Elbi nous envoûte avec sa soul-house électronique élégante et dansante

Jeune artiste compositrice et chanteuse qui commence à faire parler d’elle, on vous présente aujourd’hui Elbi, une parisienne créative qui vient de dévoiler Colourful Shores, un EP singulier qui ne passe pas inaperçu dans le paysage musical. Sorti chez Animal Records (Stand Wise, Bloum, Backbone…), cet opus s’impose comme le manifeste ciselé d’une soul-house électronique élégante, dansante, et radicalement moderne. Rencontre.

Manifesto XXI – Comment as-tu commencé la musique et t’es-tu formée ? 

Elbi : J’ai essayé de prendre des cours quand j’étais petite, mais ce n’était pas du tout ce que je cherchais. Ils voulaient me faire faire plein de solfège avant de toucher à un instrument… Donc j’ai fait une allergie au solfège, et j’ai refusé catégoriquement de pratiquer un instrument qui nécessite de connaître le solfège ! (rires)

Ah oui, pas simple ! 

Du coup, ça m’a amenée vers le chant ! J’ai commencé vers 11 ans à prendre des cours particuliers. Ensuite, j’ai fait de la batterie, mais j’ai arrêté par la suite car batterie et chant, ce n’est pas le plus pratique à concilier, et puis ça faisait tellement de bruit qu’il fallait que je chante hyper fort… (rires) J’ai fait un peu de guitare aussi, mais toujours sans solfège !

Donc c’était beaucoup en autodidacte, mais maintenant j’essaie de me remettre à la théorie parce que ça me manque. Mais du fait de ce parcours, tout ce que je fais musicalement est très sensoriel. C’est notamment pour ça qu’en live j’aime bien avoir un binôme qui s’occupe de tout ce qui est harmonie, tandis que moi je m’occupe de tout ce qui est rythmique.

À quel moment as-tu franchi le pas de diffuser ta musique ? 

Au départ, c’était sur Myspace… J’ai commencé à composer quand j’avais 15 ans, j’ai joué un peu en groupe, et à partir de 17 ans j’ai fait beaucoup de jam sessions. C’est là que j’ai exploré la culture de l’improvisation. C’était très basé sur le feeling.

Et le projet Elbi existe comme tel, sous ce nom, depuis quand ? 

Eh bien, depuis que j’ai 15 ans ! Ça m’a suivi. Avant, Elbi c’était juste moi, mais maintenant je la vois plus comme un personnage que je joue sur scène, d’où le maquillage aussi. C’est une sorte de libération aujourd’hui de me dire que ce n’est qu’un personnage, ça me donne le droit de faire un projet à côté qui n’a rien à voir si j’en ai envie.

Sous ce projet, tu souhaites rester sur une ligne assez définie stylistiquement ? 

Je me pose pas mal de questions à ce sujet… Je compose des morceaux, et je prends seulement ceux qui me semblent coller avec Elbi. J’ai défini un univers plus ou moins large, mais je ne me vois pas forcément recréer un projet quand mes envies vont évoluer, par exemple si je souhaite chanter en français… J’essaierai de l’intégrer.

Arrives-tu à définir l’esthétique musicale d’Elbi ? 

Je laisse les autres le faire, car moi j’ai un peu de mal… Je pense que j’ai en tout cas une voix très soul, dont je ne peux pas me défaire, donc il y a toujours cette patte-là. Après, j’ai beaucoup d’influences house et black music aussi, qui donnent ce côté afro-house à ma musique.

Te sens-tu en phase avec ce qui se passe dans la scène émergente, actuellement ? 

Je pense qu’on est beaucoup, notamment à Paris, à avoir une même vision de la musique. Dans les plus connus, que ce soit les 3SomeSisters, Adrien Soleiman ou Jacques, il y a une volonté commune d’apporter un côté électronique à la musique, car c’est aussi vivre avec son temps.

Je ressens également une volonté globale de sortir de tout ce qui a été fait avant en France : la chanson française classique, le truc très cadré, couplet-refrain… des modèles qui sont dictés depuis des années. Je pense faire partie de cette famille beaucoup plus “artiste”, pro-expérimentation.

C’est plus une famille liée par des idées et des procédés que par une stylistique, finalement ? 

Oui ; après, stylistiquement, tout ce que fait par exemple Cracki Records me plaît beaucoup, notamment Renart ou Agar Agar, je pense qu’on est un peu dans le même délire. Je m’inspire aussi beaucoup d’artistes house ou techno, Villanova, Agoria… Même Salut c’est cool…

Donc des choses très éclectiques…

Oui, carrément ! D’où la difficulté de définir mon projet… C’est aussi pour ça qu’Animal Records me va bien comme label je pense, parce qu’il sont relativement hybrides.

Comment t’es-tu retrouvée à signer avec Animal Records ? 

Ils m’avaient invitée au Café de la Presse pour une date, et on s’est super bien entendus, humainement. Du coup, on est restés en contact, et j’ai voulu leur présenter le projet pour avoir leur avis, savoir s’ils avaient des conseils, des idées de gens à qui le présenter.

C’était une première version un peu croquis, ils étaient moyen chauds et m’ont dit de revenir vers eux quand ce serait fini. Et quand je suis revenue, là, ils ont accroché, et ils ont dit que ça les intéressait.

Il y a beaucoup d’échanges entre les différents artistes du label ?

Là, je suis en train d’enregistrer des voix sur l’EP de Backbone, avec qui je m’entends très bien. Avec Bloum aussi, on a beaucoup de potes en commun. Après, Kanzi c’est un peu compliqué car ils sont en Angleterre. Mais c’est encore récent tout ça, je suis la dernière arrivée, les liens vont sûrement s’approfondir avec le temps.

C’est quelque chose qui t’intéresse de manière générale, cet aspect collaboratif ? 

Oui, grave, c’est pour ça que par exemple, sur la release, je tenais vraiment à inviter des gens. Je trouve que les collaborations sont essentielles pour échanger des idées, pour ouvrir son univers… Surtout qu’en tant que chanteur, c’est cool, parce qu’on peut facilement se permettre de faire des collaborations avec plein de gens différents et dans des styles variés.

À quoi peut-on s’attendre quand on vient voir Elbi en live ? 

Ce n’est jamais la même chose ! On est deux sur scène pour l’instant, une danseuse vient avec nous de temps en temps – il se trouve que je suis venue à la house par la danse –, et après, ça dépend. On est beaucoup dans l’improvisation. On a une trame principale, mais on laisse beaucoup de portes ouvertes, il y a même des moments où les paroles diffèrent, selon mon feeling du moment.

Le live est entièrement analogique, ce qui nous donne les moyens de prendre ces libertés-là, on n’a pas d’ordinateur. C’était d’ailleurs un sacré challenge au départ, car mes compositions, au tout début, étaient assez arrangées. On a dû réduire tout ça pour en faire quelque chose de beaucoup plus primaire, minimaliste.

Est-ce que ce n’est pas angoissant de jouer un live si peu écrit, prédéfini ? 

Bizarrement, beaucoup moins qu’avec un ordinateur. J’ai fait pas mal de scènes avec Ableton Live, et je flippais tout le temps qu’il plante. Il n’y a rien de pire que de tout avoir sur un ordi, et que l’ordi lâche…

Tu en es donc venue à l’analogique beaucoup plus par une envie de liberté scénique que par une passion de puriste-geek ? 

Complètement, contrairement peut-être à Axel, avec qui je bosse en live, qui est un puriste du son ! Là, il est dans le modulaire, il ne parle plus que de ça… (rires)

C’était vraiment plus pour le kiff scénique, et d’un point de vue créatif ça m’a beaucoup libérée. Tu as le truc sous les mains, ça change tout.

Côté composition, tu fais tout toute seule où vous travaillez à deux ? 

Pour les tracks, je fais tout sur mon ordi puis je vais enregistrer les voix en studio, et je fais mixer par quelqu’un d’autre. Pour les lives, ça dépend de la formule, mais à deux, on retravaille avec les sonorités des instruments disponibles sur scène et les envies du moment.

Et en live, tu te verrais éventuellement ajouter d’autres instrumentistes ? 

Les groupes, je crois que ça ne me réussit pas trop ! Je préfère ce concept de guests. Mais à terme, ce qui serait cool, ce serait d’avoir un percussionniste en plus en live, et pourquoi pas des choristes. Mais rien qu’à deux, c’est déjà très fourni, finalement !

Quelle part prends-tu à la construction de ton univers visuel, et que souhaiterais-tu développer ? 

Quand je compose des morceaux, j’ai beaucoup d’images en tête, c’est très lié pour moi. C’est moi qui ai fait l’artwork de l’EP, le clip aussi… Je suis un peu control freak sur ce point-là, ça me semble tellement important.

Après, c’est compliqué aussi car je n’ai pas tout le temps les compétences techniques nécessaires, mais j’ai pas mal d’amis là-dedans, donc ils m’aident quand je bloque. Mais même quand je n’assure pas l’aspect technique, je reste maître de la direction artistique.

Sur quoi vas-tu te concentrer ces prochains mois ? 

Là, il y a toute la sortie de l’EP à assurer, puis je me mets à composer un nouvel EP ou album, à voir. Des concerts aussi.

Un mot de la fin ?

On pourrait parler de ce monde chelou dans lequel on vit, c’est un bon thème de l’EP, ça… J’aimerais bien adresser un gros fuck à Trump, mais il m’a quand même inspiré la chanson “Western Games”, ce qui prouve que même des pires choses, on peut tirer du bon !

Mais un gros fuck quand même.

image_pdf
Spread the love !
  •  
  •  
  •   
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
More from Eléna Tissier

Preview 14 nov – Rencontre avec Alphabet, Billie Oxford & Knappy Kaisernappy

Le samedi 14 novembre prochain, Manifesto XXI réinvestit le Café des Champs...
Read More

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *