Du Corbusier à Cergy-Pontoise, état des lieux de l’architecture urbaine

La Cité Radieuse à Marseille

On associe la ville moderne à une cité sans âme. C’est vrai qu’à côté du pittoresque des villes moyenâgeuses ou de la splendeur de l’architecture haussmannienne, les grands ensembles (symboles du modernisme) ne font pas rêver. Pourtant l’architecture urbaine porte les espoirs économiques, sociaux et culturels de son époque.

Je me suis fait cette réflexion en parcourant l’exposition à Charles-Edouard Jeanneret, dit Le Corbusier, au Centre Pompidou. (1) On retient souvent du Corbusier l’architecture foire des grands ensembles comme la Cité Radieuse de Marseille et on rappelle volontiers les tendances fascisantes du chauve, planqué derrière ses lunettes à faire pâlir le hipster qui sommeille en nous. Mais l’œuvre du Corbusier ne se résume pas à cela.

Le Modulor, nombre d'or créé par Le Corbusier
Le Modulor, nombre d’or créé par Le Corbusier

Même si la perspective de faire tabula rasa de la Rive Droite pour y construire d’immense tours peut nous faire froid  dans le dos, l’exposition Le Corbusier – Mesures de l’homme rappelle la place de l’humain dans le projet de l’architecte. J’en veut pour preuve le Modulor, « nombre d’or du modernisme ». Cette silhouette atteint 2,23m le bras mené et constitue « l’homme standard » autour duquel Le Corbusier construit toutes ses réalisations. L’objectif est de créer un habitat adapté aux exigences de la vie moderne. Et, dans la succession de dessins, plans et maquettes, présentés dans l’exposition, on sent bien la volonté de forger dans l’architecture d’une ville une vie nouvelle pour ses habitants. L’exemple le plus édifiant de cette volonté est la construction de la ville de Chandigarh en Inde, capitale de l’Etat du Penjab. L’édification de cette ville a permis à l’architecte de faire la démonstration de ses théories architecturales. Une prochaine exposition à la Cité de l’architecture et du patrimoine reviendra sur ce qu’est devenu ce symbole de liberté et de modernité. (2)

Chandigarh, la cité moderniste. Photo : Carolyn O'Donnell
Chandigarh, la cité moderniste. Photo : Carolyn O’Donnell

Même à l’heure de la dé-construction de l’utopie moderniste, nous ne cessons de penser le renouvellement urbain comme la clef du changement de nos sociétés. On dynamite les tours de Mantes-la-Jolie comme pour bien insister sur le fait que, OK, on a compris les clapiers à lapins essaimés dans les banlieues de France et de Navarre ne sont pas aussi cools que ce qu’on avait imaginé.

Mantes-la-jolie, 1er juillet 2001. Série
Mantes-la-jolie, 1er juillet 2001. Série « Implosions », 2001-2008. Courtesy de l’artiste © Mathieu Pernot.

À côté des célébrations des 50 ans de la disparition du Corbusier, on fête cette année les 50 ans de l’adoption du programme des villes nouvelles. Moins teinté de nostalgie, cet anniversaire est l’occasion de faire le point sur les espoirs, les réalisations, les enjeux de ces « ville(s) sans histoire (qui font) aujourd’hui plus que jamais partie de notre histoire » pour reprendre les mots d’Anne Hidalgo. Alors que l’idée du Grand Paris se fait une place dans l’esprit des parisiens et franciliens, le Pavillon de l’Arsenal met en lumière dans une exposition riche l’histoire urbanistique de Cergy-Pontoise. (3)

C’est frappant, ce qui anime cette ville est le sentiment par ses bâtisseurs et ses habitants d’être un « vaste laboratoire où s’enchaînent les visions de la ville moderne ». Finies les utopies du Corbusier, on plonge ici dans les plans et maquettes de la ville, illustré de nombreuses photographies et villes d’archives. « Cergy-Pontoise. Formes et fictions d’une ville nouvelle » revient sur une politique, une utopie, les récits mais aussi les réalisations, les compromis et parfois même les échecs qui constituent l’épopée de Cergy-Pontoise en particulier et des villes nouvelles en général.

Vue aérienne du groupe scolaire des Plants en 1975, Jean Renaudie, architecte. © DR, ADVO 1532W743
Vue aérienne du groupe scolaire des Plants en 1975, Jean Renaudie, architecte. © DR, ADVO 1532W743

Loin de la cité sans âme que j’annonçais en début d’article, ces deux expositions nous présentent un état des lieux des ambitions modernes des grands bâtisseurs qui influencent encore notre époque. La ville contemporaine qui se dessine est paradoxale : elle est l’héritière de ces utopies modernistes que l’on condamnent aujourd’hui et pourtant elle est toujours renouvelée par l’esprit pionnier de ces constructeurs qui rêvaient de construire « une cité qui soit un lieu de vie et de travail idéal d’une communauté » (Walter Gropius, fondateur du Bauhaus). Et, vous commencez à me connaître, j’adore les paradoxes.

Anne-Sophie Furic

(1) Le Corbusier – Mesures de l’homme, au Centre Pompidou jusqu’au 3 août
(2) Chandigarh, 50 ans après Le Corbusier, du 11 novembre 2015 au 14 mars 2016
(3) Cergy-Pontoise. Formes et fictions d’une ville nouvelle, au Pavillon de l’Arsenal jusqu’au 20 septembre

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