Les Francs Bourgeois, conversation solaire et acidulée

©Anne Treutenaere

C’est dans un café/pizzeria italien que je retrouve Glenn (chant) et Florent (mélodies) des Francs Bourgeois. Avec leurs deux premiers titres, Saint-Tropez et Ananas Cocktail, ils nous ont séduit. Il y a quelques jours, ils sont apparus dans la playlist des jeunes espoirs de 2016 des Inrocks. La musique du café où nous nous installons est italienne, kitsch, estivale et dolce vita. On ne pouvait espérer mieux. Nous vous invitons à plonger dans leur univers pop années 80 acidulé et planant, gorgé de soleil, de romance, de poésie et de fraîcheur.

Manifesto XXI – Les Francs Bourgeois, pourquoi ?

Florent : Je sais pas c’est Glenn qui me rend hommage, Florent Béché, Francs Bourgeois, ce sont les mêmes initiales !

Glenn : Pas du tout ! (On sent la cohérence de groupe !). Je cherchais un nom de groupe et je suis tombé sur la rue des Francs Bourgeois. Ça sonnait bien. J’ai cherché la signification sur Wikipédia et en fait ça désigne les gens qui n’avaient pas de thune et qui ne payaient pas d’impôts à Paris. Ça prête un peu à confusion du coup, parce que « Francs », on est malhonnêtes, et « Bourgeois », on est fauchés. Les pauvres malhonnêtes à l’envers.

Manifesto XXI – Vous qui venez de Bretagne, vous prenez un nom bien parisien !

Florent : Ah non moi attention c’est la Mayenne ! Le paillasson de la Bretagne.

Glenn : On n’a pas vraiment d’influences bretonnes dans nos musiques. Je viens de Brest et l’influence des groupes de cette ville est assez anglo-saxonne finalement.

Manifesto XXI – Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Florent : Dans un night club je crois… gay !

Glenn : Non pas du tout ! (rires)

Florent : Je sais plus ! Ah si au lycée agricole, et oui je trouve ça stylé ! Il mixait du Sean Paul…

Glenn : Non dis pas ça !

Florent : On est malhonnêtes ou on est francs ?

Glenn : Malhonnêtes ! Non en fait il m’a appris la guitare, il m’a fait découvrir la musique rock. Moi j’étais plus reggae à l’origine et je ne jouais d’aucun instrument. On est devenus super potes.

Florent : Il a appris avec J’ai demandé à la lune.

Glenn & Florent
Glenn & Florent

Manifesto XXI – À partir de quand avez-vous décidé de former un groupe ensemble ?

Florent : C’était à Brest il y a un peu plus d’un an en rentrant de Saint-Tropez.

Glenn : Florent fait les mélodies sur son ordi avec sa gratte et son synthé, j’écris les paroles et on arrange les morceaux ensemble. Ensuite il y a Max le guitariste qui reprend les mélodies de Florent et parfois ajoute des solos, il a vraiment un jeu bien à lui. Quentin, le batteur, nous a rejoint en janvier, qui lui ne sert à rien… Je plaisante bien sûr : il est extra !

Florent : Ce qui est important c’est qu’on a trouvé un guitariste et un batteur qui ont compris le concept du groupe.

Glenn : C’est vrai que depuis le temps qu’on veut se lancer… Ça a été long de trouver les bonnes personnes.

Florent : C’est agréable de jouer tous les quatre ensemble, il y a une osmose, on se comprend.

Glenn : Nos répétitions sont comme un laboratoire, on cherche, on essaye, on expérimente afin que les morceaux sonnent bien en live. Forcément, ça va être un peu différent de ce que l’on a fait sur nos démos enregistrées at home.

Florent : Nos enregistrements ont été faits avec des boîtes à rythmes et Quentin joue avec sa batterie acoustique et son pad donne une touche électro aux morceaux.

Manifesto XXI – Quels musiciens, chanteurs, groupes vous inspirent pour créer votre musique ?

F & G : Gainsbourg !

Florent : Il y a un côté années 80 et kitsch, Niagara & Étienne Daho. J’aime aussi le son des percus de New Order comme dans Blue Monday.

Glenn : En fait on a fait un concept album pour les Francs Bourgeois, un peu comme Histoire de Melody Nelson de Serge. J’ai écrit notre dernière chanson hier d’ailleurs.

Manifesto XXI – Des choses diverses de la vie vous inspirent en particulier ?

Glenn : Les histoires chaotiques avec les filles pour Lola (l’un des personnages dans l’histoire que raconte l’album). Étienne Daho depuis que je suis allé le voir en concert à la Villette, avant je trouvais ça ringard et en fait j’ai redécouvert et j’adore !

Florent : Mais on n’est pas ringards, même Joe Dassin j’aime bien, c’est frais frais tu vois ! C’est mignon comme tout non ?

Glenn : Attends je me mouche, ça va faire un bruit de trompette, désolé. C’est mon côté jazz… Sinon l’Italie aussi ça nous inspire… Marcello Mastroianni dans Huit et demi c’est la classe absolue !

Manifesto XXI – Album terminé hier, sortie prochainement ?

Glenn : On aimerait bien trouver un label pour nous accompagner, pour l’instant on s’autoproduit. Il y a des métiers qu’on ne sait pas faire. C’est nous qui trouvons les dates de concerts par exemple. On souhaiterait trouver un petit label indépendant qui adhère à notre univers, mais il y a tellement de groupes aujourd’hui…

Manifesto XXI – Votre style est effectivement en vogue en ce moment, c’est le retour des années 80. Quelle est la particularité de votre univers ?

Glenn : Notre musique est joyeuse, volontairement désengagée, il n’y a pas de message, un peu comme dans le délire de « l’art pour l’art » de Théophile Gautier. Notre but, c’est la Beauté !

Florent : On raconte une histoire et ça fait danser. Quand on sera sur scène on adorerait voir le public se déhancher.

Glenn : Je n’aime pas aller à un concert où tu déprimes en sortant. La vie est parfois si tragique surtout quand tu regardes l’actualité. Je pense qu’on est tous touchés par les évènements qui se déroulent en ce moment. La musique c’est une échappatoire, c’est comme quand tu vas au cinéma, c’est sympa de voir une belle histoire. Mais tu vois, Ananas Cocktail ça paraît simple à faire mais j’ai mis six mois à l’écrire. Faire des choses simples c’est finalement très dur. À moins que ce soit moi qui fonctionne au ralenti ?

Manifesto XXI – Ce parti pris revient de plus en plus, peut-être à cause des évènements tragiques annoncés par les médias au quotidien. Finalement, ce style de musique que vous proposez est quelque part engagé, engagé pour plus de légèreté ?

Oui, on a besoin de lâcher prise, de déconnecter, sinon on deviendrait fous… La légèreté n’a jamais fait de mal. C’est vraiment une éthique en fait. Mais c’est peut-être même plus facile d’écrire sur la tristesse finalement. La dernière fois j’ai regardé un reportage sur les yéyés et en fait c’est un peu ça qu’on essaye de faire avec notre musique : pas de prise de tête, bon mood, on écoute, on danse et le tour est joué.

Manifesto XXI – Votre musique est effectivement pleine de fraîcheur et de légèreté. Personnellement ça me fait aussi penser à Brigitte Bardot, aux pin-ups, le Saint-Tropez des années 60-70, les amours de vacances dans les romans d’été du genre Le Blé en herbe de Colette, dites-moi si je pars trop loin… C’est peut-être à cause de votre visuel !

Ah oui, Bardot ? C’est drôle ! Oui ça doit venir des images. Pour la légèreté par contre, elle est présente en partie mais la fin de l’album ne sera pas aussi joyeuse…

FBOURGEOIS
©Anne Treutenaere

Manifesto XXI – Ah oui ? Ça casse tout alors !

Glenn : Il faut être un peu naïf mais pas trop « niais » ! L’amour c’est beau et forcément ça peut partir en vrille…

Manifesto XXI – Justement vous ne tombez pas dans le niais ! Mais c’est vrai que vos morceaux inspirent la romance et sont assez poétiques finalement : « Cupidon tire les ficelles/Fascination/Étincelle/Maintenant c’est officiel je suis la Bête, elle est la Belle ».

Florent : Très Walt Disney !

Glenn : Peut-être que le but inconscient c’est de ramener beaucoup de femmes à nos concerts. (rires) Je pense qu’en fait on cherche beaucoup d’amour dans ce que l’on fait. On a besoin de beaucoup d’amour, c’est pour ça que le public c’est génial et qu’il nous tarde de commencer les concerts !

(Glenn : Kiki, tu veux ma croûte de pizza ?)

Manifesto XXI – Les couleurs qui peindraient votre univers ?

Glenn : « Le monde est bleu comme toi » ! J’aurais dit bleu.

Florent : Vert comme la pureté, ou blanc !

Glenn : Moi j’aurais dit bleu et jaune. Jaune, le soleil. Bleu, la mer.

Florent : L’éternité quoi ! C’est le ciel, non la mer, la mer mêlée au soleil… Non c’est pas ça ? Attends…

Glenn : L’arc-en-ciel ! (rires) En tout cas c’est pas noir, quoique sur la fin…

Manifesto XXI – Trop de mystère avec cette fin ! Vous ne pourriez pas raconter l’histoire ?

Florent : C’est Glenn qui l’a écrite, il vaut mieux qu’il raconte, je sais pas encore la toute fin, il l’a finie hier.

Glenn : Il y a un tournant dans l’album. En fait il se rend compte que c’est une fille qui s’énerve beaucoup et du coup…

Florent : Mais c’est le gars qui la rend comme ça aussi, parce qu’il est nonchalant, ça la rend folle.

Glenn : Cet album raconte simplement une histoire d’amour du début à sa fin. Le « narrateur » rencontre une fille qui s’appelle Lola. Elle n’existe pas, c’est un mélange des filles que j’ai rencontrées et qui ont donné cette « Lola ». La première chanson s’appelle Premier RDV. Ils se rencontrent dans un bar. Il croit de nouveau en l’amour. Il a la trentaine, elle la vingtaine. Il l’invite à venir passer quelques jours sur la côte. J’imagine mes chansons comme des portraits, des paysages. Tu as le portrait du premier rendez-vous, le portrait où ils dansent dans un night club (Ananas Cocktail), mais je ne vais pas tout raconter, je dois laisser un peu de suspens non ?

(Pendant ce temps Ti Amo Ti passe dans le café où nous discutons.)

Le titre Saint-Tropez, c’est un peu « l’invitation au voyage » de Baudelaire en version relax ! Ensuite ils sont sur un bateau, « Bateau sur l’eau. Lola sur moi, surexcitée, voici l’été. ». C’est assez sexuel quand même derrière le romantisme ! Mais je ne dévoilerai pas tout, vous connaîtrez la suite de l’histoire à la sortie de l’album…

Manifesto XXI – Les descriptions dans les paroles sont très détaillées je trouve. Vous avez le sens du détail dans votre travail ?

Glenn : Quand j’écris les paroles oui, les détails sont importants. Dans Ananas Cocktail, les rimes sont en « L », je m’impose des contraintes formelles. Pour Premier RDV ce sont des « vers » de cinq syllabes pour le couplet et le refrain est en sept. Ça permet d’être plus précis avec la mélodie.

Florent : Moi j’y vais au feeling, même si j’arrive avec des compositions précises. On passe des heures à travailler des détails dans les arrangements. Spontanéité et travail mélangés.

Manifesto XXI – Vous êtes plutôt livres ou films ?

Glenn : Les deux mais je suis fou de romans. J’ai fait une fac de Lettres, pour avoir une roue de secours quand même !

Florent : Moi je suis plus cinéma. Nos musiques sont assez cinématographiques, d’ailleurs on aimerait commencer à faire les clips bientôt.

Manifesto XXI – Vous les voulez précisément fidèles au récit ou vous souhaitez prendre plus de libertés ?

Ce serait bien de bosser avec un réalisateur. On aimerait avoir un autre regard sur notre travail. Peut-être raconter les choses, mais différemment avec l’image.

Manifesto XXI – Cinq objets qui incarneraient votre atmosphère ?

Glenn : Une Cadillac, une bouteille de Bourbon.

Florent : Un maillot de bain, les lunettes de soleil, et en forme de cœur rouge comme la Lolita de Kubrick. Et un tableau tiens !

Glenn : Oh un tableau de Botticelli !

Lolita

Manifesto XXI – Ha c’est drôle votre musique me faisait penser au tableau A Bigger Splash de David Hockney, la piscine bleue californienne avec en premier plan un plongeoir jaune avec en fond la villa de vacances.

Florent : Ha tu nous montreras !

Glenn : C’est marrant parce que je voulais écrire une chanson qui se passe dans une villa, qui s’appellerait « Villa Midi Six ».

Manifesto XXI Plonger dans la Méditerranée ça séduit, et une invitation à plonger dans l’Atlantique breton, moins ? Vous retournez souvent dans vos provinces respectives ?

Florent : Ha si ça séduit, c’est reposant la Bretagne ! Rentrer en Mayenne aussi, pour sentir la campagne, ça fait du bien ! Non sérieusement, ici tout est cloisonné. Le cerveau s’aère là-bas, c’est vivifiant.

Glenn : J’écris des nouvelles qui se passent en Bretagne mais pas de chansons encore. Mais ça me ressource toujours de retourner en Bretagne. Rien qu’à Montparnasse quand tu prends le train pour retourner à Brest, à chaque fois je suis là, cool, je vais retrouver de l’air, de la mer et des nuages ! On a besoin de nature… Le « sentiment océanique » de Romain Gary, le fait que tu fasses un avec le monde. L’un dans le tout, on vient des étoiles et on vit sur Terre tu vois, c’est aussi ce qu’on veut faire ressentir dans nos musiques. Paris c’est bien mais t’as pas l’horizon…

David Hockney, A Bigger Splash, 1967
David Hockney, A Bigger Splash, 1967

Manifesto XXI – Qu’est ce que vous écoutez en ce moment ?

Florent : She Drives Me Crazy de Fine Young Cannibals, Cock Robin. Je suis pas trop à la page, les trucs d’aujourd’hui ne me parlent pas trop, j’écoute pas mal de vieux trucs. New Order, Niagara, Gainsbourg, Michel Berger… Tiens il faudra que je me mette à écouter du Prince aussi, maintenant qu’il n’est plus là.

Glenn : William Sheller, Fier et fou de vous. Je suis allé le voir aux Folies Bergères y’a pas longtemps. Sa voix a un peu vieilli mais il a des mélodies exceptionnelles. Ce matin j’écoutais Polnareff avant de venir tiens ! Ma mère était fan, c’est avec ça que je me suis mis à chanter. Et sinon les Bee Gees aussi à fond, leur chanson Tragedy est top , je m’en suis inspiré pour lancer le refrain d’Ananas Cocktail.

Manifesto XXI – Vous avez quel âge ?

Glenn : Entre 20 et 30.

Florent : Moi 28, toi 29, Max 24 et Quentin 23.

Glenn : Mais parle pas de nos âges, j’aime pas vieillir… Je mets de la crème hydratante contre ça.

Florent : Pourquoi pas ? Moi c’est drôle plus je m’approche de la trentaine plus j’ai envie d’avoir trente ans !

Glenn : Par contre c’est vrai que le temps ça bonifie, on arrive à faire la musique qu’on veut, on est plus confiants dans nos choix.

Manifesto XXI – La musique années 80 touche tous les âges. Vos parents et grands-parents aiment votre musique ?

Glenn : Mes grands-parents à part Piaf et Brassens… Ma mère elle est fan de moi donc c’est pas très difficile ! (rires) Mais sinon mes neveux et nièces qui ont entre trois et douze ans dansent trop dessus ! Notre musique touche les enfants apparemment. Oula c’est un peu bizarre ce que je viens de dire…

Florent : Moi ils n’aiment pas trop je crois… C’est surtout pour les gens de nos âges, les ados, les trentenaires, mais aussi les quarantenaires, les cinquantenaires… Pour tout le monde quoi !

Manifesto XXI – Vous aimez la mode ?

Florent : Non…

Glenn : Haaaa genre Kiki il va tout le temps en friperie ! Genre à chaque fois qu’il arrive en répét le gars : « J’aime pas acheter n’importe quoi », il faut mettre l’accent de Karl Lagerfeld avec.

Florent : Tu parles j’ai trouvé ma veste à Kiabi, le bonnet par terre dans la rue, il n’y a que mon pull que j’ai trouvé en frip !

Glenn : Moi la casquette Betty Boop vient de San Francisco, c’est une amie qui me l’a prêtée ! Et sinon le reste je sais plus mais Gilles Gabriel reste notre mentor ! Maintenant je m’habille normalement, quand j’étais à Brest je m’habillais un peu bizarrement…

Florent : Oula oui…

Manifesto XXI – Un dress code sur scène ?

Florent : On pensait mettre les t-shirts blancs avec les anciens présidents, la photo de Chirac qui revient à la mode tu sais ! T-shirts rentrés dans le jean, mais il faut pas avoir de bide attention ! Un jean bleu et des chaussures rouges, François le Français tu vois (rires). Et des casquettes bleues avec des cigognes !

Glenn : On pensait mettre des ananas sur scène, une bouteille de rhum qui traîne. Il y aura un petit verre d’Ananas Cocktail offert au concert !

Manifesto XXI – Finissons par un regard vers l’avenir du groupe… Être dans la playlist des Jeunes Espoirs pour 2016 des Inrocks, ça vous a fait quoi ?

On est super contents forcément ! Ça nous a apporté plus de vues sur Soundcloud. On a été contactés par deux radios dont la radio campus de Montréal, imaginer qu’Ananas Cocktail passe là-bas c’est assez drôle, ça permet des ouvertures géniales. Lorsque tu nous as dit que t’as écouté Ananas Cocktail en soirée, ça nous a fait super plaisir ! Ça nous rend vivants ! L’ultime kiff serait un jour d’entrer dans un club et de l’entendre passer ! Maintenant c’est à nous d’être à la hauteur des attentes. On veut jouer et vivre de notre passion en la partageant avec un public heureux, tout simplement !

Les Francs Bourgeois seront en concert à Paris le 10 juin à l’Alimentation Générale et le 24 juin à La Loge.

Retrouvez les Francs Bourgeois sur :

Facebook

Soundcloud

image_pdf
Spread the love !
  •  
  •  
  •   
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
More from Gaëlle Palluel

Anti-Fashion : less is more

L’euphorie des années 80 et de leurs couleurs intenses laisse place aux...
En savoir plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *