Le forum du CROUS de Paris : amère aventure

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Octobre 2016. L’année universitaire commence vraiment, après un mois de septembre traditionnellement placé sous le signe de la paperasse administrative et de la nostalgie de l’été… Comme tous les ans des centaines, des milliers d’étudiants dans toute la France se sont retrouvés confrontés à la sempiternelle question du logement. Dans cette quête nationale, la recherche d’un logement à Paris fait office d’épreuve olympique, le treizième des travaux d’Hercule. C’est une sorte de célèbre rite initiatique, un passage obligé ô combien stressant pour enfin mériter sa place dans la si désirable capitale. Dans cette quête, il existe un Saint Graal pour les étudiants boursiers : les logements en résidence universitaire du CROUS. Oui, mais : cette aide précieuse se mérite, même pour les plus méritants voyez-vous. Récit d’une aventure de désorganisation telle que notre administration a l’art d’en composer.

Non-communication organisée pour un non-événement…

Tout comme l’État ne peut pas tout, l’organisation dédiée aux étudiants ne peut pas satisfaire toutes les demandes. La grande session de repêchage pour distribuer les dernières places libres en résidence se déroulait sur le parvis de l’hôtel de ville le 6-7-8 septembre dernier. Sur le papier, tout semble jouable, clair et limpide. Venir avec sa notification le jour J et attendre de bien vouloir être reçu.

Le parcours du combattant commence pour obtenir le plus élémentaire des biens : l’information. Obtenir un quelconque renseignement par téléphone ? Mieux vaut avoir quelques heures devant soi et les nerfs bien détendus. C’est bien connu les étudiants (les jeunes !) ne font rien l’été et peuvent perdre tout le temps qui file entre leurs doigts. Quand une voix humaine finit par vous répondre à l’autre bout du fil, aucune précaution particulière n’est mentionnée, aucun critère de sélection n’est précisé pour le jour J. En cherchant bien, vous pouvez finir par trouver la trace d’un événement sur Facebook. Ok, allons-y donc.

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Côté accès public ; la jungle est de l’autre coté.

… et désorganisation savante sur place.

Le principe de l’épreuve est simple : arriver le plus tôt possible sur le parvis pour être reçu par les agents du CROUS. Les candidats au repêchage sont nombreux, très nombreux. C’est une épreuve d’endurance, un demi-fond sur place. Des bénévoles offrent gentiment un café à 9h00 du matin. La queue s’est enroulée le long de la fontaine de l’hôtel de ville et s’étend sur tout le trottoir de la rue de Rivoli face au BHV. Le forum est planté en plein milieu de la place et l’accès au service des logements est filtré par un service de sécurité.

La tension est palpable à mesure que les heures passent, et que l’on s’approche de 12h00. Quelques bénévoles regardent les étudiants alignés avec compassion, presque pitié. La bombe explose aux alentours de 11h30 lorsque l’on annonce que le nombre de logements à distribuer pour la journée est épuisé. Première nouvelle, il y a donc un nombre de logements limité à distribuer sur les trois jours. Bien, rebelote le 7 donc, en arrivant plus tôt pour être sûr d’être auditionné. Aucune information spécifique n’est donnée sur Facebook.

J+2. Les plus courageux ont fait l’expérience d’une nuit sur le parvis de la glorieuse mairie parisienne, à la belle étoile en espérant que cela suffise. À 6h00 du matin, soit trois heures avant l’ouverture, il y a déjà une soixantaine de personnes. L’aube se lève sur les croisés du logement, la queue s’organise. La situation s’embrase lorsque l’on annonce que seuls les boursiers hors Île-de-France échelon 4, 5, 6, 7 seront reçus. Cris, pleurs, amertume, bousculade… Chacun tente de négocier, jouer des coudes pour expliquer sa situation. Difficile d’oublier cette étudiante qui apostrophe la sécurité et prend la foule à témoin : « C’est comme ça qu’elle traite ses étudiants, la ville de Paris ? J’suis à la rue moi, même si je suis en IDF… ». Le désespoir des uns est palpable, le soulagement discret des autres aussi. Beaucoup repartent avec le sentiment d’avoir été traités avec trop peu d’humanité. Ce qui devrait être une humble quête est en fait une grotesque foire à l’empoignade.

Comme tous les ans, l’histoire se termine de façon heureuse dans une résidence, mais beaucoup ont dû trouver une alternative. Le mystère demeure : comment comprendre que cette organisation opaque et malsaine soit la même d’année en année ? Comment comprendre que la gestion même de l’espace sur le forum ne soit pas conçue en fonction de ce problème majeur ? Sur la superficie totale du forum, le service des logements occupe une place ridicule. Ne pas avoir assez de logements pour tous les demandeurs est un fait compréhensible. Mais laisser les étudiants et leurs familles espérer et perdre du temps de la sorte est incompréhensible. L’histoire orale estudiantine nous apprend que nombre d’étudiants boursiers n’essaient même plus ; dommage, donc, qu’à l’heure d’Internet l’information circule encore si mal.

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Visuel original diffusé sur le Facebook d’Étudiant à Paris à la fin du forum

Le mal logement parisien : tous condamnés à la résignation ?

Le pire dans tout ça est que le CROUS est loin d’être inactif. Deux nouvelles résidences viennent d’être inaugurées en septembre 2016 : « C’est vrai qu’il y a un retard à combler mais nous avons triplé notre parc ces huit dernières années, fait valoir Denis Lambert (ndlr : le directeur général du CROUS). Et nous allons avoir une montée en puissance avec une production de 800 lits par an à partir de 2018 ».

Paris n’est pas une ville de rêve pour les étudiants. Le pire dans cette vie parisienne si chère, c’est que les oasis sont extrêmement difficiles à trouver. Trouver un bout de toit sous lequel s’abriter dans des conditions décentes revient presque à chercher l’amour sur Tinder : autant vous dire que c’est beaucoup de recherches quantitatives pour peu de résultats qualitatifs. Chacun sait que c’est un mal bien français que de se plaindre sans regarder la misère du monde, ou juste celle de ses voisins. La majorité des étudiants dans le monde ne peut pas compter sur l’aide sociale fournie par un tel organisme. Mais il est d’autant plus effarant de constater que celle-ci est répartie au prix d’une tension largement évitable.

Nos chères études…

Qui est responsable dans tout cela donc ? Voulons-nous avoir accès à une qualité de service que nous n’avons pas su défendre ou n’avons jamais défendue ? Tous les ans dans les grands médias, les articles proposant des tuyaux et des bons plans se multiplient avec une consternante ressemblance d’une année sur l’autre. Le problème est donc bien connu. Pourtant aucune trace dans un grand média d’un article sur le déroulement de ce forum. Le CROUS de Paris, comme peut-être bien d’autres de France et de Navarre, a donc mauvaise presse et avec raison. La rancœur des étudiants qui se sentent souvent peu aidés, seuls face à une institution pesante et sans visage, est tenace.

C’est encore sans compter la myriade de questions que soulève l’attribution de ces logements, leur gestion au quotidien. Encore une fois, le système existe avec ses défauts et prend sa part de responsabilité. La question de fond – pouvoir « s’offrir Paris » – reste cuisante. Les étudiants étrangers, non-Erasmus poursuivant un cursus en France, en sont un parfait exemple : leur statut ne leur permet d’accéder aux bourses et aux logements en cité U, qu’après deux ans de résidence en France et à condition d’être rattaché au foyer fiscal d’un parent résident ou d’un tuteur. Cette subtilité est mal connue, voire souvent inconnue des intéressées, malgré les écarts parfois effrayants avec le niveau de vie du pays d’origine. Le CROUS joue aussi un rôle important dans l’accueil des réfugiés qui ne sont pas soumis à ces conditions. Encore une fois, c’est aus niveaux de l’information et de la médiation que le bas blesse.

L’entrée en résidence n’est pas non plus de toute simplicité, et les subtilités de la gestion de chaque résidence constituent de véritables légendes urbaines. Mais ça, c’est une autre histoire.

Ndlr: L’article original a été modifié concernant la condition des étudiants étrangers.

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