La grandeur de la France sauvera l’Europe

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Tiré de europe1.fr

Moment solennel : ce vendredi 24 juin notre président François Hollande nous a adressé un discours des plus illuminants sur l’Europe, Brexit oblige. Haussement de sourcils, grand soupire accompagné de bruitage, yeux baissés et mots scandés avec emportement : une performance que Télérama aurait sans doute qualifiée d’« époustouflante » ; « un sommet de nostalgie et de passion ». Cessons les moqueries : le choix du Royaume-Uni est « douloureux » et il le « regrette profondément ».

L’idée derrière cette intervention d’une durée d’un peu plus de cinq minutes est que… Le changement, pour l’Europe, c’est maintenant. N’ayez pas peur (comme le disait Jean-Paul II) peuples européens ! L’expert du relooking vous explique comment et pourquoi. C’est un peu flou, mais croyez-le, la France va tous vous sauver.

« L’Europe n’est pas seulement un grand marché »… C’est aussi un grand marché

Le Président s’adresse à qui, au juste ? Aux Français, aux Européens, aux peuples de toute la planète, bien sûr. Après le réveil difficile des bourses européennes en ce début de week-end, il fallait avant tout rappeler que « l’Europe n’est pas seulement un grand marché »… Mais qu’elle est avant tout et surtout un grand marché : investisseurs, ne nous quittez pas svp ! L’omniprésence de l’union économique est aussi évidente qu’assumée.

Sur les relations franco-anglaises : la France et l’Angleterre, c’est une belle histoire d’amour mais ÉCONOMIQUE d’abord et humaine ensuite.

Sur les défis futurs de l’UE : la solidité financière d’abord, la confiance des peuples ensuite (la méfiance des peuples c’est justement ce qui a conduit au Brexit, mais peu importe).

Sur l’agenda de l’UE : la sécurité « face aux menaces » (clin d’œil, pas besoin d’expliciter lesquelles, n’est-ce pas, les amis européens, on se comprend), la croissance et l’industrie (façon franco-allemande bien sûr).

Sur l’euro : renforcement de la gouvernance « démocratique » (« démocratique » c’est en fait synonyme de « franco-allemand », il faut toujours tout expliciter pour ces faignants de méditerranéens !).

Non, l’économie n’est pas méchante et non, ceci n’est pas un article anti-système. Simplement, il ne faut pas confondre les fins et les moyens : la croissance est un moyen de mener à bien un projet, non pas un projet en soi. On n’investit pas dans une mauvaise idée, c’est assez simple comme principe. À prendre en note pour l’avenir : afin de remotiver des Européens désabusés, penser à leur rappeler quelle est l’idée de l’Europe avant de leur proposer la croissance (franco-allemande) comme seule idée.

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lexpress.fr

L’Europe est : la France et l’Allemagne qui se font des bisous pendant que les autres regardent

François Hollande propose un changement, un vrai. Il a donc pris une décision aussi grave qu’inattendue : il annonce qu’il ira à Berlin afin de rencontrer la chancelière Angela Merkel. Ah, oui, au fait, Matteo Renzi sera aussi de la partie probablement (merci pour l’invitation ! C’est trop sympa d’inviter ces drôles de ritals, ils vont apporter des pizzas).

Pourquoi l’Allemagne ? Mais c’est évident : « Parce que de notre unité dépend la cohésion de l’Union européenne ». C’est à ce moment-là que les vingt-cinq autres se demandent pourquoi ils sont encore là à tenir la chandelle. Après tous les efforts accomplis pour rentrer dans le club des VIP, ou ceux accomplis pour fonder l’UE au même titre que la France et l’Allemagne, les peuples non franco-allemands sont d’emblée exclus du game.

C’est en effet alarmant de devoir rappeler à un professeur d’histoire de l’Europe que des pays autres que la France et l’Allemagne ont participé à la Seconde Guerre mondiale. C’est exténuant, en tant que non-Française, de voir comment les cultures latines sont constamment citées en tant que pilastres de l’identité européenne… Tout en étant exclues de la mise en place de l’Europe en elle-même.

Merci pour vos jolis tableaux, vos ruines, vos démocraties, vos empires, vos langues et vos religions, merci les amis grecs d’exister. Merci d’avoir rempli nos musées et d’avoir donné des noms à nos constitutions, mais bon, vous comprenez, le Brexit c’est trop difficile pour vous qui vous la coulez douce à Mykonos ou à Ibiza, laissez-nous parler entre adultes. Loin de comprendre que, si l’on devait définir l’identité européenne on devrait peut-être commencer par une leçon d’histoire des pays que l’on accueille dans l’union, le couple franco-allemand se fait promoteur d’une culture qu’il n’aurait jamais bâtie tout seul. Une culture qu’il n’a pas inventée et qu’il n’a pas créée, comme Monsieur Hollande le souhaiterait en positionnant, comme bien trop souvent dans ce pays, la France en tant que nation universelle et universaliste.

Hélas, douce France, cher pays de mon enfance, j’avais oublié que tu avais inventé l’eau chaude et que moi, pauvre méditerranéenne, je devais la boucler et apprendre à « manger, vivre et penser français » (ah mince… Les Français sont parmi les premiers bouffeurs de pizzas au monde, mais qui est donc encore français dans ce pays ? Jeanne, réponds-nous !).

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MANGER FRANÇAIS !

L’Europe est : la mélancolie française

Le discours du Président se conclut sur une belle tirade portant sur le rôle de la France dans cette psychose qu’est le Brexit. On imagine déjà Marianne version Batman venir à la rescousse des droits de l’homme universels et intergalactiques.

« La France a une responsabilité particulière » parce que :

  1. Elle est au cœur de l’Europe. Eh ouais, on est assis à la meilleure place, il fallait y penser avant d’être un petit bout de terre post-communiste au bord de la mer Baltique.
  2. Elle a voulu l’Europe. Et elle était la seule et l’unique. Le mot « Europe » ne vient pas du grec, il est franco-français comme la démocratie, la République, la monarchie (ça dépend des moments), la révolution, le vin, le fromage, la baguette, le colonialisme (oups ! non pas celui-là), la collaboration (arrête !), l’éducation nationale, la CAF, les allocs, les grandes écoles… Les droits de l’homme, encore et toujours.
  3. Elle a bâti l’Europe. Mais oui, certes, les pères fondateurs. Je suis persuadée que la Pologne aurait bien aimé participer aussi si une guerre mondiale, puis une dictature communiste, ne l’avaient pas isolée du reste du continent pendant des décennies !
  4. Elle est le pays qui peut entraîner les autres et qui est garant de l’avenir de notre continent. Oui, après avoir connu des conflits avec tous les pays du continent sauf la Finlande, il était temps qu’on pense à soigner les blessures.
  5. C’est sa conviction de Français et d’Européen. Mais Français d’abord.

L’Europe, d’après ce discours qui est un exemple de langue de bois magistral, serait fondée sur de la thune et des mythes universalistes. Des mythes non expliqués, vidés de leur sens par un immense manque d’idéologie fondatrice et de prospection dans l’avenir. Des mythes que le gouvernement français s’approprie en sortant une énième fois l’argument d’avoir créé l’Europe.

C’est précisément pour cela que le changement sera encore long à mettre en œuvre : au lieu d’aller à Berlin, François Hollande aurait dû se rendre dans les pays de l’Est, en Grèce, en Irlande, au Portugal, voire en Turquie, afin d’expliquer pourquoi il faut encore croire dans le projet européen.

Il aurait dû expliquer à ces pays partenaires qu’ils ne sont pas uniquement des destinations Erasmus pas chères pour les étudiants français (qui par ailleurs, ne feront aucun effort pour apprendre la langue slave locale parce que trop occupés à profiter des bénéfices d’un programme d’échange culturel à sens unique). Peut-être que si en France on étudiait la culture de ses voisins, on arrêterait de ridiculiser et d’amoindrir les peuples latins, ces bons vivants qui ne font que séduire, copuler, jouer de la mandoline et danser du flamenco (non, le drapeau italien n’est pas un hommage au basilique-mozza-tomate).

La France a une « responsabilité particulière » : celle de prouver à ses voisins qu’elle souhaite construire une Europe forte avec eux et qu’une idée universelle doit être partagée pour exister.

 

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