Du désir dans Sex and the City

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Le quatuor légendaire de Sex and The city

J’ai longtemps attendu une occasion pour parler de la série Sex and the City. Ce numéro sur le désir me semble le moment opportun pour le faire. Je tiens à préciser que je ne parlerai pas des désirs de toutes les femmes. Et comment le pourrais-je ? Il existe autant de désir qu’il existe de femmes. A l’heure où 223 jeunes filles nigérianes ne désirent rien de moins que leur liberté, je vous prie de m’excuser de l’indécence dont je fais preuve en parlant de chaussures et d’orgasmes.

Cependant, agacée de devoir être frileuse sur ce que l’on peut ou non dire de la condition féminine, j’aime la façon dont la série parle des femmes et comment elle explore avec humour les travers de notre psychologie. Pour celles qui ne seraient pas convaincues que Sex and the City parle du désir féminin en général, lisez cet article. Mieux, regardez un épisode. Et que celle qui ne se reconnaît dans aucune de ces situations que je m’apprête à évoquer me jette la première bière.

Diffusée pour la première fois en 1998 sur la chaîne américaine HBO, la série Sex and the City raconte des tribulations amoureuses de quatre New-Yorkaises. La grosse pomme est le théâtre de la vie de ces quatre célibataires. Les personnages affirment une profonde identité new-yorkaise dans leurs activités mondaines (avant-premières de films, expositions, vernissages), ou sportives (Miranda, la plus sportive est une fan des Knicks et court le fameux marathon). Elles sortent dans les endroits les plus branchés, déjeunent dans les restaurants les plus hypes mais n’hésitent pas à croquer dans un hot dog ou un bretzel, plats emblématiques de la street food New- Yorkaise.  Au fil des saisons, la ville est devenue le 5ème protagoniste de la série. New York est explorée, sondée, adorée, détestée, quittée puis retrouvée. Sex and the City ne serait pas Sex and the City sans New York, en témoigne le générique de la série, où le nom de l’actrice Sarah Jessica Parker est présenté sur une image des Twin Towers. Profondément endeuillé au moment du 11 septembre, le dernier épisode de la saison 4  sera dédié par la production à « Our city of New York … Then, now and forever ».

Carrie Bradshaw, le personnage principal est journaliste pour le New York Star. Chaque semaine, elle parle d’amour, de sexe et d’hommes dans sa chronique « Sex and the city ». Chacun des 94 épisodes de trente minutes qui composent la série s’articule autour d’une réflexion, celle que se pose Carrie pour chaque article. «  Une femme peut-elle pratiquer le sexe comme un homme ? », « Sommes-nous toutes des salopes ? », « Peut-on vraiment tout avoir ? ». Pour répondre à ces questions, Carrie utilise dans sa chronique les expériences de vie de ses trois fidèles amies, Charlotte York, Samantha Jones et Miranda Hobbes.

La personnalité caricaturale des personnages de la série permet à chaque spectatrice de s’identifier à l’une ou l’autre des héroïnes en fonction des situations auxquelles elles font face. Charlotte est la bourgeoise fleur bleue qui croit en l’âme sœur et aux liens du mariage. Samantha est la prédatrice décomplexée qui consomme les hommes sans retenue. Miranda est la femme piquante et cynique qui n’a aucune confiance dans la gent masculine et enfin, Carrie est l’éternelle amoureuse de l’amour qui se laisse envahir par ses émotions.

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Samantha, l’éternelle provocante décomplexée

Sex and the city est devenue la série culte de toute une génération de femmes en abordant avec humour toutes les situations auxquelles une citadine célibataire de trente ans peut être confrontée avec ses différents amants. Sodomie, anuslingus, dirty talk, soumission, baise par téléphone, précocité, sex toys, perte de libido, simulation, échangisme…Tout ou presque est abordé par l’une des quatre amies. Parmi les florilèges, Samantha couche avec un homme dont le foutre à un goût bizarre, Miranda refuse d’embrasser un homme après un cunnilingus (et le type le prend très mal), Charlotte se fait traiter de pute au lit par un médecin pourtant très respectable et Carrie se  bloque le dos en se faisant déglinguer par un homme qui baise comme un lapin. A elles toutes, chacune à leur manière, elles expérimentent tous les chemins qui mènent à l’orgasme. Miranda se fait même éjaculer au visage lors d’un cours de tantrisme (Saison 2, épisode 16, savoureux). Si ça ce n’est pas de la bonne volonté.

Le discours sur le sexe n’est cependant pas le seul sujet qui a permis d’ériger SATC au rang de série culte. La mode est également un fondement de cette série. Les producteurs ne s’attendaient pas à créer une telle influence dans le monde du fashion : le fait est que la série est devenue une référence en la matière. Les héroïnes n’ont pas un rapport futile aux vêtements, elles aiment la mode pour ce qu’elle est. Chacune d’elle a une véritable passion des belles pièces, des matières, du luxe et du prestige que confèrent les vêtements. Elles sont prêtes à presque tout pour obtenir l’objet de leur désir. Samantha se prive d’un contrat juteux avec Lucy Lu pour obtenir le sac à main de ses rêves, et Charlotte laisse un fétichiste des pieds lui offrir une paire de chaussures trop chère pour elle.

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Iconique Carrie

Les grands noms de la mode ont leur place dans la série et sont invoqués avec tout le respect et l’admiration qu’ils méritent. La sentence « Jure-le sur Chanel » prononcée par Carrie témoigne de ce respect. Les couturiers les plus illustres sont célébrés dans les tenues des quatre New-Yorkaises. Des Américains : Manolo Blahnik pour les chaussures (évidemment !), Oscar de la Renta, Vera Wang, mais aussi Chanel, Dior, Chloé, Azzedine Alaïa, Vivienne Westwood, Dolce & Gabbana, Gucci, Fendi, Marni, Bulgari, Miu Miu… La costumière de la série, Patricia Field, véritable génie, a su donner à SATC une vraie légitimité mode. Les accessoires et les tenues de Carrie sont désormais cultes, à l’instar du célèbre tutu porté par Sarah Jessica Parker dans le générique. Chaque héroïne est habillée selon sa personnalité. Charlotte porte souvent des vêtements au style preppy (démocratisé par Ralph Lauren), qui correspondent parfaitement à son éducation alors que Samantha préfère le luxe tapageur des marques bling-bling. Miranda la working girl, porte des vêtements classe, parfaits pour aller travailler. Carrie est quant à elle la reine des associations improbables entre vintage et pièces de créateurs. Ses looks hasardeux sont devenus incontournables.

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J’ADORE DIOR

Sex and the city, c’est également une histoire de femmes. L’image de la femme que la série propose est à mon sens très noble et très juste. Ce sont des femmes fortes, indépendantes, intelligentes, libres dans leur esprit et dans leur corps. Pour illustrer cela, les scénaristes leur ont fait exercer des professions stratégiques. Samantha dirige une firme de relations publiques à Manhattan, Charlotte possède une galerie d’art contemporain à Soho, Miranda est une brillante avocate qui sort de Harvard, et Carrie est une auteure à succès dans un journal New Yorkais. Ces femmes ont donc un train de vie confortable. Elles disposent de revenus conséquents qu’elles dépensent sans culpabiliser dans des appartements ou dans des articles de luxe. Miranda est même confrontée à un agent immobilier perplexe qu’elle souhaite acheter un appartement pour elle seule et sans avoir recours à une caution de la part d’un homme. L’argent n’est cependant pas abordé à la légère dans la série. Une dispute éclate entre Charlotte qui refuse de prêter de l’argent à Carrie, prétextant que Carrie est une adulte et que ses amies n’ont pas à supporter son train de vie si elle ne peut le faire elle-même. Car, comme le dit Carrie, le panier percé de la bande : « J’aime mon argent quand il est là où je peux le voir sur des cintres dans mon armoire ».

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Cheesburger, Fries And Cosmopolitan !

Cependant, au-delà des préoccupations matérielles qu’elles n’ont pas, ces femmes vivent pour elles, fières de leur réussite et fortes de la place qu’elles ont acquise dans un monde d’hommes. Elles se revendiquent indépendantes financièrement, sexuellement, intellectuellement, mais restent malgré tout profondément « Femmes » au sens où leur fragilité est à la hauteur de leur force. Elles ont leurs faiblesses et leurs défauts. Elles sont aussi chiantes, indécises, susceptibles, bornées, excessives que fabuleuses. Carrie fume, et pas seulement des cigarettes, elle n’hésite jamais à commander une autre tournée de Cosmopolitain et n’est pas une grosse fan du sport. Miranda, bien que sportive est une énorme accro au chocolat, et n’hésite pas un soir de déprime, à récupérer un morceau de gâteau dans sa poubelle. Samantha utilise souvent des capotes, mais fait une seule fois au cours des 6 saisons le test du VIH. Des vraies filles, pas parfaites en somme.

Enfin, cette fiction est avant tout basée sur une histoire d’amitié. Les confidences de ses amies sont la matière première du travail de Carrie. Que seraient les femmes sans leurs amies ? Celles qui vous écoutent sans vous juger vous conseillent sans vous diriger. La mort, la grossesse, la maladie, l’avortement, les problèmes d’argent, les ruptures… Les quatre femmes vivent ces épreuves de la vie ensemble. Comment ne pas penser à nos propres amies lors de la violente dispute qui éclate entre Carrie et Miranda, quand cette dernière lui suggère de ne plus revoir Big ? Ou quand Samantha couche avec le frère de Charlotte ? Meilleurs soutiens au désespoir sentimental que la cigarette et les sucreries, des copines solides. Du sexe, de la mode et de la réussite, l’amitié d’une autre est peut-être ce qu’une femme désire le plus.

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Le squad goal absolu

Et les hommes dans tout ça ? Ni saints, ni salauds, ils sont présentés dans la série avec autant de caricatures que les femmes. Le queutard, le romantique, l’alcoolique, l’accro au porno, l’intellectuel, l’artiste, le trader, les bien gaulés (Saison 2 épisode 18, hilarant), les moins gâtés, les précoces, les virils, les sexy, les premiers amours… La psychologie masculine est également passée au crible, par le prisme des femmes, je vous l’accorde. Cependant, ils sont les personnages secondaires qui font vibrer les quatre célibataires. Les amants successifs des filles de la série révèlent chez elles le meilleur comme le pire. L’incorrigible Mister Big, qu’on déteste, qu’on adore, et qu’on adore détester. Le touchant Steeve, premier homme de la série à endosser le rôle de père. Aïdan le cocu (pardon, mais c’est vrai). Tray MacDougal, le prince charmant de Charlotte qui a des problèmes pour selon ses dires « hisser la grand-voile » ou encore le torride Smith Jerrod, l’étalon dont Samantha fini par tomber amoureuse. Nous l’avons déjà dit, la série est parsemée de personnages clichés qui permettent de forcer le trait. Les fameux meilleurs amis gays trouvent donc leur incarnation dans Stanford, le meilleur ami de Carrie et Anthony, celui de Charlotte. Car après tout que serait New York sans les gays ? Les lesbiennes ne sont pas absentes de la série. Charlotte trouve du réconfort auprès des « puissantes lesbiennes », un club très fermé de femmes cultivées et influentes qu’elle admire. Et Samantha, dont la curiosité sexuelle n’a pas de limites, tombera dans le piège des sentiments avec la captivante Maria.

Des femmes, des hommes, des belles-mères, des patrons, des gamins, des chiens, des chats. Il y a toute une vie dans les 94 épisodes de Sex and the City. J’ai parfois du mal à me dire que ces femmes n’existent pas tant il y a de véracité dans les situations qu’elles traversent. Cette série influencera même la société américaine sur certains points et notamment en popularisant la pratique de l’épilation « brésilienne », elle permettra le recul du « pou du pubis » selon la British Association of Dermatologists. C’est ce qui s’appelle une information glamour.

Si j’ai eu envie de parler de SATC dans ce numéro, c’est qu’au fond cette série évoque à elle seule la plupart de mes propres désirs : des fringues de folies, un job épanouissant, un mec à mes côtés, des amies fidèles, le tout avec New York pour décor. Je ne parle qu’en mon nom, mais comme je l’ai dit, que celles qui s’opposent complètement à mon idée de ce qu’une femme peut être en droit de désirer me jettent la première paire (de Manolo Blahnik).

Delphine Barthier

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