Du Lourd et du LOL : notre débrief du Grand Débat

Jean Luc Mélenchon, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Benoit Hamon ont débattu sur TF1
Jean Luc Mélenchon, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Benoit Hamon ont débattu sur TF1

Hier, c’était le Grand Débat sur TF1, le premier du genre de la Vème République. Près de 10 millions de personnes étaient vissées derrière leur écran pour supporter leur candidat, rire un peu, être effrayés parfois, déterminer pour qui voter le 23 avril. Punchlines, reprises, détournements, intoxications, bourdes, le débat était animé. Les candidats ont sorti leurs plus beaux costumes, ils sont venus avec leurs dossiers de notes, histoire de pouvoir donner plein de chiffres précis qui ont l’air vrais. TF1 avait pour l’occasion sorti les grands moyens. Pas de chanteuse pour ouvrir le débat avec l’hymne national comme aux Etats-Unis, mais une musique digne de grands films d’actions en ouverture.

Quel président voulez-vous être ?

Les candidats sont placés en cercle pour provoquer le débat. D’abord on leur demande de répondre à cette question : quel président voulez-vous être ? Et là surprise, la plupart des candidats regrettent que le débat ne se fasse pas à 11, spéciale dédicace à Nicolas Dupont-Aignant. Parce que cela permet à François Fillon et Emmanuel Macron de rappeler leur capacité à savoir créer un « effet de surprise ». On espère qu’ils s’en souviendront le 4 avril et n’oseront pas attaquer les « petits candidats » sur leur faiblesse dans les sondages.

François Fillon sera « le président qui libérera les Français » – juste après s’être libéré de ses déboires judiciaires on suppose. Jean-Luc Mélenchon sera, lui, le « président de la VIème République, le président écologiste d’une France insoumise et de la paix » : entrée en matière réussie. Emmanuel Macron se débarrasse d’entrée de jeu des potentielles critiques sur son passé : « Je suis là parce que j’ai travaillé, je l’ai voulu : fonctionnaire, banquier ». Il veut incarner « une force politique nouvelle ». Marine Le Pen joue la carte du populisme, elle saura « mettre en place des conditions pour venir en aide aux plus faibles d’entre nous » mais aussi lutter contre le communautarisme et la mondialisation. Benoît Hamon lui « sera un président honnête et juste. Libre et indépendant face à l’argent ». Bien, 5 visions s’opposent, le débat peut commencer. C’est parti pour 2h30, mais sans compter sur le retard. Le débat est prolongé de presque une heure. D’ailleurs comme le fait remarquer un journaliste de Libé, certains n’avaient pas prévu ça…

À la fin d’un débat, une question reste : qui a gagné ? Ici, pas de victoire claire. Mais des récompenses sont à distribuer.

Les candidats sont placés en cercle pour plus d'intéraction
Capture d’écran du débat TF1

Le Roi des punchlines :

On est tous pareils, on veut que le débat ressemble à un combat de boxe oratoire et que celui ou celle qu’on déteste le plus soit immolé(e) (verbalement) sur la place publique ou le plateau de TF1.

Le roi des punchlines est sans contestation Jean-Luc Mélenchon, et c’est aussi sur ce terrain qu’on l’attendait. Il a tout de même réussi à faire rire l’assemblée mais aussi les autres candidats à plusieurs reprises. On salue l’exploit. Il s’adresse ainsi aux journalistes de TF1 « j’admire vos pudeurs de gazelle » en référence aux déboires judiciaires de Le Pen et Fillon.

Punchline de Mélenchon pudeur de gazelles

Alors qu’entre Hamon et Macron, le ton monte, il lâche un petit : « Il faut bien qu’il y ait un débat au PS ». Habile.

Le plus fatigué :

Pendant toute la première partie du débat, les présentateurs interpellent François Fillon, « vous êtes en retard ! », le candidat est assez mou, il parle peu. C’est à l’arrivée du débat sur le travail qu’il se réveille un peu, au bout d’une heure trente… À ne pas vouloir polémiquer, on se fait oublier.

Les grands oubliés :

Le débat s’est éternisé, certains sujets n’ont pas été évoqués. Par manque de volonté ou de temps, ils ont quand même manqué :

  • Pas un mot sur la culture… La culture, c’est comme la confiture, moins t’en as, plus tu l’étales. Ils en ont donc sûrement beaucoup. Pourtant ils ont débattu de modèles de société pour la France. Pourtant la culture pour respirer dans cet Etat d’urgence me parait nécessaire, indispensable même.
  • Les jeunes ? Vous savez ceux qui traînent le soir et qui cherchent un travail ? On les a assez peu évoqués. Un peu pour parler du changement climatique, un peu pour parler du chômage, assez peu pour adresser leurs inquiétudes.
  • Le droit des femmes ? Il n’y avait sûrement pas le temps.
  • L’international ? Le débat a manqué de profondeur. Dommage que ce soit le seul domaine dans lequel le Président a un rôle vraiment crucial.
  • Les scandales judiciaires… Jean-Luc Mélenchon a tenté d’amener le sujet sur la table mais sinon, aucune justification supplémentaires n’a été exigé. Après tout, c’est pas grand chose une mise en examen.

Les meilleurs dessins

Pendant le débat, #LeGrandSfar avait demandé à Nicolas Sarkozy et François Hollande de commenter le débat.

Les meilleures récup’ Twitter

Quand Marine Le Pen brandit un graphique pour nous dire que l’Euro c’est de la merde mais qui en fait dit juste que l’Allemagne est industriellement bien meilleure.

Les plus belles intox 

Parce que le Fact Checking c’est cool, maintenant on épingle les candidats en direct!

Emmanuel Macron pense que « 20% des élèves arrivent en CM2 sans savoir ni lire, ni compter » c’est légèrement exagéré, on parle plutôt de difficultés pour ces 20% d’après le ministère de l’éducation.

Autre bourde : selon lui, « le juge peut déjà retirer l’excuse de minorité dès 10 ans« . Pas tout à fait car cela n’est possible seulement que lorsque les circonstances le justifient et si le mineur est âgé de 16 ans. Aucune peine privative de liberté n’est possible pour les moins de 13 ans.

Marine Le Pen déclare « On importe des produits en France sans respecter aucune norme, sans aucun contrôle ». Et non, toute importation de produits alimentaires oblige le remplissage d’un « document commun d’entrée » (DCE) qui renseigne l’origine, l’identité et la date d’entrée et de commercialisation du produit. C’est sans parler des contrôles que la douane se réserve d’exercer.

Elle déclare : « Les Français ont connu 43% de hausse d’impôts sous Hollande, 35% sous Fillon ». Et bien non, sous François Hollande : le ministère des Finances table sur une addition totale de 1009.6 milliards d’euros d’impôts en 2017, soit une hausse de 3,8% par rapport à 2012. Sous Sarkozy-Fillon, ces mêmes prélèvements obligatoires sont passés de 819,5 milliards en 2007 à 914,7 milliards d’euros fin 2011. Cela correspond à une hausse de 11%.

Elle utilise comme à son habitude le registre de la peur et parle « d’explosion de la violence » – sans citer de chiffres cette fois, c’est plus facile.

François Fillon parle des demandeurs d’asile en disant qu’« une partie fuient la guerre en Syrie mais l’immense majorité de ces hommes et femmes fuient la pauvreté et viennent de toutes les régions du monde. » En réalité, en 2015, selon les chiffres d’Eurostat, plus de la moitié des demandeurs d’asile venaient de pays en guerre comme la Syrie (29,9 %), ou l’Afghanistan (14,2 %) ou encore l’Irak (9,7 %).

Jean Luc Mélenchon et Macron argumentent sur les 35h, et là c’est Mélenchon qui fait une jolie bourde que la ministre du travail ne manque pas de relever – à sa façon. Mélenchon veut que les heures supplémentaires soient rémunérées : « pas juste +10% comme dans la loi El Khomri, parce qu’avant, c’était 25% » et Macron plussoie.

Nous avons donc pu assister à un beau spectacle hier pendant ce « Grand Débat ». Quelques débats ont eu de l’ampleur comme la laïcité, ce qui est important vu qu’on a passé l’été à nous parler de Burkini, mais est-ce primordial ? Je ne sais pas. On s’est énervés sur les 35H qui ont été mises en place en 1997… un sujet très actuel. Quant aux sujets liés à la délinquance, l’insécurité, le terrorisme, on a parlé d’augmenter le budget de la défense et le nombre de policiers, mais beaucoup moins de solutions en amont comme agir au niveau de l’éducation.

Un show politique donc, à l’américaine, qui n’a pas eu le temps, ou l’envie, d’aborder de nombreux sujets qui touchent réellement les Français comme l’impunité policière, et ce malgré la marche pour la Justice et la Dignité qui se déroulait la veille.

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