Contraception masculine : quand la pilule ne passe pas

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D’abord un peu d’histoire : le 19 décembre 1967, la loi Neuwirth est adoptée par l’Assemblée nationale. Elle vient abroger la loi du 31 juillet 1920 dont les dispositions réprimaient « la provocation à l’avortement et la propagande anticonceptionnelle ». L’usage de contraceptifs n’est désormais plus passible d’une amende et les contraintes traditionnelles disparaissent : c’est le début de l’amour libre (et des orgies sous psychotropes).

C’en est fini du sempiternel coït à seule visée reproductrice, terminé le spectre de l’affreux mouflet qui planait au-dessus de la sexualité. La loi Veil, en janvier 1975, consolidera cette entreprise d’émancipation du corps féminin en dépénalisant l’avortement sous certaines conditions. On veut jouir, certes, mais sans entraves, et l’arrivée de la pilule flanquée de son petit frère le stérilet amorce la grande révolution sexuelle que la France attendait.

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Manifestation à Grenoble en 1973, photo tirée du Nouvel Obs

Mais ne brûlez pas trop vite vos soutiens-gorge mesdames, si l’accès aux méthodes de contraception a permis de libérer la sexualité du carcan de la morale qui lui interdisait tout dessein récréatif au profit d’une politique nataliste, assortie d’un léger fond de pudibonderie, elle n’est en revanche pas parvenue à rééquilibrer la balance des responsabilités homme/femme lorsqu’il s’agit d’éviter d’enfanter. Ainsi la gent masculine consent-elle à sortir couverte quand le temps s’y prête (bien que les témoignages de jeunes femmes tombées sur des partenaires réfractaires au préservatif soient encore légion) mais on est loin d’une véritable implication dans la maîtrise individuelle de la fécondité.

Mais d’où vient cette relative passivité ?

Un début d’explication est peut-être à chercher du côté de l’offre très limitée disponible aujourd’hui en matière de contraception masculine. En effet, hormis le préservatif et la vasectomie (processus « dit » irréversible consistant à sectionner les canaux transportant les spermatozoïdes), il n’existerait officiellement à l’heure actuelle aucune autre méthode fiable, à part peut-être l’abstinence, pour écarter véritablement le risque de paternité.

Vraiment aucune ? Pas tout à fait ; la contraception hormonale sous forme d’injections intramusculaires hebdomadaires donne de bons résultats mais le traitement n’est effectif qu’au bout d’un à trois mois (quand on aime, on ne compte pas) et pour une durée maximale de dix-huit mois seulement. Néanmoins, entre les piqûres à répétition et une stérilisation présentée comme définitive*, on comprendra aisément que les hommes traînent un peu des pieds et se contentent du latex.

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Source : American Dad Wiki

Plus confidentiel et moins pénible, il y a bien la contraception orale couplée à un gel dont l’efficacité a été établie depuis les années 80. Cependant, ces études exploratoires, et donc limitées à une petite échelle, n’ont pas encore permis d’entériner une possible commercialisation. On pourrait, bien sûr, blâmer la frilosité des labos pharmaceutiques à l’idée de financer lesdites recherches mais ce serait oublier un peu vite que sur le marché, la loi de l’offre répond essentiellement à celle de la demande et qu’en d’autres termes, ici, c’est le serpent qui se mord la queue…

L’alternative à venir c’est le Vasalgel, sorte de vasectomie temporaire consistant à bloquer, à l’aide de l’injection d’un polymère, les spermatozoïdes dans les canaux, et qui devrait arriver aux États-Unis dès 2017. Un processus décrit comme indolore, réversible et sans hormones. Seulement, là encore, un rapide coup d’œil aux commentaires des articles disponibles sur le Web et traitant le sujet permet de prendre la température (glaciale) de l’engouement des principaux concernés.

La vérité serait-elle ailleurs ? 

En premier lieu, peut-être, une certaine forme de paresse institutionnalisée et qui reposerait sur une équation plutôt simple : le ratio coût/conséquence pour la gent masculine de l’absence de contraception. Non, les hommes ne sont bien évidemment pas tous d’énormes lâches qui fuient devant la moindre responsabilité et refusent de reconnaître leur paternité quand elle leur tombe dessus, mais force est de constater que l’oubli de pilule est moins facile à assumer lorsqu’on ne peut pas disparaître dans la nature une fois le forfait commis. Dommage collatéral : nombre de femmes, fortes de cette conviction, ne sont pas prêtes à déléguer à leurs partenaires la responsabilité de la contraception (et vous qui pensiez naïvement que l’amour se basait sur la confiance).

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Extrait du film « En cloque, mode d’emploi »

Autre explication possible : la défiance vis-à-vis des effets secondaires induits par la contraception hormonale à savoir l’acné, les changements d’humeur brutaux, la dépression, l’hypertension, la fatigue, ou encore la légère prise de poids et le risque encouru d’un processus irréversible concernant le Vasalgel. Un programme alléchant qui n’a malheureusement rien de bien nouveau pour les millions de femmes qui subissent déjà le contrecoup indésirable des hormones auquel s’ajoute le risque d’embolie pulmonaire (vingt décès chaque année en France) ou de cancer du sein. Mais de quoi inquiéter, à juste titre, les hommes.

Enfin, et c’est certainement la pierre d’achoppement la plus tenace sur laquelle butent les partisans de la contraception masculine aujourd’hui, l’idée d’une fertilité intrinsèquement liée à la notion de virilité. Alors, si cet argument reposait auparavant sur une crainte légitime (des bouleversements hormonaux que la science est progressivement parvenue à contrebalancer), elle n’a aujourd’hui plus vraiment de raison d’être si ce n’est l’angoisse d’être fatalement dégradé du statut d’homme à celui du brave loser qui tire à blanc.

Vers une responsabilité commune ?

Inutile néanmoins, de céder à la résignation, car les mœurs changent progressivement tandis qu’un nombre croissant d’hommes se penche sur le sujet. Mais à l’heure où des pharmaciens s’autorisent encore à refuser de délivrer la pilule du lendemain et dans un contexte marqué par la résurgence des mouvements anti-avortement, il serait peut-être temps qu’une prise de conscience collective s’opère afin de faire reposer équitablement la responsabilité de la contraception sur chacun des partenaires. En effet, qu’on soit plutôt coups d’un soir ou couple longue durée (voire trouple pour les plus audacieux), la maîtrise de la fécondité, comme le plaisir, devrait toujours être partagée.

* La vasectomie serait réversible dans 60 à 80% des cas avec un taux de grossesse de 50%. Par ailleurs, la conservation du sperme permet d’avoir recours à une fécondation in vitro a posteriori.

Pour aller plus loin : le site de l’ARDECOM

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