Fille de joie : rencontre avec la créatrice de la marque

shooting fille de joie mode vetements
Crédits photo : Randolph Lungela

Fille de Joie est une nouvelle marque de vêtements fondée par une jeune créatrice, Bénédicte Kaluvangimoko. Derrière ce nom pouvant paraître provocateur, un concept, des inspirations et des idées inattendus. Rencontre.

Manifesto XXI : Quel est ton parcours ?

Je ne me suis pas tout de suite dirigée vers la mode, même si j’ai eu un crush à l’âge de 15 ans en découvrant le créateur Jean Charles de Castelbajac. C’est lui qui m’a donné le goût de la mode. J’ai réalisé qu’elle pouvait être amusante ou visuelle au premier abord. J’aime la mode qui parle, qui raconte une histoire directe. J’ai fait une licence d’anglais, pour être prof, mais en master, j’ai eu un déclic pendant un cours. J’ai réalisé que je n’étais pas à ma place, je n’y suis plus jamais retournée. J’ai intégré l’école Mod’Art  en master business et je suis partie faire mon stage pendant six mois à New York, suivi d’un stage à Paris dans une maison d’accessoires. Ensuite je suis retournée aux États-Unis.

Manifesto XXI : Comment est née la marque ?

Avant de partir à New York, je me suis créé un petit pull « Fille de Joie », avec de la résille. Je me suis dit que je pouvais peut-être en faire quelque chose puisque beaucoup de personnes m’ont dit qu’il était cool ! J’ai rencontré deux-trois bloggeuses à New York qui m’ont dit qu’elles aimaient. J’ai utilisé leur image pour commencer à faire quelques photos. À mon retour à Paris en août dernier j’ai déposé le nom de la marque. J’ai commencé à publier des photos avec le sweat en question, mon premier produit. J’ai eu de la chance qu’il soit porté par quelques personnalités, comme Gigi Hadid. Ça booste, depuis je ne lâche pas et c’est un vrai plaisir. C’est difficile, je n’en suis qu’au début, mais je suis contente de ce que je fais.

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Crédits photo : Randolph Lungela

Manifesto XXI : Pourquoi « Fille de Joie » ?

L’expression que j’ai utilisée est à double sens. Forcément tout le monde pense à prostituée. J’ai toujours été intriguée par ce que portaient les prostituées, il y a des éléments intéressants, la résille, le vinyle, les laçages… Dans ma vie, j’ai souvent été pessimiste, malgré tout je pense que la joie permet d’avancer. Une fille de joie, c’est aussi une fille indépendante, j’aime redonner du courage aux femmes et je pense que ça peut passer par une marque qui les soutient et leur apporte du bonheur. Derrière ce nom, il y a beaucoup de choses que j’attends de développer.

Manifesto XXI : Quel est ton processus de création ?

Je crée les vêtements sur du papier, je suis très old school, je dessine, j’écris, je fais des flèches partout. Je choisis les matières, je fais le design, je crée tout. Pour la confection, je travaille avec une modéliste parce que je n’ai pas le savoir-faire. Elle redessine et me conseille parfois sur les tissus. Ensuite ça passe à l’atelier de confection et je supervise.

Manifesto XXI : Où tes vêtements sont-ils réalisés ?

Ils sont faits à Paris et à Istanbul. Le coton que j’utilise provient de Turquie, il n’est pas modifié et de bonne qualité. Pour le reste, je travaille beaucoup avec la France, qui reste un pays cher par rapport au marché que je vise. J’ai quand même essayé de faire des produits ici mais les prix seraient exorbitants pour le public que je cible, ce qui m’amène à trouver des compromis.

Manifesto XXI : Quel public vises-tu ?

Mes créations sont plutôt adressées à la femme, mais beaucoup d’hommes commandent des pièces, notamment la communauté gay ou LGBT. Majoritairement, je vise la fille-femme entre 18 et 30 ans. Pour les plus jeunes je pense que c’est un peu tôt pour assumer ce message. Dans la première collection, « Fille de Joie » est très souvent sérigraphié parce que je voulais que le nom de la marque apparaisse. Mais pour les prochaines collections, il va disparaître progressivement. Même si ce discours revient dans beaucoup de marques, mes vêtements sont destinés aux filles qui s’assument, il y aura toujours des matières transparentes et un côté sexy.

Manifesto XXI : Quels sont les mots qui définissent le mieux la marque ?

Sport, gothique et sexy. J’ai toujours adoré les années punk, gothique, mais je ne veux pas m’enfermer dedans. Je ne suis pas gothique, j’ai une inspiration gothique. Donc je m’inspire essentiellement de ces trois univers, sport, gothique et sexy, et je recrache ce que je trouve beau.

Manifesto XXI : Où peut-on retrouver tes vêtements ?

Actuellement on peut les trouver à Paris, dans les boutiques Addicted au 29, rue du Temple ou chez Augustine à Bastille. Il va aussi y avoir d’autres boutiques. Je suis actuellement sur une plateforme en ligne et le e-shop est en construction.

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Crédits photo : Randolph Lungela

Manifesto XXI : Quelles sont tes inspirations et tes références ? Quels sont les marques et les jeunes créateurs que tu as repérés ?

Je parle encore de Jean-Charles de Castelbajac qui m’a fait découvrir la mode. Dans la nouvelle génération de créateurs, j’aime bien Nicopanda, de la marque Nicola Formichetti, c’est assez sportswear avec une inspiration un peu gothique et colorful, et un peu plus kawaii que la mienne. Il y a aussi Hood by Air qui fait un streetwear revisité, et Maria ke Fisherman qui est plus féminin. Dans toutes ces marques, il y a des notes de streetwear, c’est frais et ça m’inspire de temps en temps. Mais je regarde également toutes les autres marques.

Manifesto XXI : Suis-tu les tendances ?

Non, pas vraiment. Actuellement toutes les marques préparent leur prochaine collection. Moi aussi mais je ne sais pas du tout ce qui se fait, ni quelles sont les couleurs, j’ai déjà choisi les miennes. Il est important de respecter le calendrier et les saisons, mais je n’ai pas envie d’être enfermée ou conditionnée à faire quelque chose. Je propose ce que j’ai envie de proposer et si tout le monde fait du noir alors que j’ai fait du rose, ce n’est pas grave, j’aurais fait ce que j’aurais eu envie de faire.

Manifesto XXI : Que penses-tu de la mode en ce moment, plutôt dé-genrée, la femme devenue masculine, et l’homme devenu plus féminin ?

On est dans une ère où il y a plus de liberté dans la manière de s’habiller et c’est bien, ça ouvre les gens, ça aide à arrêter de juger les autres et à montrer que l’on peut tout porter. Je suis pour la tolérance. La mode est un moyen de faire passer des messages, elle nous permet de dénoncer des choses comme l’homophobie. Je trouve intéressant de détourner les codes qui peuvent parfois déranger. Malgré tout je pense que l’homme c’est l’homme, et la femme c’est la femme. Je suis ouverte artistiquement parlant, même si je suis un peu mitigée sur ce sujet. En général tout ce qui est innovant me plaît. On tourne en rond dans la mode, il faut faire des choses qu’on n’a pas faites, alors on habille l’homme en femme et c’est nouveau.

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Crédits photo : Randolph Lungela

Manifesto XXI : Oui et c’est aussi une manière d’avancer. Te considères-tu comme autodidacte ?

Exactement, parce que j’ai fait une école de mode dans le domaine du business qui n’est pas celui de la création. Ma première collection n’est pas parfaite. Pour les prochaines, je montrerai davantage où je veux en venir, ça sera moins gothique et il y aura plus de couleurs. Il y a un côté paradoxal dans ma marque que l’on retrouve dans ma personnalité, je prône la joie à travers le côté gothique. Je veux créer un monde un peu gothique dans le style mais pas dans l’état d’esprit, je ne prône pas la mort ni la tristesse. J’essaie de transmettre la joie avec un côté bon enfant.

Manifesto XXI : Pour toi la mode, qu’est-ce que c’est ?

La mode est un moyen d’expression. C’est un art comme la musique, la peinture, on a quelque chose à dire et à exprimer, et on le fait à travers le vêtement. Ce n’est pas forcément quelque chose de clair, c’est un sentiment, une émotion.
Pour la prochaine collection, des choses m’arrivent par bribes. Un peu comme un écrivain, je les mets sur papier. Je ne contrôle pas, je ne me dis pas qu’il faut que j’arrive à faire deux robes dans ce style-là. Pour la première collection c’était le cas, c’était moins naturel. Aujourd’hui, c’est plus spontané. Je vois un truc dans la rue, un caillou, un pied de chaise, n’importe quoi et je me dis que ça pourrait être vraiment bien.
C’est excitant, je m’inspire de tout, je deviens une éponge qui absorbe tout ce qu’elle voit, je l’essore et ça devient des créations. Je découvre un autre côté de la création et ça me plaît encore plus, j’ai hâte de présenter ma nouvelle collection.

Manifesto XXI : Quels sont tes projets et tes objectifs pour les prochains mois et les prochaines années ?

Je suis au début de cette aventure. Je veux faire des choses qui avant tout me plaisent, et respectent l’univers que j’ai voulu créer. J’aimerais être présente au salon Who’s Next prochainement, pour rencontrer les acheteurs intéressés par mes créations. Je souhaite collaborer avec des artistes, je suis une fan de musique. La mode et la musique sont deux domaines qui vont ensemble, les artistes sont très représentatifs des marques. J’ai aussi pour objectif d’étendre la marque et d’être présente dans plusieurs magasins en France et à l’étranger. J’aimerais faire des défilés et créer quelque chose d’inattendu. Je ne souhaite pas faire mon premier défilé avec de vraies mannequins même si je sais que ce sera une vraie prise de risques. Je suis contre le racisme sur les podiums, il y a une discrimination au niveau de la couleur, du poids… J’essaie de me différencier et un défilé trop classique ne me plairait pas. Je voudrais qu’il y ait une fille grosse, une fille avec un appareil dentaire qui sourit sur le podium, et des personnes d’origines variées.
Ma marque ne prône pas la perfection, elle prône la joie. Une fille de joie c’est tout le monde.

Manifesto XXI : As-tu un petit mot de fin à ajouter ?

N’oublions jamais la joie, le petit slogan de la marque c’est « joy is all ». C’est anglais parce que « la joie c’est tout » en français, ça ne le fait pas. C’est vraiment un état d’esprit, ce n’est pas juste une marque. J’aimerais qu’elle devienne un mouvement, le gang des filles de joie, et j’ai envie que toutes les femmes du monde soient des filles de joie… joyeuses, et si ça peut passer par mes fringues, tant mieux.

Retrouvez Fille de Joie sur Facebook et les articles de la marque sur leur boutique.

Propos recueillis par Alice Heluin-Afchain.
Mannequins : Emma Bonneaud – Emma Agbessi
Maquilleuse : Sicile Le Gall

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