairie du Vent d’Ouest au lieu unique à Nantes. Anne répondra à nos questions, Julien s’entretenant avec le public venant les rencontrer. Sur la table, aux côtés des livres, se présente à nous une marionnette mécanique de l’artiste Sophie Herniou, comme une invitation à plonger dans cet univers imaginaire et réel, où l’humain et l’échange sont au cœur de la création artistique.

© Alex Gross, Signals, 2009 – Présenté dans HEY! 4 Degrees Art

Manifesto XXI – Vous défendez depuis toujours les cultures alternatives. Pourriez-vous en donner une définition ?

Anne : L’idée de l’alternative, c’est d’offrir d’autres voies, d’autres directions que celles qu’offre la culture unilatérale dominante. On ne représente pas l’alternative, elle se représente toute seule. C’est un de ses fondements. Effectivement, tu poses la question puisque nous sommes profondément connecteurs, donc il est vrai qu’on élargit notre territoire et celui des autres.

Ce que l’on représente surtout, c’est une évocation de tout ce qui est. Les contre-cultures mondiales et historiques. Il y a une grande histoire de la contre-culture globale qui s’est arrêtée dans les années 2000. Je parle de musique et d’image en général. Avec le développement d’Internet, la contre-culture telle qu’on l’imaginait d’un point de vue intellectuel a évolué, tous ces fondements-là appartiennent désormais à l’histoire. Depuis le début d’Internet, autre chose est en train de se réécrire.

© Alex Grey, Gaia, 1989 – Présenté dans HEY! 4 Degrees Art

À propos du numérique, craignez-vous une dématérialisation de l’art, vous qui défendez également l’importance de la beauté du livre en tant qu’objet ? Le numérique peut-il être un danger pour l’art ?

Le numérique n’exclut pas l’objet. Il y a ce qu’on appelle les objets connectés qui envahissent le monde entier et notre quotidien de façon imparable. Nous ne pouvons avoir la puissance d’être contre le numérique.

Par contre, d’un point de vue idéologique, il faut se rendre compte qu’à partir du moment où l’on va avoir des objets connectés partout dans sa maison, l’objet est forcément dirigé de l’autre côté. Votre maison va être dirigée vers une direction inconnue, et par qui ? On ne le sait pas vraiment.

© Dino Valls, Ars Magna, 2010 – Présenté dans HEY! 4 Degrees Art

Il existe beaucoup d’applications du numérique : la technologie de pointe qui doit aider le développement durable, ce qui est de l’ordre de l’évolution sociale et économique ; puis le numérique et la technologie qui polluent.

Revenons au papier, à l’objet. On a cinq sens avérés, et le sixième sens développé par le bouddhisme qui est l’esprit. Parmi nos six sens, il y a le toucher. Même si l’on vit dans un monde dominé par le numérique, on vivra avec des objets. C’est une peur irrationnelle d’imaginer que le numérique va tuer l’objet.

© Thomas Ott – À retrouver dans HEY! 4 Degrees Art

Depuis que nous sommes adolescents, nous sommes en quête de beauté et nous allons la chercher partout où elle se trouve. C’est un des moteurs essentiels de notre action. Non seulement l’objet livre est une beauté en lui-même, mais il est aussi véhicule de beauté avec les mots, l’image, l’imaginaire, avec ce qu’il peut provoquer chez la personne qui crée et chez la personne qui reçoit. Encore une fois, le numérique n’exclura jamais le livre.

Mais il y a aussi l’idée qu’un livre pollue énormément. Toutes les encres polluent autant que les produits ménagers toxiques. L’encre telle qu’on la fabrique est un danger pour la terre en tant qu’organisme. Il faudra que l’on puisse imprimer avec de l’encre naturelle, comme on peut re-tatouer avec de l’encre naturelle, ce qui est tout à fait possible si on arrive à démanteler le système industriel sur lequel toute la sphère économique est basée.

© Stacey Page, Rochelle, 2014 – Présenté dans HEY! 4 Degrees Art

Votre projet est basé sur la rencontre, la transmission, et l’humain, au cœur du monde des arts. Cela fait écho à la visée écologique de votre dernier hors-série. Quels liens peuvent être imaginés entre art et écologie pour améliorer le futur ?

Une des vocations de HEY!, c’est de remettre l’humain au centre du débat. C’est ce que l’on a ressenti dès le départ, dès notre adolescence puisque nous venons de l’alternatif. Quoi qu’il arrive, on a choisi de se positionner dans des systèmes que nous-mêmes créons pour pouvoir développer un monde que nous acceptons. De prime abord, nous avons refusé un système qui nous échappe. C’est à travers l’art que nous développons ce rapport à l’humain.

Tous les artistes que l’on défend, qu’ils se retrouvent dans HEY! ou pas, sont des artistes qui développent un geste qui met leur imaginaire au centre du débat, et l’imaginaire est le propre de l’homme.

© Fred Stonehouse – À retrouver dans HEY! 4 Degrees Art

Depuis que l’on s’est plongés dans HEY! 4 Degrees Art, nous réalisons pleinement que l’art figuratif pop – que nous appelons outsider pop – remet au cœur de ses préoccupations tout l’élément du vivant, tout ce qui avait disparu avec le conceptuel, l’idée de l’installation et l’abstrait. Il y a une résurgence de questionnements autour du minéral, du végétal, de la faune et de la flore, de tout ce qui est cosmos, et de notre interactivité.

L’art a toujours questionné cela, de fait, mais avec les artistes que l’on réunit dans ce livre, on s’aperçoit que ce questionnement est de plus en plus resserré et de moins en moins mystique ou métaphysique. Il est réel, il a envahi le quotidien des artistes que l’on défend comme il a envahi le nôtre en tant que citoyens, auteurs, connecteurs.

© Benoit Huot, Mythes – Présenté dans HEY! 4 Degrees Art

HEY! 4 Degrees Art défend l’idée que toi en tant que citoyen, dans ta sphère d’activité que tu crois petite, tu as le pouvoir de ton individualité qui est immense car c’est le pouvoir de ton esprit. C’est le sixième sens. Il guide tout le reste. Quand tu décides d’être activiste d’une pensée que tu crois forte, que tu veux forte, tu peux réellement faire surgir des choses. À ce moment-là, ton individualité n’a beau n’être qu’une, elle se multiplie grâce à l’environnement, puisque là tu commences à partager et à communiquer.

© Winnie Truong, Pearl, 2014 – Présenté dans HEY! 4 Degrees Art

Une des vocations de HEY!, c’est de remettre l’humain au centre du débat. […] De prime abord, nous avons refusé un système qui nous échappe.

En tant que commissaires d’exposition et auteurs de la revue, comment choisissez-vous les artistes que vous présentez ?

C’est lié à notre histoire de vie, depuis que l’on est adolescents on est guidés par cette sublime énergie que transmettent la musique, la peinture, le dessin, la bande-dessinée, le cinéma, la danse, le théâtre, les arts. C’est très intéressant de tenter de plonger dans la compréhension du fait de la connectivité de l’art, de ce que ça provoque. L’art provoque l’empathie, elle encourage pour nous la communication et l’art installe la paix entre les gens d’un point de vue de l’échange invisible et visible.

© Lori Field – Présenté dans HEY! 4 Degrees Art

Tout à l’heure, je te disais qu’on était en recherche de beauté : pour nous, elle ne peut pas exister s’il y a la guerre. L’art, c’est tout ça : la paix, le partage, la solidarité, la compréhension dans la différence. Depuis toujours, c’est dans ce monde-là que nous voulons vivre et on a compris que les arts créaient ça dans notre vie. On note ce qui nous rend heureux dans des calepins et ensuite on va chercher qui il y a derrière. Quand on tombe amoureux d’une œuvre, on tombe amoureux des artistes. Nous en sommes aujourd’hui à trente ans de petits carnets, donc tu peux imaginer la somme d’artistes que HEY! attire à nous. Le point de convergence, c’est qu’on est furieusement figuratifs. Il n’y a pas d’abstraction, pas de conceptuel pur et dur, pas de land art, etc.

© Mu Pan – À retrouver dans HEY! 4 Degrees Art

Lors d’une conférence, Julien a évoqué le fait que l’exception culturelle propre à la France pouvait être capable de nous aveugler et de nous empêcher de montrer d’autres formes de culture. Vous qui voyagez beaucoup et revendiquez l’art dans sa vision globale, comment la contre-culture est-elle appréhendée et représentée dans d’autres pays ?

On a en France ce qu’on appelle l’exception culturelle, lancée par Malraux. Grâce à lui, on a eu un développement formidable des musées au départ. Puis il y a eu l’énergie intelligente de Jack Lang qui a installé un système. Le commencement du système a été bénéfique pour beaucoup d’artistes qui ne pensaient pas pouvoir vivre de leur art. Et puis, parce que l’histoire de tous les systèmes écrits et fermés se déroule de cette manière, le système réécrit ses propres règles au bout d’un certain temps et travaille dans une idée d’entre-soi, et c’est ce dont souffre la France. C’est pour cela que Julien parlait d’exclusion. Car quand tu as un milieu qui travaille en entre-soi, c’est plus dur pour les autres autour d’y pénétrer. C’est le seul pays qui travaille comme ça. Selon les pays, tout dépend des politiques établies. Le Japon est très intéressant, comme les États-Unis, et l’Europe du Nord aussi car c’est très étendu et très peu peuplé.

© Dan Witz, Scrum 1 (King of Hearts), 2015, huile sur toile – Présenté dans HEY! 4 Degrees Art

Disponibles en librairie ou en ligne :

HEY! 4 Degrees Art 

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