Fakear n’est pas un japonais refoulé

fakear-manifesto21
Crédits photo Laurene Berchotau

Interview aux IndisciplinéEs 2014

Après avoir décrit Fakear tour à tour comme un beatmaker invitant au voyage, puis comme  un nerd fan de Star Wars, nous avons enfin pu le rencontrer et lui donner une chance de se défendre, à l’occasion de son passage aux IndisciplinéEs 2014. Décidément, non, Fakear n’est « pas un japonais refoulé ».

MXXI – Fakear, tu viens d’abord du rock, pourquoi t’être mis à faire de la musique électronique, de la « fausse musique » et pourquoi t’être tourné vers le beatmaking et l’abstract hip-hop ?

En fait, je suis passé du rock à l’électro, mais ça ne s’est fait du tout du jour au lendemain, je ne suis pas passé de jouer les solos des Pink Floyd à faire du RJD2. Il y a eu une période de deux ans où je n’ai rien produit, durant laquelle je faisais de la musique et je testais des choses pour moi. J’enregistrais mes chansons seul, guitares et voix, jusqu’au moment où j’ai commencé à sortir des choses sous le nom de Fakear, un peu plus tournées vers le beatmaking, parce que je commençais à en maitriser les outils. Les tout premiers EP de Fakear ne ressemblent pas du tout à ce que je fais maintenant, ils sont beaucoup plus trip-hop et beaucoup plus proches du rock progressifs. En fait, je suis passé de rock, à rock progressif, puis à trip-hop, et enfin beatmaking. J’ai fait une sorte de parcours en contournant la culture club.

MXXI – On a pu te voir dernièrement aux côtés de Superpoze pour la clôture des Jeux Équestres Mondiaux, à l’occasion du All Tech Music festival, mais aussi dans le projet Maïsha à Nordik Impakt avec 16 autres musiciens (notamment jazz). Est-ce que tu comptes développer encore ce genre de collaborations live dans le futur ?

Je ne sais pas réellement, à chaque fois ce sont des projets qui ont été motivés par d’autres acteurs. Ce n’est pas une volonté qui est venue de moi ou une volonté de l’autre, mais plutôt d’autres gens, comme la salle de Caen, Le Cargo par exemple, qui nous a poussé, soit Gabriel (Superpoze) et moi pour travailler ensemble pour les Jeux Equestres, soit Thibault et moi pour Maïsha. Actuellement, je pense plutôt que je vais peut-être limiter les collaborations, parce que je me concentre sur d’autres choses pour Fakear, comme un album notamment. Fakear me prend énormément de temps donc j’aimerais me focaliser là-dessus. Mais je pense qu’une fois que j’aurai sorti un album je pourrai me poser et me dire, « ok, je vais tester d’autres trucs ».

MXXI – Tu es aussi connu pour de nombreux remix, dont un de Flume cette année, comment s’est passée la production ? Tu as eu l’occasion de le rencontrer ?

Oui, je l’ai rencontré, pas pour ce remix mais parce que je faisais sa première partie au Trianon et avant je l’avais déjà croisé à Astropolis, à Brest. Au final, Sleepless est juste une chanson que j’aimais bien donc je me suis dit, « vas-y, je vais essayer d’en faire quelque chose ». Ça s’est passé complètement en interne et je ne sais même pas s’il l’a entendu, peut-être que oui, mais je n’ai jamais eu ce retour.

[soundcloud url= »https://api.soundcloud.com/tracks/133170421″ params= »auto_play=false&hide_related=false&show_comments=true&show_user=true&show_reposts=false&visual=true » width= »100% » height= »450″ iframe= »true » /]

MXXI – Plus largement, à propos de ton approche du remix, est-ce que tu as une méthode, une idée de déconstruction particulière que tu souhaites réaliser ?

C’est un petit peu particulier, étant donné que chaque exemplaire est unique. Je prends le truc, j’essaye de me l’approprier, mais à chaque fois d’une manière différente. Même si le résultat peut être similaire, je procède toujours de manière différente, je prends un bout de voix, un bout de texture pour démarrer… Il y a énormément de choses qui se jouent et je vais à chaque fois rajouter plus ou moins de mes propres éléments, pour remplir le morceau. Par exemple, dans le remix de Flume il y a pas mal de choses à moi, moitié/moitié peut-être, dans le remix d’Isaac Delusion il y a beaucoup de choses à eux, et dans le remix de Jabberwocky il y a beaucoup de choses à moi aussi… C’est un exercice qui est assez compliqué en fait, beaucoup plus compliqué que de faire un morceau à soi.

 

MXXI – Lors de la release party de l’EP Sauvage en Juin avec Nowadays Records, tu as convié de nombreux autres artistes à tes côtés, comme Pouvoir Magique du Mawimbi Crew ou les tout jeunes Novembres que nous avions découvert à l’occasion. Est-ce que tu aimerais organiser d’autres soirées à cette image, une sorte de rendez-vous fixe de partage de tes influences/coups de cœur ?

Oui, carrément, j’aimerais bien! Par contre, ça demande beaucoup d’investissement, pour moi, mais aussi pour beaucoup d’autres acteurs qui travaillent autour de moi, ce n’est pas super facile à organiser. Pourquoi pas, si l’occasion se représente, je le referai avec plaisir, mais c’est assez compliqué, il faut un lieu, le jour, des artistes disponibles. C’est aussi une histoire de moyens en fait… Mais oui, c’est un truc que j’aimerais refaire !

MXXI – Il y a quelques temps sur Manifesto XXI, nous avions sorti un article à propos des meilleurs producteurs de musique électroniques que nous avions présentés comme des « gros nerds », et dans lequel nous avions plus ou moins injustement parlé de toi comme d’un otaku, notamment en raison du fait que le Japon semblait être alors une influence majeure dans ta musique. Du coup, je voulais te demander, comment se fait-il qu’il y ait eu cet EP aussi conceptuel et presque fondateur, qu’est Morning in Japan, et pourquoi cette influence-là ?

Ah oui, mais j’avais vu ça ! Je l’ai lu ce truc ! En fait, simplement parce que je trouvais ça beau. Je ne suis pas un méga fan de mangas, j’en ai lu un peu, je suis un peu geek, mais pas plus que ça. Je ne passe pas ma vie sur des jeux vidéo. Je suis très fan de Star Wars donc j’ai beaucoup de jeux Star Wars, mais c’est tout. C’est juste que je trouve ça beau et que cela véhiculait un univers hyper riche, plein d’images super cools… Je suis allé vers le Japon notamment parce que je suis fan de Myazaki, mais aussi parce que cela évoquait quelque chose de pas encore trop connoté. Je ne saurais pas le décrire, mais avec le truc japonais j’avais un peu peur de tomber dans le Kawaï aussi, et finalement Morning in Japan par exemple c’est un titre plutôt pop, donc non, je ne sais pas en fait… Finalement la seule réponse je crois c’est que je trouvais ça joli.

MXXI – Aujourd’hui ta musique s’est un peu éloignée de cette influence qu’était le Japon, la colonne vertébrale des derniers EP semble toujours être le voyage, mais on est sur des ensembles beaucoup moins conceptuels que Morning in Japan. Je pense ici beaucoup à Thousand Fires, un titre composé en Islande, avec des samples Africains et dont le clip a été tourné au Vietnam. Pourquoi cette envie de diversification ?

En fait pour moi Morning In Japan c’était un peu les débuts de Fakear, il y a un Fakear avant, et un Fakear après. Finalement c’est un peu comme apprendre une langue, d’abord on parle selon une manière de parler, un peu comme si tu apprenais l’anglais qu’avec des séries américaines et que tu parlais américain. Après cet apprentissage, tu commences à t’approprier la langue, avoir ta propre manière de la parler. Pour moi c’était un peu comme ça, j’avais des outils, j’ai appris à les utiliser avec les sons japonais et du coup j’ai fait un EP hyper japonais. Après, plus j’ai appris à maitriser ces outils, plus j’ai pu diversifier mes sons. Je n’avais pas envie non plus de tomber dans le côté « Fakear est un Japonais refoulé », je voulais plus évoquer le voyage de manière générale… Mais j’y reviens petit à petit au Japon, d’ailleurs.

MXXI – Tu as sorti un très grand nombre d’EP depuis le début du projet. Est-ce que tu comptes conserver ce format et cette vitesse de production assez impressionnante ? Doit-on s’attendre  à un album et donc un travail plus approfondi ?

Oui, je me lance là-dedans, je ne sais pas encore si cela prendra la forme d’un album, mais à priori cela semble logique que oui. C’est ce qui s’annonce le plus évident, mais je ne sais pas quand est-ce que cela va sortir. En tout cas je suis en train de faire ce travail d’approfondissement, d’essayer de m’en aller des barrières dans lesquelles j’ai mis Fakear tout seul (un côté Morning in Japan, un côté Neptune, un côté Lune Rousse et un côté remix de Flume). Ces barrières-là m’ennuient maintenant, j’ai un peu envie de les casser, même si je vais peut-être prolonger un peu celle de Morning in Japan. J’essaye de construire quelque chose d’encore plus grand, peut-être un peu plus ambient, plus intime et du coup peut-être moins live et moins catchy.

En attendant cet album avec impatience, nous vous invitons grandement à aller voir le live encore bien catchy du Fakear, en tournée un peu partout en France…

Crédits photo : Laurène Berchotau

image_pdf
Spread the love !
  •  
  •  
  •   
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
More from Meven Marchand Guidevay

Fatima Al Qadiri, l’Asie imaginée

J’ai découvert Fatima Al Qadiri le titre Shanghai Freeway, au détour d’un...
En savoir plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *