Autour d’un verre avec Pamela Hute, qui dévoile son 3e album ‘Highline’

© Laura G. Berson

Avec déjà plusieurs courts et longs formats derrière elle, dont deux albums chez Tôt ou Tard, le passage par de nombreuses scènes puis la co-fondation du label My Dear Recordings, Pamela Hute n’en est pas à son coup d’essai. En 2017, c’est son troisième album Highline qu’elle dévoile sur son propre label ; une belle occasion pour nous de revenir avec elle sur son parcours, d’aborder son nouvel opus, et de parler de son expérience à la fois en tant qu’artiste et directrice de label, dans des environnements économiques divers.

Manifesto XXI – Pourrais-tu retracer en quelques mots ton parcours dans la musique ? Comment es-tu tombée dedans, et pourquoi y es-tu restée ? 

Pamela Hute : Pourquoi j’y suis restée et pourquoi je ne suis pas partie en courant ? Ça, c’est une bonne question ! (rires) 

À 12 ans, j’ai commencé à prendre des cours de guitare et à composer des chansons, j’ai eu un groupe au lycée ; mais le projet, tel qu’il est, existe depuis le début des années 2000.

Après mon bac, j’ai mis la musique de côté, tout le monde est passé à autre chose, et j’ai fait des études de lettres, puis Sciences Po. Lors d’un stage de fin d’études, je me suis retrouvée chez Apple, dans un environnement d’entreprise. Dans ce contexte très contraignant, la musique m’a rattrapée. C’était une période où tout avait l’air plutôt parti pour s’organiser sagement dans ma vie. Donc j’ai pris peur, je ne voulais pas abandonner mes rêves. Cela a été un moment un peu clé, une vraie décision. J’ai recommencé à faire des chansons sur mon ordi, dans ma chambre de bonne, j’ai fini mes études, puis j’ai décidé de me consacrer totalement à la musique.

J’ai sorti une première démo en 2005, puis deux EP en 2006 et 2007. En 2008, après avoir enregistré le premier disque, on s’apprêtait à le sortir en totale autoproduction. C’est à ce moment-là que par un concours de circonstances un peu étranges, j’ai eu l’opportunité de signer chez Tôt ou Tard. On a annulé notre sortie maison, et j’ai finalement fait mes deux premiers albums avec eux.

L’aventure s’est terminée il y a trois ans, et c’est ce qui m’a poussée à monter mon propre label.

photo de Pamela Hute
© Laura G. Berson

Quelle vision de l’industrie musicale cette expérience t’a-t-elle apportée ? 

Je ne regrette pas du tout cette époque. À l’époque, j’avais 26 ans, et c’était une opportunité formidable. C’était un apprentissage aussi.

Hélas, c’est un milieu où on ne considère pas beaucoup les alternatives. Les producteurs de disques ont leurs schémas, datés des années 1980 ou 1990, et ne cherchent pas à développer les artistes différemment. Du coup, si ça ne fonctionne pas comme prévu, on n’essaie pas vraiment de trouver d’autres voies, ou d’autres idées pour installer le projet dans la durée.

Il y a plein de rêves que j’ai réalisés grâce à Tôt ou Tard, donc je ne peux pas me plaindre. J’ai joué sur les plus belles scènes, suis passée dans des émissions cultes. Mais cette industrie protège trop les artistes et les maintient dans un cocon, sans vraiment les responsabiliser. Or, même si les projets marchent très bien, un jour ça s’étiole, c’est quasi inévitable. Quelle que soit l’échéance, la question qui se pose ensuite est celle de la transition. Et les artistes ne sont pas préparés à ça. Je suis très attachée à la longévité des projets. Nous sommes dans une époque où tout passe très vite et se consomme sans perspectives. Je ne crois pas à ce modèle fondé sur la fugacité, le coup marketing, je le trouve malsain et pas du tout gratifiant.

© Laura G. Berson

Avec le recul, comment analyses-tu la maturation de ton style ? 

Je ne crois pas qu’il y ait eu de grosses ruptures, car c’est toujours moi qui écris mes chansons. Mais bien sûr, ça évolue toujours. On progresse un peu, peut-être ? Sur le dernier album, j’ai pris un virage plus pop, et plus assumé.

Sur un premier album, il y a le charme de la non-référence, quelque chose d’un peu magique lié à la nouveauté et à la découverte. Ensuite, on croit qu’il faut faire mieux, différemment, et c’est parfois un peu plus heurté. Cependant, je pense que le projet est resté lisible et cohérent, même si certains aspects ont pu changer, notamment en fonction des musiciens avec qui j’ai travaillé. J’écris des chansons, j’arrive aux répétitions avec des intentions assez précises, des idées, mais j’ai toujours besoin de m’entourer de gens plus doués que moi musicalement pour arranger les titres, les mettre en valeur, et aller plus loin. L’important est toujours la chanson elle-même, indépendamment de celui ou celle qui l’a composée. Je n’ai aucun égo par rapport à ça. Je peux jeter des chansons sans difficulté si elles ne sont pas bonnes.

Comment se sont déroulés la composition et l’enregistrement de ton dernier album ? 

C’est toujours un peu le même processus : j’arrive avec des démos relativement abouties, mais peu arrangées. Ensuite, on décortique en live, on répète, et chacun apporte sa patte, et une part supplémentaire de complexité.

Pour le dernier album, j’ai passé presque deux ans à écrire. On a tout enregistré en dix jours à la campagne, dans la maison de mes parents (où on a enregistré tous les albums), avec le producteur américain Jay Pellicci. Ensuite, je l’ai retrouvé à San Francisco pour mixer.

Comment décrirais-tu le concept, l’idée, la cohérence de cet album ? 

Je crois que mon voyage aux États-Unis m’a beaucoup influencée, avec cette idée d’errance, un peu désespérée… Mais bon, ça va quand même, hein, rassurez-vous ! (rires)

C’est un territoire qui se prête aux déambulations. Quand on est en souffrance, on se sent souvent assez soulagé aux États-Unis. Je ne sais pas si c’est la densité urbaine, l’immensité des espaces, le dépaysement. Sans doute un peu de tout.

Dans Highline, je crois qu’on retrouve une patte un peu américaine dans le son, liée sans doute aussi au choix du producteur.

Aussi, il y a moins de synthés qu’avant. Je travaillais beaucoup en binôme avec Igor, qui jouait les claviers sur les deux premiers albums. Depuis qu’il est parti du projet, c’est plus ouvert, et les influences 80s se sont estompées. J’ai beaucoup travaillé avec une bassiste, Delphine (qui n’est pas celle qui nous accompagne en live). Elle a co-composé “Banshees” et écrit les chœurs. De façon générale, c’est plus organique et plus pop qu’auparavant, et la mélodie demeure mon obsession.

En ce qui concerne les textes, ce sont toujours des histoires d’humains, de sentiments, inspirés des autres, de films, de livres, de ma propre expérience… Je pars souvent d’images pour écrire les textes, les paroles. C’était une période un peu compliquée pour moi donc ça se ressent un peu, je pense. Mais ce n’est pas vraiment un disque triste, je dirais que c’est un album de transition.

Comment abordes-tu l’aspect visuel de ton projet ? 

Si tu me mets une caméra dans les mains, je ne sais pas quoi en faire. J’adore la photo et l’image, et je pense que je sais reconnaître le pouvoir esthétique d’une image, mais la vidéo n’est pas mon médium. Le mouvement me déstabilise. Cela dit, j’adore monter. J’ai notamment fait le montage de mon dernier clip, “Banshees”, et de certaines sessions live.

De façon plus générale, cela m’importe beaucoup, bien sûr. J’adore y réfléchir ; et puis aujourd’hui, c’est devenu très important : chaque son est associé à une image sur les réseaux sociaux, par exemple. J’ai toujours envisagé mon projet de manière globale, et je pense que c’est aussi ce que les artistes doivent à leur public. Il faut sublimer le réel et proposer une lecture du monde.

À quoi ressemble ta formation live, à l’heure actuelle ? 

Je suis très attachée au côté rock band, groupe. Je n’ai jamais voulu jouer avec des musiciens interchangeables. Même si le line-up a évolué, j’essaie de conserver cet état d’esprit. C’est une histoire humaine qui se retranscrit sur scène.

Je joue avec le batteur, Ernest, depuis plus de dix ans ; Pierre, le guitariste lead, est arrivé il y a environ trois ans, et Eva qui est à la basse et aux chœurs est venue nous rejoindre il y a un peu plus d’un an. C’est une formation qui fonctionne bien, et à laquelle je suis très attachée. On a tous des relations différentes les uns avec les autres et on a beaucoup de plaisir à jouer les titres. J’ai de la chance, je suis hyper bien entourée.

Il n’y a pas du tout de bandes, de loops, etc., du coup ? 

Non, pas du tout. Sur scène, c’est un peu plus rock que sur l’album, tout en restant assez fidèle à l’intention du disque.

© Laura G. Berson

Tu as donc fondé ton propre label, My Dear Recordings ? Comment cela s’est-il fait ? 

À force de frapper aux portes et de n’avoir aucune réponse, je me suis dit que j’allais sortir mon disque toute seule. Je ne regrette pas ! C’est en rencontrant Julien, le co-fondateur, que ça s’est concrétisé, et nous avons monté My Dear Recordings. C’est une formidable aventure, c’est très grisant de gérer tout cet aspect-là aussi, et d’apprendre à faire fonctionner cette entreprise. J’aime bien avoir cette double casquette.

Au départ, il y avait nos deux projets (Pamela Hute et Why Elephant), puis on a rencontré d’autres artistes, petit à petit, qui partagent la même vision du monde que nous. On fonctionne beaucoup à l’instinct. Des rencontres, artistiques ou personnelles, et surtout des artistes indépendants qui n’ont pas peur de porter leur projet. C’est une collaboration, on apprend en même temps qu’eux.

Notre objectif est de fédérer des artistes qui, en plus de la qualité et de l’authenticité de ce qu’ils font, ont envie de se responsabiliser et de s’installer dans la durée. Le label est une sorte de cadre, mais qui laisse très libre. On ne veut pas faire les choses à leur place mais les aider à prendre les bonnes décisions et à gagner du temps. Je pense qu’aujourd’hui, c’est comme ça qu’il faut fonctionner, il faut guider les artistes tout en les laissant autonomes. Il faut recréer la confiance entre le label et l’artiste. C’est précieux.

À quoi vas-tu consacrer ton énergie ces prochains mois ?

J’ai quelques concerts cet été, dont le 1er juin au Petit Bain à Paris, et je prépare la rentrée, avec notamment une tournée en Allemagne. On devrait annoncer d’autres dates cette semaine.

Sinon, on a plein de sorties avec le label : My Thinking Face sort son premier EP, Pieces, le 26 mai, et Wayne le sien, What Do You Fear?, le 16 juin. Le label fêtera ses un an le 5 juillet, alors on prépare quelques surprises à cette occasion ! Stay tuned !

© Laura G. Berson
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