Fishbach, tout dans le regard. Interview

fishbach pete the monkey
Pete the Monkey Crédits : Pe Testard

Si j’ai cette place qu’on m’a donnée, c’est un privilège. Il ne faut jamais oublier que c’est un privilège d’être sur scène. C’est un privilège quand tu m’interviewes, tu me donnes la parole et tu m’écoutes. C’est quand même incroyable. Il ne faut pas se cacher, si j’ai décidé de me montrer, pourquoi je me cacherais ?

fishbach
@ Julia Romart

La première fois que j’ai écouté Fishbach, c’était avant la sortie de son premier EP, Fishbach. J’étais en train de cuisiner des pâtes brocolis-olives, pour tout vous dire. J’ai donc appuyé sur « play » et j’ai continué à m’occuper de ma casserole. Quand l’instru a laissé place à la voix, j’ai littéralement buggé et laissé pâtes, brocolis, parmesan et plaques électriques à leur destin.

J’ai demandé une première interview dans la foulée et deux jours après je la rencontrais autour d’une petite bière.

Est-il nécessaire de préciser que les pâtes aux brocolis comme les fait ma maman ont fondu avec tout le reste et provoqué le déclenchement de l’alarme incendie ?

Alors neuf mois après environ, Fishbach passait au Pete the Monkey. Je l’ai donc recroisée pour un petit bilan assises dans la pelouse, au soleil de Normandie, après son live terminé en standing ovation.

Fishbach, partie II

On lui apporte une bière.

Fishbach : Grazie mille !

Homme de la bière : Prego mi amor !

Manifesto XXI – Nous re-voilà ! On t’a vue au début de l’aventure Fishbach, alors on voulait savoir comment ça se passe, quels ont été les moments forts de cette année ? 

Écoute, pas mal. On s’était rencontrées il y a presque un an, c’est vrai. Depuis, j’ai signé avec le label [Entreprise], on a sorti un disque de quatre titres, j’ai fait plein de concerts et… Il faut sortir un nouveau disque, non ?

Manifesto XXI – Ben oui je pense ! (rires)

Comme tu l’as vu, je ne joue pas que les quatre titres de l’EP sur scène, j’en joue plein d’autres. Et puis j’en ai plein encore dans ma chambre que j’aimerais partager. Là, je suis en plein enregistrement de l’album, qui sortira bientôt. Donc voilà, j’ai surtout fait tourner mes chansons en concert et je suis allée à la rencontre des gens. J’ai cherché un public avec qui partager mes chansons et ça se passe plutôt bien.

Manifesto XXI – Tu dis que tu as des chansons « encore dans ta chambre ». Tu continues donc de composer toute seule, dans l’intimité ? 

J’écris toujours toute seule dans ma chambre, oui. Néanmoins, ce ne sont pas ces chansons-là que je vais exploiter pour l’album. Pour l’album, je vais exploiter toutes les chansons que je n’ai pas mises dans l’EP. Et même si j’écris dans la solitude, je me fais aider par plusieurs personnes parce qu’on passe d’un EP à un disque entier. D’un côté, il faut garder, je pense, ce côté solitaire : c’est moi avec mes sentiments. De l’autre, un si grand travail, on ne peut pas l’envisager uniquement comme cela.

Manifesto XXI – Pourquoi ? 

Eh bien, quand j’écris une chanson, je ne l’envisage pas dans un tout. Il y a donc un travail de construction d’un univers entier à mettre en place. Et ça, moi je ne sais pas le faire. Heureusement, j’ai rencontré des gens super avec qui collaborer. Des personnes qui m’aident sans dénaturer ma façon de penser, je trouve cela stimulant. Des fois, je bloque sur un morceau et puis, tout se débloque. Souvent je dis non. Enfin, je dis beaucoup non. Mais si je dis oui, c’est formidable et tout se débloque.

Manifesto XXI – Sur Alcaline, lors de « L’instant Fishbach », tu as dit « Je joue la chanteuse plus que je ne suis chanteuse ». Qu’est-ce que ça veut dire ? 

Alors oui, c’est très vrai.

Manifesto XXI – Donc tes gestes, ta présence sur scène, ce parti pris de mouvement si fort, ils découlent de ça ? De ce jeu ? 

Je tiens à dire que je n’ai pas vraiment travaillé mes mouvements. Simplement, je ne savais pas faire autrement. Tu sais, quand je suis dans ma chambre et que je compose, je danse vraiment, je fais partie de ces nanas qui dansent toutes seules. Je t’avoue que j’ai toujours eu le complexe d’être une danseuse frustrée. J’aurais adoré être danseuse, j’ai essayé de prendre des cours, et puis je n’arrivais pas à choper le truc. Et pourtant j’aime ça. Alors même si je danse comme un parpaing, je le fais.

fishbach alcaline
Fishbach sur Alcaline, France 2

Manifesto XXI – Ça peut faire un style la danse du parpaing…

Je ne sais pas si ça fait un style… Mais je m’en fous, je le fais. Quand j’étais sur scène, j’étais tellement intimidée (maintenant, ça s’est transformé) que je n’avais pas d’autres solutions que d’y aller à fond, d’aller chercher les gens et prendre le problème au contraire.

Tu sais, si j’ai cette place qu’on m’a donnée, c’est un privilège. Il ne faut jamais oublier que c’est un privilège d’être sur scène. C’est un privilège quand tu m’interviewes, tu me donnes la parole et tu m’écoutes. C’est quand même incroyable. Il ne faut pas se cacher, si j’ai décidé de me montrer, pourquoi je me cacherais ?

Puisque je n’ai pas d’instrument de musique, j’appuie mes paroles avec des gestes. Je gesticule énormément. Quand je me regarde en vidéo, je me dis « Ohlàlà mais calme-toi ! Qu’est-ce que tu fais à sautiller comme ça ? Il faut canaliser tout ça ! ».

C’est parce que je suis jeune.

Manifesto XXI – Le geste accompagne la parole, comme en rhétorique…

Plus ça va, plus j’arrive à appuyer des choses. Je n’ai pas l’impression de jouer, j’appuie ce que je dis. Je le fais par le geste.

fishbach point ephemere

Manifesto XXI – Donc les live des derniers mois t’ont aidée à travailler ta présence sur scène ? 

Ah oui ! D’avoir beaucoup chanté ces derniers temps m’a fait connaître à moi-même. Cela m’a fait mieux connaître mes chansons aussi. Sans pour autant être en mode automatique : chaque live est différent. Le live, ce n’est pas que moi, c’est le public et la représentation qu’il se fait de moi. Ce sont les gens qui soit répondent à mes regards et participent, soit il ne le font pas alors il se passe autre chose. C’est ça que je veux dire quand je dis que j’ai passé mes derniers mois à rencontrer les gens.

Manifesto XXI – Et tes morceaux ont évolué tu crois ? 

Tu vois, un morceau, quand tu l’écris, il a une signification. Il y en a que j’ai écrits il y a trois ans, un an. Cette signification évolue. Le ressenti change et tu peux trouver un autre protagoniste à qui dire cette chanson. Les événements du monde changent les chansons.

Par exemple, « Mortel »il a pris une tout autre signification après le 13 novembre. Quand je le chante maintenant, il ne veut plus du tout dire la même chose.

En fait, je dirais que les chansons rencontrent les gens.

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© Marvin Ré

Manifesto XXI – Tu as dû passer des mois sportifs. Tu as perdu du poids ? Tu as un emploi du temps d’artiste dans le rush, etc. ?

Alors oui, en effet ! Je ne suis pas surchargée, mais je dirais que j’ai appris à prévoir trois mois à l’avance. Je travaille depuis mes 15 ans, j’ai eu plein de petits boulots, mais je ne savais pas où j’allais dormir le mois prochain, par exemple. Or, c’est toujours en peu le cas mais il y a des projets sur le long terme quoi (rires). 

J’ai un tourneur, un label, un manager, on est une équipe avec qui on a des projets magnifiques et je vois plus loin. Comme quand on a 25 ans et qu’on voit plus loin dans la vie. Donc oui, je commence à avoir un emploi du temps chargé, mais quel privilège !

Je dois tout arrêter pour faire de la musique. C’est une chance incroyable, je veux me donner à fond.

Manifesto XXI – Et raconte-nous concernant ce morceau, « Femme fantôme »avec Lockhart. Comment est née cette collaboration ? 

D’une rencontre. J’ai rencontré Lockhart l’été dernier avant Pete the Monkey. On est devenus copains. Il m’aide d’ailleurs sur mon album, il joue des parties. Il donne son avis, car c’est quelqu’un de très important pour moi.

Et donc, il y avait cette chanson qu’il avait composée, il m’a donc fait enregistrer la voix du refrain, j’ai changé quelques mots pour la rendre plus… à ma sauce. Il m’a proposé cette collaboration et je me suis mise au service de la chanson.

Manifesto XXI – On est quand même surpris quand on t’entend dans un titre si solaire…

Lui, c’est un garçon du Soleil, moi une femme de l’ombre. Mais on est très complémentaires et on est très amis. Comme je change souvent de voix et de personnage, j’ai suivi sa direction et je suis devenue la femme de la chanson. Quand on disait « jouer la chanteuse plus qu’être une chanteuse », c’est exactement ça.

Pour autant, il y a une vraie partie de moi qui est cette femme un peu baby, efféminée, voire niaise… donc j’étais à l’aise et j’ai été contente de sortir de mes carcans.

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© Moltisanti

Manifesto XXI – Le plus beau live des derniers mois ? 

C’est toujours différent. Mais je dirais celui que je viens de faire. Les gens étaient vraiment là, ils se sont levés à la fin et je sentais qu’ils voulaient le faire depuis longtemps. Ils se sont donnés.

Récemment, j’ai fait un live et le son n’était pas super. Pourtant, les gens m’ont tellement donné ! Ils étaient à fond, pour une personne qui est sur scène, qui communique, c’était énorme. C’est tellement intime ce que je chante que c’est formidable quand les gens partagent ces moments avec moi, ils s’y reconnaissent, ils interprètent à leur façon peut-être. J’étais assommée de bonnes vibrations.

Le meilleur moment, c’est quand tu regardes les gens dans les yeux, qu’ils te regardent, et qu’ils sont avec toi.

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