Cours après le serpent Inigo Montoya !

Je suis sur une île à l’apparence désertique. Des cocotiers à perte de vue. Je lève la tête pour observer le ciel. Un énorme nuage grisâtre s’approche. J’entends l’orage qui gronde de plus en plus fort. Puis la foudre. Soudain, en face de moi, un petit singe samouraï monte au cocotier. Un vampire passe à vélo sur l’étroit chemin qui sépare la forêt de la plage. Vroum vroum. La foudre. À quelques mètres de moi, une jeune femme est allongée nue sur le sable brûlant. Un serpent tout fin sort de son sexe. La foudre. La forêt s’enflamme. Caché derrière un buisson, j’aperçois un ours sortir de l’eau. Il pleut au-dessus de moi. Ah non, c’est le petit singe qui me fait pipi sur la tête. Le vent souffle. Cette fois, il commence vraiment à pleuvoir. Je largue ma peur, cours en direction de la forêt embrasée à la poursuite de la jeune femme. Après plusieurs minutes de course intensive au milieu des cannibales, j’aperçois une muraille rouge. Elle change de couleur, la voilà maintenant bleue. Je me retourne, perdu. Devant moi, la jeune femme s’est arrêtée, elle me regarde. Il va bientôt faire nuit. Je reprends conscience. Je suis dans une ancienne gare, réaménagée en salle de concert. La Flèche d’Or. Un groupe joue devant moi. C’est Inigo Montoya !

MXXI – Pouvez-vous résumer votre parcours, l’histoire de ce projet ?

Adrien — Quentin et Pierre viennent du groupe Mungo Park que je connaissais parce qu’à l’époque je bossais pour le label Third Side Records. Je faisais la direction artistique et je produisais des groupes. On a sorti un EP de Mungo Park. Au fil des années, on a gardé contact et on a eu envie de faire de la musique ensemble. Le projet a ensuite évolué. Il y a Louis qui joue aussi dans les Blind Digital Citizen. Il nous a rejoints et donc cela fait à peu près un an que le projet existe.

MXXI – D’où vient ce nom de groupe ? Quand on tape le nom du groupe sur Google, on tombe sur un personnage moustachu de cape et d’épée tiré des années 70, y a-t-il un rapport ?

Quentin — Avec Pierre, c’était un de nos films préférés quand on était mômes. Le héros est quand même méga classe et on voulait un nom qui tape. Donc c’était logique.

MXXI – Vous êtes tous dans d’autres groupes ou exerçant une autre activité que musicien, comment vous dissociez ou associez vos différentes activités ?

 Adrien – Moi ça va, c’est simple parce que j’ai un planning qui reste vivable. Après pour Louis c’est plus compliqué parce qu’il joue pour les Blind. Après, c’est plus ou moins la même chose sauf qu’il y a des cas où je passe les concerts dans le public et d’autres sur scène. La seule différence c’est que pour les autres projets je reste complètement extérieur.

MXXI – Quelles sont les influences de votre univers ; influences aussi bien musicales, que cinématographies, littéraires, picturales… ?

Quentin – Y a pas vraiment de groupes sur lesquels on est tous à fond à part Liars, Brigitte Fontaine. En fait, Pierre et moi écrivons les morceaux. Après Adrien et Louis amènent leur touche. Quand on part d’un morceau, notre but est rarement de nous dire « On va faire comme tel morceau qu’on kiffe ». Pierre vient surtout du classique, moi je bidouille. Après on se partage nos morceaux. Il y a des groupes qu’on adore, mais notre but n’est pas de les copier donc je ne sais pas si on peut vraiment parler d’influences.

MXXI – Quels sont les thèmes qui vous inspirent le plus ? 

Quentin – Les échecs

Adrien – Le jeu ?

Quentin – Non les échecs sentimentaux.

Pierre – On aime beaucoup les frères Coen qui font des films avec des loosers magnifiques. Au fond si on pouvait être un héros des frères Coen, des loosers magnifiques, ce serait cool. Ce qui est beau dans la filmographie des frères Coen c’est qu’ils ont une filmographie très large, qu’ils ont abordé plusieurs genres cinématographiques. On a un peu cette approche-là. Enfin non, c’est n’importe quoi, car je vais commencer à faire une relation avec les frères Coen alors qu’on n’est rien et qu’ils sont énormes. C’est ridicule donc on va couper cette partie.

Quentin – Des personnages comme « The Barber » on aime bien, car il y a un côté tragédie grecque. Le mec a tout pour réussir et c’est un cycle sans fin donc c’est la loose.

Pierre – Mais justement par rapport à la question sur les influences, elles sont vraiment énormes. On écoute tous énormément de musiques depuis très longtemps, on va autant chercher dans la musique pop, l’électro de toutes les périodes, énormément de musiques africaines, toute la funk, le high-life des années 70, beaucoup de musiques classiques, un peu de jazz. Le but c’est justement d’essayer de s’amuser avec énormément d’influences. Il y a beaucoup de samples dans notre musique, qui sont parfois des enregistrements d’ethnomusicologie, des enregistrements de terrain. On aime beaucoup recontextualiser une petite mélodie très simple ou juste un son, une voix qui aurait été prise quelque part à l’autre bout du monde.

MXXI – Dans « Après le serpent », il y a l’inspiration biblique mélangée à des paroles contemporaines, presque anachroniques avec les images, en quoi les mythes sont une source d’inspiration ?

Adrien – Dans le cas précis de cette musique, les gens qui ont fait le clip sont aussi les graphistes de nos pochettes (Zeugl). Ils sont aussi sur scène généralement pour faire des projections. On leur a demandé de faire le clip et ils ont fait ce qu’ils voulaient. Donc eux, ils ont vu ces liens-là. Ensuite sur les mythes, tu les retrouves un peu partout. Ils sont copiables à n’importe quelle époque. Ce sont des choses qui sont assez parlantes.

MXXI – Le lien entre la religion et la sexualité sont deux thèmes souvent associés en littérature ou au cinéma, ça vous excite tout ça ?

Adrien – À mon avis, tu interprètes, je ne sais pas si on a eu la volonté d’interpréter aussi loin que ça.

Quentin – En fait, le texte à la base, ce sont des bouts, des mélanges de phrases. Ils sont ensuite remixés en mode bible et religion grecque.

MXXI – D’où est venu ce choix de chanter en français ; sujet qui fait de plus en plus polémique aujourd’hui, puisque l’on voit souvent les groupes se faire accuser de faire ce choix par stratégie commerciale ?

Quentin – Ouai, on est des grosses putes, on veut faire de l’argent !

Adrien – Non, en fait j’ai bossé avec un label (Third Side Records/Entreprise) où à l’époque tout était en anglais et la transition s’est faite quand on a sorti le premier EP de La Femme. Déjà à cette époque c’était quelque chose qui germait dans l’esprit de tout le monde. C’était aussi notre langue. Il y avait des sentiments, des choses que tu pouvais dire plus facilement en français. Pour nous, ça a été un processus très long. Pour passer de l’anglais au français, on a mis quatre ans à tâtonner et à trouver vraiment le style que l’on voulait.

MXXI – Est-ce qu’avec ces autres groupes de la nouvelle scène francophone (La Femme, Grand Blanc, Moodoïd, Blind Digital Citizen…) il y a un phénomène de compétition, ou plutôt comme une grande famille ? Vous vous entraidez, influencez les uns les autres et avancez ensemble finalement ? Et n’y a-t-il pas une crainte que ces différents projets se ressemblent trop ?

Pierre – On est très proche des Blind Digital Citizen, mais on connaît énormément de groupes à Paris parce que c’est un petit milieu. Finalement il n’y a pas non plus vingt-cinq salles dans Paris où l’on va passer de la musique alternative donc on finit tous par se croiser, par se retrouver. Des gens comme Moodoïd, Caandides, Amarillo, Cabuco ou Burning Peacocks ce sont des groupes avec qui on s’est retrouvé à jouer aux mêmes soirées, à faire connaissance et à apprécier nos musiques. Mais ça ne veut pas forcément dire qu’on va tout partager. Parfois on fait trop le raccourci en se disant que tout le monde partage tout, tout le monde est pote. Mais effectivement on se connait tous, on s’apprécie tous en général. Par exemple nos potes Agua Roja, ils chantent en anglais, avec une musique plus pop. Nous, musicalement on ne se retrouve pas dans cette scène et pourtant ce sont des amis. On va jouer ensemble bientôt au festival Cabourg, Mon Amour.

MXXI – Quel rapport entretenez-vous dans ce projet musical avec l’autodérision ? 

Pierre – Y a de l’autodérision dans Inigo Montoya ! , qu’on n’essaie pas forcément de mettre en avant et je pense que certains peuvent prendre nos textes un peu trop au sérieux. Et en même temps, l’autodérision ne fait pas le morceau. On va aborder un sujet d’une manière sérieuse, mais on va souvent essayer dans chacun des textes de mettre un peu d’autodérision. Il peut y avoir des phrases comme « tout est perdu parfois après le serpent, presse pas le pas, tu vas mourir » et puis à côté tu vas avoir « un coup de fusil dans l’œil… tu joues mal au bowling ». À côté, ça peut être un mec qui va insulter la personne qu’il aime, en insultant son cul en lui disant qu’il va lui bourrer le cul. Et derrière il va se mettre à genoux et lui dire « ne m’oublie pas ». C’est assez pathétique comme situation, mais justement c’est de l’autodérision.

MXXI – Quand on écoute vos musiques, on voyage en Asie, en Amérique du Sud, avec l’impression d’un temps passé, parfois presque moyenâgeux, où se côtoient la guerre, le sexe, etc. Où va-t-on vraiment ?

Pierre – L’intérêt c’est que l’auditeur choisit où il voyage. Les influences viennent des cinq continents donc y’a pas la volonté de se poser sur un style musical précis. Je pense d’ailleurs qu’on a réussi à peu près à le refléter sur notre premier disque. On a cinq titres. L’un est plutôt électro, l’autre au contraire est plus imagé et pop. On essaie de naviguer et actuellement ce qu’on prépare pour la suite va dans ce sens. En général, les textes sont ouverts à l’interprétation. Ils peuvent avoir un sens assez précis, mais quand on a une histoire précise à raconter, on va pouvoir essayer d’utiliser quelques images pour laisser libre cours à l’interprétation de l’auditeur. Ce qu’on aime ce sont des musiques où l’on va pouvoir réfléchir un peu, où ça ne va pas être évident dès la première écoute.

Pierre Plantin : chant, sampler/Quentin Convard : guitare, sampler/

Adrien Pallot : basse, sampler/Louis Delorme : batterie, sampler.

Sans titre2

Pour suivre Inigo Montoya ! c’est par ici :

https://www.facebook.com/inigomontoyapark

https://soundcloud.com/i-igo-montoya-2

Et pour les prochaines dates, par là :

— Le 25 Juillet 2015 au Festival Cabourg, Mon Amour

http://cabourgmonamour.fr/fr#artistes

— Le 28 Août 2015 au festival Rock en Seine

http://www.rockenseine.com/artist/inigo-montoya/

 

** 

Propos recueillis par Yann Pichot

image_pdf
Spread the love !
  •  
  •  
  •   
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Ecrit par
More from Yann Pichot

ESSAIE PAS – « Demain est une autre nuit »

Après quelques titres et EP sortis de manière très confidentielle, le duo Essaie...
En savoir plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *