La documenta 14. Un dialogue entre Athènes et Cassel

Stephen Antonakos, "Remembrance", 1987-1989, Fridericianum, Cassel, documenta 14 - Photo : Mylène Palluel
Stephen Antonakos, "Remembrance", 1987-1989, Fridericianum, Cassel, documenta 14 - Photo : Mylène Palluel

La documenta est sans aucun doute l’une des expositions d’art moderne et contemporain les plus dynamiques. La première documenta fut initiée en 1955 par Arnold Bode dans le but d’offrir une plateforme d’expression à un art dit « dégénéré » par les Nazis. Mais l’importance historique de l’exposition ne l’a pas empêchée de toujours se renouveler. La documenta a toujours su porter un regard critique sur le présent et offrir un vent avant-gardiste dans le monde de l’art contemporain.

Une exposition engagée à la pointe de l’art contemporain

Terre Thaemlitz, Lovebomb/Ai No Bakudan, 2003–05, electroacoustic audio and video installation

, Museum für Sepulkralkultur, Kassel, documenta 14, photo: Liz Eve
Terre Thaemlitz, « Lovebomb/Ai No Bakudan », 2003-2005, installation électroacoustique audio et vidéo

, Museum für Sepulkralkultur, Cassel, documenta 14 – Photo : Liz Eve

La documenta 14, dirigée par Adam Szymczyk, qui a cette année ouvert ses portes à Athènes le 8 avril puis à Cassel le 10 juin, ne dément pas cette tradition. Partagée entre les deux villes, l’exposition propose le thème actuel et engagé « Learning from Athens ». Les œuvres exposées y sont donc hautement politiques. Elles sortent du cadre traditionnel de l’Europe de l’Ouest et réfléchissent les rapports complexes entre les deux mondes géographiques et culturels que représentent Cassel et Athènes. Manifesto XXI vous propose d’explorer en images un échantillon choisi des œuvres exposées à Cassel. 

Hans Haacke, Wir (alle) sind das Volk—We (all) are the people, 2003/2017, cinq bannières, Friedrichsplatz, Cassel, © Hans Haacke/VG Bild-Kunst, Bonn 2017, documenta 14 / Thomas Schütte, Die Fremden, 1991/1992, céramique émaillée, documenta 9, photo : Mylène Palluel
Hans Haacke, « Wir (alle) sind das Volk – We (all) are the people », 2003-2017, cinq bannières, Friedrichsplatz, Cassel © Hans Haacke/VG Bild-Kunst, Bonn 2017, documenta 14 / Thomas Schütte, « Die Fremden », 1991-1992, céramique émaillée, documenta 9 – Photo : Mylène Palluel

Sur la Friedrichsplatz, les bannières colorées de Hans Haacke déclinées en posters affichés dans toute la ville et annonçant fièrement le slogan « Nous (tous) sommes le peuple » entrent en résonance avec Les Étrangers qui les surplombent, sculpture créée par Thomas Schütte en 1992 pour la documenta 9. 

Marta Minujín, Le Parthénon des Livres, 2017,
 acier, livres et bâche plastique
, Friedrichsplatz, Cassel, documenta 14, photo : Mylène Palluel
Marta Minujín, « Parthénon des livres », 2017,
 acier, livres et bâche plastique
, Friedrichsplatz, Cassel, documenta 14 – Photo : Mylène Palluel

Au centre de la place se dresse le majestueux Parthénon des livres, œuvre in progress et participative de Marta Minujín. Le squelette de l’œuvre monumentale se pare peu à peu d’exemplaires donnés par le public de livres qui ont été interdits. Les colonnes sont donc autant tapissées de bibles et de romans de Goethe que d’exemplaires de la saga Twilight.

Marta Minujín, Le Parthénon des Livres, 2017,
 acier, livres et bâche plastique
, Friedrichsplatz, Cassel, documenta 14, photo : Mylène Palluel
Marta Minujín, « Parthénon des livres », 2017,
 acier, livres et bâche plastique
, Friedrichsplatz, Cassel, documenta 14 – Photo : Mylène Palluel

Exposer dans les entrailles de la ville

La documenta investit des lieux désaffectés, comme la KulturBahnhof, ancienne gare souterraine transformée en centre culturel. Les visiteurs déambulent entre les œuvres, majoritairement des installations immersives, dans les tunnels de ce parcours insolite.

iQhiya, Monday, 2017, performance et installation, KulturBahnhof, Kassel, documenta 14, photo : Mylène Palluel
iQhiya, « Monday », 2017, performance et installation, KulturBahnhof, Cassel, documenta 14 – Photo : Mylène Palluel
KulturBahnhof, documenta 14, Cassel, photo : Mylène Palluel
KulturBahnhof, Cassel, documenta 14 – Photo : Mylène Palluel
KulturBahnhof, documenta 14, Cassel, photo : Mylène Palluel
KulturBahnhof, Cassel, documenta 14 – Photo : Mylène Palluel
Michel Auder, The Course of Empire, 2017, installation vidéo numérique, KulturBahnhof, Kassel, documenta 14, photo : Mylène Palluel
Michel Auder, « The Course of Empire », 2017, installation vidéo numérique, KulturBahnhof, Cassel, documenta 14 – Photo : Mylène Palluel

La sortie du tunnel s’ouvre sur The Welcoming Gate de Zafos Xagoraris, qui fait du parcours du visiteur une métaphore du passage de l’ombre à la lumière, plus précisément de l’arrivée des soldats grecs au camp de Görlitz en 1916 après leur retraite face aux forces allemandes. Mais le message d’accueil « XAIPETE! » (traduit par « hello » en anglais) inscrit sur le panneau et les enregistrements de musiques traditionnelles grecques qui l’accompagnent soulignent non sans amertume le statut ambigu des soldats grecs, invités/prisonniers de l’Allemagne durant la Première Guerre mondiale.

KulturBahnhof, documenta 14, Cassel, photo : Mylène Palluel
KulturBahnhof, Cassel, documenta 14 – Photo : Mylène Palluel
Zafos Xagoraris, The Welcoming Gate, 2017, métal, acrylique sur toile, installation sonore, Cassel, documenta 14, photo : Mylène Palluel
Zafos Xagoraris, « The Welcoming Gate », 2017, métal, acrylique sur toile, installation sonore, Cassel, documenta 14 – Photo : Mylène Palluel

Ben Russell inscrit la série de vidéos Good Luck en parfaite osmose avec l’espace d’exposition des caves du Fridericianum. Il propose aux visiteurs l’expérience hypnotique d’un documentaire non-narratif à propos de deux communautés minières en Serbie et au Suriname. Plongés dans le noir complet, les visiteurs se dirigent vers les vidéos dans les galeries souterraines grâce au son et à la lumière des projections. Au croisement entre le cinéma expérimental et une forme d’étude ethnographique, l’installation de Ben Russel est ce qu’il appelle une « ethnographie psychédélique ».

Ben Russell, Good Luck, 2017, installation de quatre vidéos numériques, transférées de pellicule 16 mm, noir et blanc, son, 71 min. , documenta 14, Fridericianum, Cassel, photo : Mylène Palluel
Ben Russell, « Good Luck », 2017, installation de quatre vidéos numériques transférées de pellicule 16 mm, noir et blanc, son, 71 min., Fridericianum, Cassel, documenta 14 – Photo : Mylène Palluel
Ben Russell, Good Luck, 2017, installation de quatre vidéos numériques, transférées de pellicule 16 mm, noir et blanc, son, 71 min. , documenta 14, Fridericianum, Cassel, photo : Mylène Palluel
Ben Russell, « Good Luck », 2017, installation de quatre vidéos numériques transférées de pellicule 16 mm, noir et blanc, son, 71 min., Fridericianum, Cassel, documenta 14 – Photo : Mylène Palluel

ANTIDORON, une collection grecque dans un musée allemand

Le musée Fridericianum accueille, avec l’exposition « ANTIDORON« , les œuvres de la collection du EMST (musée national d’Art contemporain d’Athènes). C’est alors l’occasion d’un échange inédit entre les deux institutions. L’exposition réinterprète la collection dans ce nouvel espace muséal, ainsi que son contenu, en total accord avec l’esprit de la documenta 14 puisqu’il privilégie des thèmes comme le passage de frontières, les échanges culturels, les mémoires individuelles et collectives. 

ANTIDORON: Works from the EMST Collection at documenta 14, Fridericianum, Cassel, photo : Mylène Palluel
ANTIDORON: Works from the EMST Collection at documenta 14, Fridericianum, Cassel – Photo : Mylène Palluel
Lucas Samaras, Hebraic Embrace, 1991/2005, bois, miroir et fer, in ANTIDORON: Works from the EMST Collection at documenta 14, Fridericianum, Cassel - Photo : Mylène Palluel
Lucas Samaras, Hebraic Embrace, 1991/2005, bois, miroir et fer, in ANTIDORON: Works from the EMST Collection at documenta 14, Fridericianum, Cassel – Photo : Mylène Palluel
ANTIDORON: Works from the EMST Collection at documenta 14, Fridericianum, Cassel, photo : Mylène Palluel
ANTIDORON: Works from the EMST Collection at documenta 14, Fridericianum, Cassel – Photo : Mylène Palluel

Déclinant l’art du néon vers le thème de la mémoire, l’installation Remembrance de Stephen Antonakos (1987-1989) plonge le visiteur dans une atmosphère enveloppante. Les formes géométriques minimalistes rappellent les tableaux suprématistes de Malevitch. Les néons de couleur illuminent la salle comme autant d’auréoles surnaturelles autour de ces icônes dédiées à la mémoire de ses frères et sœurs, et produisent des reflets subtils et précieux sur leur surface recouverte d’or ou d’aluminium.

On retient également la présence du duo d’artistes féministes Annie Sprinkle & Beth Stephens, auxquelles une salle de la Neue Galerie est dédiée et qui ont poursuivi leur « sexecology » avec des performances (Ecosex Walking Tour Free Sidewalk Sex Clinic) dans divers lieux de la ville.

Annie Sprinkle et Beth Stephens, matériaux d'archives (1973–2017), Neue Galerie, Cassel, photo : Mylène Palluel
Annie Sprinkle & Beth Stephens, matériaux d’archives (1973-2017), Neue Galerie, Cassel – Photo : Mylène Palluel
Annie Sprinkle et Beth Stephens, matériaux d'archives (1973–2017), Neue Galerie, Cassel, photo : Mylène Palluel
Annie Sprinkle & Beth Stephens, matériaux d’archives (1973-2017), Neue Galerie, Cassel – Photo : Mylène Palluel

La documenta 14 est ouverte à Athènes jusqu’au 16 juillet 2017 et fermera ses portes à Cassel le 17 septembre 2017. 

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