« La vraie chanson française c’est le rap ». La playlist de Claude Violante

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© Panenka music

L’Amérique dégoûte et fascine. Autant le danger d’un confort malsain terrifie les européens que nous sommes, autant le génie spontané et clinquant de la pop culture américaine nous intrigue. Il nous met probablement face à notre savoir un tantinet académique, parfois poussiéreux. Mal à l’aise face à un terreau culturel que nous considérons trop souvent « mainstream », nous nous défendons de nous en inspirer, tout en subissant des influences malgré nous.

Alors que la chanson française connaît des beaux jours et que la langue de Molière est à nouveau un matériau de création fertile, certains se dirigent dans une direction autre. Claude Violante avec Road Race nous a rappelé que le r’n’b, qu’il soit américain ou pas, vibre d’une énergie tapageuse et contagieuse. Commercial, dansant, efficace, l’EP est très loin de ce que la fameuse « scène émergente française » a écouté ces dernières années. Nourrie des disques de la Motown, ayant parlé anglais toute son enfance, Claude Violante assume totalement son amour d’une certaine culture musicale venue d’Outre-Atlantique.

Dans ses playlists, à côté de Véronique Sanson, Balavoine et Michel Bergé, trônent Marvin Gaye, Stevie Wonder, Candice Staton. S’éloignant volontairement des influences francophones, Road Race ainsi que le prochain album, vont dans le sens d’un son dense et énergique. Un son qui s’écoute plus dans la rue que dans les salles de concert parisiennes. « C’est que j’aime beaucoup ceux qui chantent comme s’ils allaient mourir » elle avoue, en affichant sa passion de la soul.

« Ce que j’aime dans la musique soul c’est que c’est pop, mais avec beaucoup plus de chaleur » et nous recommande l’écoute d’un artiste contemporain tout à fait fascinant, Charles Bradley.

Même si pour le moment la chorégraphie ne semble pas l’enchanter, elle reconnaît que la force de ces musiques populaires réside justement dans la danse. L’idée de battle de danse à la frontière du hip-hop, du clip ultra chorégraphié, du mouvement permanent et incisif, ce sont des composantes essentielles d’une culture musicale où le geste et l’habit en disent plus long que le texte. Sweat, baskets, sportswear, une esthétique qui vient de cette idée sportive de la musique, totalement américaine.

« Je pense que la vraie chanson française c’est le rap ». Le rap, autre influence majeure de Claude Violante, qui pourrait bien s’y mettre un jour. En anglais, bien sûr. « Il y a trois ans tout le monde s’est précipité sur la chanson française. Mais c’est le rap qui domine les charts. C’est le rap le roi des classements. Il dépasse largement la sous-culture, tout le monde en écoute ». De plus en plus pris au sérieux par l’intelligentsia de la musique, il est vrai que le rap nous a donné des frissons dernièrement.

« Le rap est le truc qui marche et qui relie tout le monde. Les influences sont multiples et le propos est plus flexible ». Les playlists de Claude regorgent de Kanye West et de Drake. Kanye est un talent impressionnant, un qui a réussi le pari d’innover en mettant beaucoup de gens d’accord. Et puis Booba, Frank Ocean, Eric Amadou, Futur, MHD, Notorious Big. Un panorama assez masculin dans lequel se retrouvent néanmoins des femmes incontournables, qui de plus en plus n’hésitent pas à se faire leur place. Alors il y a du Princess Nokia et du Grimes, mais ça peut aussi déraper sur un joyeux Katy Perry.

« Dans ces genres musicaux, il y a encore tellement de choses à faire pour les femmes. La scène rap féminine est en ébullition ».

Des noms ? Parmi tous, le talent brut, cérébral et impertinent de Safia Bahmed-Schwartz, référence obligée tant son univers est captivant.

Road Race est un EP qui s’écoute comme on ferait de la boxe. Le prélude d’un album à venir qui nous promet de la danse et des tripes, un son à écouter très fort dans la voiture.

« Quand je compose ma musique je pense toujours à ce que ça ferait s’il était écouté dans une voiture ». Dommage alors que les grandes firmes de l’automobile aient arrêté d’inclure le lecteur CD dans les bagnoles. Une grave erreur, car l’industrie du disque a toujours eu besoin de belles caisses pour faire résonner les sons clinquants de la pop.

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