La Douve Blanche 2016, notre compte rendu

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Troisième édition du festival La Douve Blanche au château d'Egreville. Photo de Zoé Labarrère.

Une organisation à la pointe de la rigueur

La Douve Blanche, c’est un petit festival au cœur du château d’Egreville, en Île-de-France, dans ses douves précisément, si le nom ne vous avait pas encore mis sur la voie. Pour sa seconde édition, en assurant un professionnalisme incontestable, l’équipe a su conserver un esprit familial et convivial qui a permis aux nombreux festivaliers de vivre pleinement l’évènement sans le stress des Solidays ou autre Eurockéennes précédentes. En effet, l’espace festif est divisé en diverses zones, à savoir les comptoirs de Animal Kitchen (les cuisines du label organisateur du festival, Animal Records),  le Bar à vin, le point vente de couronnes de fleurs,  l’espace d’exposition artistique et de live painting, et les deux scènes du donjon (scène centrale) et du pont. Environ soixante-dix bénévoles ont géré avec une main de fer l’organisation  de ces espaces et des prestations, étant parfois même sur scène (Jonathan et son groupe Backbone). Mais, comme nous le disions précédemment, l’esprit familial tient également de la proximité entre toutes les équipes, bénévoles et artistiques, si bien que certains artistes-bénévoles étaient sur scène pendant que leur mère s’occupait des fourneaux. Le tout orchestré au sein d’un cadre idyllique, décoré pour l’occasion avec de vieux fauteuils, des pieds de lampes de récup’, des guirlandes lumineuses, nous laissant profiter des artistes dans un cadre bohème.

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Luxe, Calme et Volupté ? Du moins, un petit air à La Douve Blanche. Photo de Zoé Labarrère

Une programmation éclectique, et des lives de qualité

On aurait pu penser que le festival se serait contenté de satisfaire un public amateur de musique électronique française purement et exclusivement, et pourtant… Avec des groupes comme Storm Orchestra, KillASon, Kanzi, NZCA Lines, la programmation présentait des artistes français mais également allemands, anglais, dans un registre parfois rock ou rap version US. La diversité des styles concentrés sur deux petites scènes non loin l’une de l’autre permet de rester connecté à la musique sans interruption, sans être pour autant confiné dans un genre unique. En clair, on ne s’ennuie pas. Les têtes d’affiche se concentrent sur la scène du donjon tandis que les dj set s’enchaînent pour faire danser le public jusqu’au dimanche avant le concert de clôture, à savoir celui de Bagarre. Ce public est largement privilégié, autant que les artistes, afin de s’assurer du confort de tout un chacun. D’ailleurs, les artistes semblent avoir intégré le concept de ce festival de proximité car on peut les retrouver et s’adresser à eux dans les mêmes espaces que ceux destinés aux festivaliers, ou dansant à nos côtés lors d’un live suivant leur prestation par exemple. Les caprices de stars, les privilèges et les débordements semblent être restés au portail du château.

Deux jours d’intenses musiques : compte-rendu détaillé 

L’ambiance et l’atmosphère d’un jour à l’autre étaient relativement différentes en fonction des attentes des festivaliers. La première journée, qui débutait pourtant dès midi, n’a vu arriver la première vague de monde que vers 17h30-18h, peu avant le concert de KillASon. Pourtant, le set électro-latino de Gramophiles était à voir. Ses mixes de sons venus tout droit d’Amérique latine ont lancé l’esprit estival qu’il manquait au festival sous le ciel gris du début d’après-midi. Nous étions sous les tropiques avant le départ pour les States avec le concert de KillASon. Le jeune rappeur dont l’interview est d’ores et déjà disponible sur le site a rassemblé tous les festivaliers pour un show incroyable dont le flow et le rythme dignes de ceux des USA sont incomparables sur la scène française. Sa formation de danseur de hip-hop a laissé ses traces et montre ô combien cet artiste pluridisciplinaire puise dans toutes ses capacités pour assurer une prestation dynamique et véritablement marquante de ce festival de La Douve Blanche.

Il marque ainsi le départ d’une soirée où l’affluence de festivaliers ne s’estompera pas, pour assister sur la scène du donjon aux concerts majeurs de cette seconde édition de La Douve Blanche. Ce sont ensuite les Anglais de NZCA Lines qui ont enchaîné en proposant un concert futuriste, de leurs tenues monochromes blanches à leurs voix délicates : cet esprit ce rapproche parfaitement du thème «  Fin du Monde » de leur dernier album. Avec une instru proche de Metronomy, groupe auquel se joint régulièrement le chanteur, Michael Lovett, le groupe a su se démarquer de l’homogénéité française que l’on avait pu entendre sur les sets de l’après-midi. La soirée était lancée. Et elle est passée par tous les genres possibles et analysables de la musique électronique. En effet, c’est le quatuor de Moi je qui a pris le contrôle du festival en diffusant une musique aux consonances seventies, avec une mention que l’on se doit de faire pour le chanteur, Babil, qui pose sa voix incroyable sur les instruments de Loïc, à l’origine du projet, sur la guitare d’Antoine et la basse de Simon. On ne va pas vous mentir, on s’attendait à voir un live qui se confortait dans les attentes électroniques que le festival proposait. Mais c’est un véritable show funk et déluré qui a fait bouger toutes les personnes présentes. C’est incontestablement le vent frais de ce festival, avec une maîtrise parfaite des rythmes, et une bonne humeur à faire sourire Bernadette Chirac, on est impatients de les revoir.

La suite de la soirée, ou devrais-je dire de la nuit, c’est plus sérieux. Au moment même où le ciel devenait plus sombre, la musique le devenait également. Se sont enchaîné ainsi deux lives incroyablement tenaces, dans le sens de l’audace et de la rigueur. En effet, Bloum d’abord et Jacques à partir de 00h30, ont imposé leurs musiques surprenantes soit par le mix des instruments (flûte traversière et saxophone) pour Bloum, soit par les objets toujours plus improbables et spontanés qui sont la signature de Jacques. Ces deux prestations ont véritablement modifié l’ambiance du festival par une rupture entre les sons estivaux qui les précédaient et la nuit profonde qu’ils ont établie.

Le dimanche, dernier jour de La Douve Blanche, la journée a été marquée très tôt déjà par le départ des festivaliers, dont plus de la moitié avait déserté en milieu d’après-midi, sûrement pour rejoindre le quart de finale qui opposait la France à l’Islande. Pourtant, les dj sets ont été à la hauteur de la journée du samedi, notamment avec les sessions de Tafmag, le duo de filles dynamiques qui a fait danser les plus matinaux d’entre nous. On profitait plus simplement de ce que le festival nous offrait, sans cette fois-ci l’attente d’une programmation de nuit plus importante que celle de jour. À 16h30, le groupe Backbone, aux sonorités assez noires et mélancoliques, a de nouveau réveillé La Douve Blanche, en proposant un concert vivant et profond qui semble avoir satisfait une grande majorité des spectateurs. C’est le duo masculin de WAGD qui nous a ensuite fait patienter avec joie jusqu’à l’arrivé des génies de Bagarre.

À 19h30, les cinq membres de Bagarre sont montés sur la scène du donjon pour clôturer le festival, dans une ambiance plus qu’électrique. Et quelle clôture ! Une fin en apothéose même. Devant les quelques festivaliers résistant à la tentation de se précipiter à la fan zone parisienne, Bagarre a enchaîné leurs sons incontournables, sans démotivation, mais au contraire avec une folie et une énergie à rendre jaloux ceux qui nous avaient quitté. On parle de folie, mais pas de désordre pour autant. Les chansons se succèdent au fur et à mesure que les membres du groupe tournent au micro, avec une orchestration parfaite, et une cohésion de groupe incroyable. L’une des chansons parle de la bête amoureuse, nous on parlera de bêtes de scène qui malgré une blessure au pied de La Bête en se joignant à la foule, ont assuré un concert jouissif du début à la fin (on félicitera l’orgasme géant organisé dans le public par ailleurs).

Nous revenons donc de La Douve Blanche ravis de la découverte artistique mais aussi du cadre qui participe à l’ambiance si spéciale du festival. On remercie également tous les bénévoles qui ont su rendre ce week-end musical tant agréable. Un seul conseil, réservez votre fin de semaine pour la prochaine édition, car La Douve Blanche, c’est un condensé des nouveaux artistes de la scène française.

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