David Krakauer : la magie Klezmer

En allant à un concert, vous pouvez savoir ce que vous allez entendre. Mais vous ne pouvez pas savoir ce que vous allez ressentir. Or, toute la magie est là. Quelle que soit la musique, la composition, son époque, la tonalité… l’émotion vous ramène à l’universel de la beauté. C’est en tout cas ce qu’illustre pour moi le concert Klezmer Symphonies, de l’Orchestre Symphonique de Bretagne avec David Krakauer, clarinettiste américain invité.

Pas besoin d’être un grand critique pour reconnaître un grand artiste. Les notes s’enchaînent toujours plus harmonieusement et la mélodie vous emporte loin, très loin… Mais, qu’est-ce que le klezmer me direz-vous peut-être ? C’est une tradition musicale juive ashkénaze, colorée d’autres traditions musicales d’Europe centrale et d’Europe de l’Est. Cette tradition accrochée aux tragédies d’un peuple aurait pu disparaître au cours du XXe siècle mais connaît un renouveau grâce à ses héritiers, dont David Krakauer.

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Sans pathos, le musicien vous fait partager son amour pour cette tradition et ses racines. La musique peut être un pont extraordinaire entre les différentes cultures, et c’est ce que reflète le choix des morceaux interprétés. Le programme du concert mêle des compositions personnelles de l’interprète invité et d’autres compositeurs klezmers. C’est un patchwork de patrimoines qui révèle toute la plasticité du klezmer contemporain.

David Krakauer raconte aussi l’histoire de leurs compositeurs. Celle d’Osvaldo Golijov est assez similaire à la sienne : un enfant d’émigrés juifs qui quittèrent l’Europe pour la paix sur le Nouveau Continent. Sauf qu’Osvaldo vit en Amérique du Sud quand Krakauer grandit aux États-Unis. L’influence du tango se ressent dans les compositions d’O. Golijov, ce grain de folie qui rappelle l’œuvre d’Astor Piazzolla s’arrange parfaitement avec la clarinette. Robert Starer naît en Autriche et fuit avec sa famille en Palestine en 1938. Dans le Moyen-Orient de cette époque, Starer rencontre et travaille avec des musiciens arabes. Le parallèle est la situation actuelle est difficile.

Tantôt stridente, tantôt sensuelle, la clarinette de David Krakauer vous charme et vous hypnose. Les arrangements sont épiques, les improvisations extravagantes, le tout est un peu rocambolesque. Que l’on aime ou pas cet instrument au son nasillard, le charme opère face à tant de dextérité et de folie réunies. Le public retient son souffle tant les envolées dans les aigus sont puissantes. Charmé il rit aux blagues de l’artiste, qui a définitivement le sens du show.

Le voyage initiatique s’achève mais un autre peut commencer pour le public qui a découvert un artiste, interprète et compositeur prolifique. Quelle plus belle façon de faire vivre un héritage que de le partager ?

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