Passion rétro-synthwave avec Das Mörtal

Nostalgiques des années 1980-1990, des consoles de jeux préhistoriques, des décors californiens aux couleurs saturées, des bandes-son cheap synthétiques, et plus récemment du magnifique OutRun de Kavinsky, on tient un candidat pour vous : il s’appelle Das Mörtal, nous vient de Montréal, et produit les B.O. parfaites d’un retour en enfance, au volant d’un bolide pimpé filant à travers les néons nocturnes. Il dévoilera son nouvel album Always Loved le 9 juin prochain, et sera en concert jeudi 18 mai à La Boule Noire à Paris !

Manifesto XXI – Tu as un univers visuel assez typé synthwave, retrowave, eighties, y compris derrière toi en live, peux-tu nous en parler un peu ?

Das Mörtal : Les visuels du live sont faits avec un de mes amis qui travaille dans le graphisme. Il y a un peu de tout, à la fois des moments très dark et très loufoques, et le visuel appuie beaucoup la musique. On retrouve beaucoup de mauve, rose, bleu… C’est très eighties oui, avec une touche nineties aussi, car je suis né dans les années 1980 mais j’ai essentiellement grandi pendant les années 1990.

On retrouve une patte qui rappelle l’univers des vieux jeux vidéo aussi, tu étais un gros gamer plus jeune ? 

Je le suis toujours ! (rires) J’avouerai que c’est assez difficile de se déconnecter des jeux vidéo rétro, car tu n’as pas besoin de chercher comment ça marche, tu allumes, il y a trois boutons et ça fonctionne !

Et d’où te vient cette passion pour les années 1980, ce type de son très synthwave ?

Au niveau du son, c’est définitivement Depeche Mode, la première cassette audio que j’ai eue de ma vie. À l’époque, j’étais trop jeune pour comprendre ce qu’étaient les genres musicaux, je me suis juste dit spontanément que j’aimais ce son-là.

Après, j’ai découvert The Cure, New Order…

Il y a aussi le fait que ce soit des époques que j’ai vécues. Quand j’étais jeune, mon père allait louer beaucoup de films, et il me laissait aussi en choisir. La section qui me faisait le plus triper, c’était celle des films d’horreur, parce que les pochettes VHS de l’époque étaient toutes des œuvres d’art pour moi. Mes inspirations musicales viennent beaucoup d’images.

Lorsque tu composes, tu transposes des univers visuels présents dans ta tête en musique ? 

Oui, je travaille un peu mes musiques comme des B.O. inspirées par de veilles pochettes de films.

Tu as déjà eu l’occasion de travailler avec des gens du cinéma ? 

En fait, je travaille dans le cinéma également, et la connexion avec la musique se fait vraiment très bien. J’ai déjà fait une B.O. oui, et j’en ferai sûrement d’autres dans le futur, j’adore lier l’image et le son.

À l’époque, d’ailleurs, la plupart des films d’horreur avaient des B.O. électroniques, parce que c’était ce qu’il y avait de plus cheap ! Bien moins cher qu’un orchestre ! Ça donne un son particulier que tu reconnais tout de suite, et qui confère un sentiment nostalgique je trouve, même si tu n’as pas vécu cette époque.

As-tu l’impression que l’on est une génération de musiciens et d’auditeurs très nostalgiques ?

Je pense que oui, en quelque sorte, et Internet contribue beaucoup à ça. Quand j’étais jeune, il y avait peu d’autres moyens de découvrir de la musique que la radio…

Quand j’ai commencé à écouter de la musique plus sérieusement, si tu voulais trouver des artistes similaires à un artiste que tu aimais, par exemple Aphex Twin, c’était très compliqué : il fallait se déplacer exprès dans un magasin de disques et demander à un vendeur connaisseur s’il avait d’autres disques dans le genre… 80% du temps, ils n’avaient aucune idée de ce que je voulais, ce n’était pas des spécialistes musicaux. Aujourd’hui, c’est tellement facile de taper “similar artist to” et d’obtenir une liste exhaustive, et de la qualité.

Tu es signé chez Lisbon Lux Records, comment s’est faite la rencontre avec eux ? 

Avant, j’avais déjà eu plusieurs approches d’autres labels, mais le problème de notre époque, c’est que beaucoup de labels sont des labels Internet, qui en soi n’offrent rien en termes de promo. La seule visibilité qu’ils peuvent t’offrir est de te mettre sur leur site web, mais il en faut plus. Il faut un vrai manager derrière qui souhaite faire grandir ton projet, et Lisbon Lux sont les premiers qui m’ont approché avec cette idée-là.

Vous vous connaissez bien avec les autres artistes du label ? Est-ce qu’il y a beaucoup d’échanges entre vous ? 

Oui, on se connaît bien, on se voit souvent, et on a divers échanges : par exemple, j’ai fait des remixes pour presque tous les artistes du label.

Tu vis actuellement à Montréal, que penses-tu de la scène là-bas, en comparaison avec la scène parisienne par exemple, si tu y viens souvent ? 

Je n’ai pas eu tant que ça l’occasion de venir à Paris… Mais je ne crois pas qu’il y ait tant de différences dans la catégorie de musique que je fais, qui est essentiellement écoutée par de véritables fans du genre. C’est une niche, avec des auditeurs passionnés, quel que soit le pays.

Tu travailles toutes tes productions en totale autonomie, ou parfois avec d’autres personnes ? 

J’ai toujours travaillé tout seul à la base, sur mon lit notamment ! Je suis un bed producer ! Mais maintenant, pour le mastering par exemple, je fais appel à d’autres gens, oui.

Joues-tu aussi des instruments ? 

Je ne sais jouer d’aucun instrument, je ne connais pas le solfège, je suis vraiment autodidacte. Par contre, j’aime beaucoup – même si je ne sais pas en jouer – jouer du piano et de la guitare électrique.

En live, comment se présente ton set up ?

Je joue avec des claviers, une boîte à rythmes et des contrôleurs.

Ton album sort très bientôt, dans quel état d’esprit es-tu en attendant que le public le découvre ? 

Très excité d’avoir l’opinion de mes proches, car outre moi et les personnes qui ont travaillé sur l’album, personne ne l’a encore entendu dans mon entourage. Et j’ai hâte de voir la réaction du public car cet album a plusieurs saveurs et couleurs, tout en ayant une ligne directrice bien tracée.

Avec le recul, puisque tu l’as déjà fini depuis plusieurs mois, comment le présenterais-tu en quelques mots, impressions… ? 

Un film sonore rétro-futuriste rempli de musique disco occulte.

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