French pop et déconne, l’ADN sexy de Therapie TAXI

On a rencontré les joyeux lurons de Therapie TAXI avant leur concert aux Trans Musicales, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne s’est pas ennuyés à les écouter. Jugez plutôt vous-mêmes.

Manifesto XXI – Comment vous êtes-vous retrouvés à jouer ici et connaissiez-vous déjà le festival ? Comment avez-vous pris la nouvelle ?

Félix : Je connaissais le festival, j’ai habité à Rennes. Je suis venu deux ans d’affilée, c’était hyper cool. En fait, on a envoyé un mail à la programmation en présentant les chansons. Et je regardais Deadpool un soir, quand Jean-Louis Brossard m’a appelé pour me dire qu’on allait jouer. On était tous hyper contents et on a foncé.

Raph : C’est un peu un coup de chatte, en vrai.

Adélaïde : Au début, on pensait plutôt qu’on passerait dans les bars.

Félix : En fait, il y a eu une annulation d’un groupe, on a envoyé le mail à ce moment-là, donc ça l’a fait. La véritable histoire, c’est que dans le mail, c’était « Therapie TAXI pour la programmation des Bars en Trans ». On pensait s’adresser aux Bars en Trans et on nous a rappelés pour les Trans.

Heureux hasard !

Félix : Grave, on a gagné au change.

Raph : On peut dire qu’on s’est auto-bookés aux Trans, ce qui n’est sûrement pas le cas de beaucoup de gens ici.

Vous êtes originaires d’où ?

Adélaïde : On s’est rencontrés à Paris, sur un site de rencontre pour musiciens sur Internet. Un Tinder musical.

Raph : Il y a beaucoup de gens chelou qui traînent là-dessus, leur interface est super moche et ça ne donne pas envie de faire de la musique.

Adélaïde : Mais bon, voilà, il m’a appelée, il était sympa.

Raph : Je lui ai dit de venir chez moi à Pigalle faire de la musique, ce qui était en soi assez dangereux. Elle n’a rien dit à ses parents d’ailleurs, à l’époque, parce qu’elle avait dix-sept ans.

Adélaïde : Et puis après, les deux autres on les a trouvés il y a un an, via des annonces Facebook. En vrai, ça fait trois ans qu’on a commencé mais avec eux deux ça fait un an seulement.

On a cru voir que le projet avait un autre nom avant ?

Raph : Milky WAY, oui.

Et c’était vous deux ? Pourquoi avez-vous changé ?

Adélaïde : C’était nous deux et un autre gars, mais il est parti. Les deux nouveaux sont arrivés sous Milky WAY, mais ça faisait un bout de temps qu’on voulait changer, c’était introuvable, et c’était en anglais alors qu’on chantait en français.

Raph : On n’a jamais eu le courage de le faire avant, c’est beaucoup de trucs chiants. De base, on n’aimait pas ce nom, on l’avait trouvé à la va-vite parce qu’on voulait juste faire un SoundCloud. Là, on a dû vraiment le faire parce qu’on avait signé, c’était le dernier moment pour le faire. Et on est très contents de l’avoir fait, même si a on galéré pour trouver un nom !

Pourquoi, ou comment, ce nom-là ?

Raph : Aaah, je me suis entraîné à faire cette réponse et je la fais toujours aussi longue ! Soixante secondes, allez : tu es en soirée, complètement bourré, et là, c’est le moment de rentrer : quatre râteaux, tu as vomi dans les chiottes, il faut que tu rentres. Tu appelles ton Heech, mais comme tu es pas à Paris il n’y a pas de Heech, donc tu prends un taxi, et là le chauffeur est un mec un peu sympa, rigolo, de 35 ans, qui parle un peu de sa femme, et du coup tu te dis que c’est le moment de tout lâcher, quoi. Donc tu lui racontes à quel point ta vie est de la merde, que tu as raté ton entrée en master 1 de Commerce, que Jean-Paul que tu avais envie de pécho à la soirée t’a foutu un gros râteau et finalement tu te mets à chialer dans ce pauvre taxi qui t’a juste dit : « Moi, j’ai une femme et tout se passe bien ». Donc voilà, c’est la « thérapie taxi » et je trouvais que ça allait bien aux textes et à la musique qu’on fait.

On a quand même eu beaucoup de débats, il y a eu des propositions bizarres, à un moment donné on s’est complètement emballés sur « 5:25 », on était tous comme des oufs, puis on a appelé nos potes qui nous ont dit que c’était de la merde. On était quatre à proposer plein de trucs nuls, et au bout d’un moment tu n’en peux plus… On demandait aux gens dans la rue, dans le métro, s’ils n’avaient pas un nom de groupe pour nous.

Quand vous avez monté le projet, est-ce qu’il y avait une volonté esthétique particulière ? Est-ce que vous vous êtes retrouvés autour de goûts communs ou vous vous êtes juste dit « on fait du son ensemble et on voit où ça mène » ?

Adélaïde : On avait déjà les anciennes chansons qu’on avait faites avec l’autre gars, et au début c’était vraiment retranscrire les anciens morceaux, notamment parce qu’avant ce n’était que de la boîte à rythmes. On a tout retravaillé, et ensuite on a recommencé à composer des trucs. Mais on avait quand même une base.

Félix : On s’est rencontrés autour de références communes quand même, quand on a bu un café on avait des groupes en commun qu’on aimait bien.

Quoi, par exemple ?

Félix : On avait parlé de Cléa Vincent, ou de la pop un peu fraîche qui se fait en ce moment en français.

Raph : On s’est rendu compte qu’on aimait tous plein de trucs pas très connus à l’époque. On a eu un bassiste avec qui on n’a pas continué mais qui nous a dit : « On dirait que vous vous connaissez depuis toujours », en parlant de nous quatre. On s’est retrouvés très soudés alors qu’on ne se connaissait pas du tout.

Adélaïde : C’était vraiment évident.

Vous parliez de la scène émergente parisienne, qu’on suit beaucoup dans le magazine, il y a notamment tout un aspect second degré dans cette scène-là, ce sont souvent des gens qui ont énormément d’humour, d’ironie, de distance aussi. Est-ce que pour vous aussi c’est important dans votre musique, qu’il y ait cet esprit de décalage ?

Raph : Non, on n’aime pas rigoler. Mais si, bien sûr. La vérité, c’est que sur notre EP il y a un peu de tout. Sur les thématiques choisies, il y a des trucs un peu plus profonds, parce que quand tu fais de la musique, parfois tu as envie d’extérioriser un peu et de manière assez brute. Mais c’est vrai qu’en règle générale, c’est un truc qui nous caractérise et le nom notamment caractérise bien ça, c’est-à-dire cette espèce de « dichotomie », comme dirait Renaud, entre profondeur et légèreté, et essayer de faire ressortir des thèmes qui sont plutôt profonds avec pas mal de second degré. Et c’est très important dans les paroles qu’on fait. On est deux à écrire principalement, et même si on a des écritures très différentes, il y a ça qui se retrouve.

Adélaïde : Il ne faut pas se prendre au sérieux. Mais du coup, c’est toujours énervant quand les gens ne comprennent pas, notamment quand ils écoutent « Salop(e) » et qu’ils réagissent mal en disant que l’image de la femme est horrible.

Ah oui ? Vous êtes confrontés parfois à ce type de réaction ?

Le groupe : Ah oui, complètement ! Il y a des gens que ça fait rire un peu jaune parce qu’ils sont gênés, d’autres que ça fait vraiment rire parce qu’ils ont compris le truc, d’autres qui sont en colère…

Adélaïde : C’est décalé parce que c’est une chanson d’amour qui est juste archi vulgaire. Cette chanson plaît aussi beaucoup parce qu’elle parle à tout le monde et que tout le monde fait ça, mais que les gens ne se le disent pas.

Raph : Jean Louis-Brossard a dit que c’était une des plus belles chansons d’amour qu’il ait entendue. C’est vrai que cette chanson nous a mis plein de bâtons dans les roues, comme elle nous a ouvert des portes. Je pense que c’est aussi grâce à ce parti pris fort qu’on a réussi à accrocher un peu le truc. Les gens attendent ça, qu’on prenne des partis pris un peu forts.

Tu parlais des groupes pop parisiens, et moi ce qui me manque dans ce que j’écoute et que j’aime bien, que ce soit Cléa Vincent ou autre chose, je pense que parfois il y a un truc un peu lisse, et dans la production musicale et dans les paroles. Ça n’enlève pas que ce sont des super paroles, mais nous on essaie de prendre le contre-pied, on essaie de faire un truc qui renvoie des images tout de suite et dans lequel tu te reconnais.

Sur « Salop(e) », on a plein d’anecdotes marrantes, plus que des gens qui réagissent mal. Quand tu écoutes la chanson en entier, tu te rends compte que ça n’a rien à voir avec dire que les meufs sont des salopes ou les mecs des connards. On parle d’autre chose. La première fois qu’on l’a jouée, il y a un mec qui venait de se faire larguer par sa meuf, ça faisait une semaine qu’il faisait la tronche, et là il entend cette chanson et il sourit, parce qu’il s’est dit que c’était ça qu’il vivait et que c’était bien retranscrit en face.

Ce qui est frustrant avec cette chanson, c’est que pour l’instant on n’a pas sorti notre EP, donc des gens associent cette chanson à notre groupe parce qu’il n’y a que celle-là qui est sortie, mais ça n’est qu’un petit pan de tout ce qu’on va faire et de ce qu’on peut faire.

Adélaïde : Toutes nos chansons ne sont pas grossières. Mais on voit bien quand on joue que c’est la chanson qui marche le mieux, c’était un pari ambitieux et ça a fonctionné. Mais tout le reste n’est pas axé là-dessus. On a hâte de sortir l’EP pour faire écouter qu’il y a des textes très fouillés, beaucoup plus recherchés.

Tout est en français ?

Raph : Oui, tout, c’est un parti pris. Et puis de toute façon, on parle mal anglais. On trouve ça con maintenant de chanter en anglais. On pourrait croire d’ailleurs qu’on est sur la vague mais on ne s’est pas vraiment posé la question, ça n’était pas pour des raisons marketing.

Adélaïde : Après, on nous a poussés à le faire aussi, parce que ça plaît aux gens. On est allés en Angleterre et ils ont trop kiffé qu’on chante en français. Ils ne comprenaient rien, mais justement ! Quand on leur a expliqué les paroles de « Salop(e) », ils étaient « Mais non mais c’est trop bien ! ».

Pour l’aspect instrumental, est-ce que vous composez tous ? Ou est-ce que c’est plus quelqu’un en particulier ?

Le groupe : On a une logique archi communautaire. Pour le coup, on est un groupe de hippies. Tu as quelqu’un qui commence quelque chose, des débuts d’harmonies… et qui partage ensuite. On est deux à écrire les textes guitare/voix, et ensuite tout le monde met la main à la pâte. Toutes les chansons sont différentes. On a tous des chansons sur lesquelles on a quasiment tout fait. On donne notre avis sur tout, personne n’a le dernier mot.

Raph : Une fois, j’ai envoyé une chanson et Adélaïde m’a dit qu’elle était complètement pourrie. On sait qu’on a trois regards très clivants qui sont là, et qui te regarderont toujours en te disant que ce que tu as fait, c’est de la merde !

Est-ce que l’étiquette « pop » serait la plus évidente pour décrire votre musique ?

Le groupe : Ouais, « pop » c’est bien. « French pop ». La pop, c’est juste avoir des refrains qui rentrent en tête finalement, et nous la recherche musicale qu’on a c’est quand même un truc qu’on chante et qu’on danse. On fait des chansons à refrains, et c’est un truc rassembleur.

Est-ce que vous revendiquez, comme beaucoup d’autres groupes de pop française, une certaine descendance avec La Femme ou pas du tout ?

Le groupe : Oui, on les adore. Ces mecs-là sont la base du fait qu’on rechante en français. Rien que pour ça, on leur doit une fière chandelle. Ils ont apporté un souffle de renouveau. La démarche musicale et artistique qu’ils ont eue est trop bien.

Vous êtes chauds comment pour le live de demain ?

Le groupe : Bien ! On n’a pas le droit de sortir ce soir, parce qu’on doit être là-bas à 9h30, donc bien sûr on ne va pas respecter ça.

Ça ne vous angoisse pas de ne pas jouer la nuit, le soir ?

Le groupe : De toute façon, on va récupérer des gens en redescente de MDMA, donc à un moment donné, soit tu les accroches, soit les mecs font une crise d’angoisse… Mais comme c’est un festival, ce n’est pas le même contexte, donc ça va.

Pour finir, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour les mois à venir ? Sur quoi vous travaillez, dans quoi vous allez mettre votre énergie ?

Le groupe : Que l’EP marche bien ! Des concerts ! Et un bon transit intestinal. On est au début, on ne sait pas encore comment vont réagir les gens, mais on a la chance d’être accompagnés par un tourneur, un label, un éditeur, donc c’est cool ! C’est tout nouveau, on a déjà mis pas mal d’énergie dedans donc on espère que ça va marcher, mais c’est hyper excitant ! C’est la première fois qu’on a un hôtel payé, c’est trop bien !

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Propos recueillis par Alice Heluin-Afchain et Eléna Tissier.

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