Colorado cristallise la synthpop rennaise

Après avoir électrisé la sphère synthpop avec leur premier EP Wind and Movement l’année dernière, nous avons retrouvé les très jeunes et déjà expérimentés Charles Urvoy et Martin Audrezet. Les deux moitiés de Colorado reviennent pour Manifesto XXI sur l’année écoulée et nous en apprennent plus sur leurs sorties à venir.

Manifesto XXI – Vous êtes quand même jeunes, vous sortez à peine du bac : ça fait quoi de monter si vite, presque sans difficultés ?

Martin : C’est bizarre, mais sans difficultés je ne sais pas… En fait il y a parfois des soucis, mais on travaille vraiment comme des porcs.

Charles : C’est vrai que c’est allé très vite, mais je ne voyais pas ça de cette manière. Tout ça s’est passé en un an, un an et demi, mais même si c’est ce que tous les groupes vont dire, derrière on travaille. Pour certains c’est vrai que ça prend plus de temps, mais je pense que c’est aussi un peu lié à la chance, on a fait les bonnes rencontres aux bons moments, et puis surtout, je pense qu’au départ, l’aspect « nouveauté », « fraîcheur », a beaucoup joué.

Vous êtes étudiants ? Vous faites quoi à côté de la musique ?

Charles : Alors on s’est inscrits à la fac de musicologie à Rennes 2. Martin n’y va pas, moi j’y suis allé au début, mais ça fait deux semaines que je n’ai pas eu le temps, avec les concerts et les résidences… Du coup il va falloir que je rattrape. J’essaye d’y aller, mais je pense que ça va être difficile. Surtout qu’on va commencer l’intermittence là, donc ce sera vraiment compliqué.

Vous êtes déjà programmés aux Trans Musicales, c’est assez énorme ; vous voyez ça comment ? Vous préparez le set de manière particulière ?

Martin : Alors déjà, il y aura de nouveaux tracks, mais surtout il y aura des feats. Il y aura un gars de Kid Wise, Clarens et Julien (ndlr : Julien Vignon), notre producteur, on va faire un truc spécial.

Charles : Bien sûr, on va préparer ça en mode spécial les Trans, parce que c’est un truc de malade, niveau lumières c’est sûr qu’on n’aura pas les mêmes moyens déjà.

Justement, au sujet des feats, déjà lors de votre premier EP vous étiez extrêmement soutenus, il y avait eu beaucoup de collaborations. Comment s’est passé le travail sur ce second EP ?

Martin : On a travaillé avec encore plus de monde. Déjà Julien, notre producteur depuis le début, à l’époque c’était O Safari et Manceau, puis il est maintenant dans Timsters. On a aussi travaillé avec Clarens de Juveniles, Anthony de Kid Wise et une fille (Éden) de Paris qui Chante.

Charles : En fait Julien la produisait, elle n’a encore rien sorti, mais c’est en préparation.

Comment se passent les collaborations, vous travaillez d’abord avant de mutualiser ou c’est un processus plus collectif ?

Martin : D’abord on travaille dans notre coin, puis on apporte la base de travail que l’on structure avec l’aide de notre producteur. Pour les feats, il faut surtout laisser de la place pour la voix : on a les paroles et on laisse carte blanche sur la ligne de voix. Anthony de Kid Wise a aussi fait un solo de basse pour un track, c’était carte blanche.

Charles : Mais ça part toujours d’un travail qu’on a fait en amont, la composition à deux, le groupe.

Dans votre première sortie, Wind and Movement EP, on retrouvait un travail très délicat, presque impressionniste, très axé sur la lumière, le mouvement, le mélange des genres… Artistiquement, quel est le fil conducteur, l’idée derrière ce nouvel EP ?

Martin : L’EP serait un peu plus pop que le précédent.

Charles : On aime vraiment bien proposer de nouvelles choses, donc il ne faut pas s’attendre à beaucoup de rapport avec le premier EP.

Martin : Ça divise pas mal les gens d’ailleurs, il y a des gens qui n’avaient pas aimé le premier et qui aiment bien le second, et d’autres c’est l’inverse, ils préfèrent le premier.

Charles : C’est une histoire de sensibilité.

Sur Wind and Movement, vous aviez des influences très « rennaises », qui venaient notamment des collaborations (on reconnaissait une touche de Juveniles, O Safari, The Popopopops). Comment ça s’est fait ?

Charles : C’était très recherché en fait, on travaillait avec Julien et c’était parfait parce que c’était exactement ce style rennais qu’on aimait.

Martin : On écoutait énormément de synthpop…

Charles : Oui, on s’est dirigés vers Julien pour ça, en fait.

Du coup c’est quelque chose qui ne changera pas sur le prochain EP ?

Martin : Ah non, c’est toujours très synthpop.

Charles : C’est quand même notre plus grand kiff !

Martin : Par contre, maintenant il y a du chant sur quasiment tous les tracks, on a voulu laisser une plus grande place au chant.

Charles : Mais à l’avenir on refera sûrement des morceaux instrumentaux. On va proposer différentes choses en fait. On voit déjà loin puisqu’on sait ce qu’il y a derrière. Il y a un EP là qui va sortir, un quatre titres, mais après on aura aussi des singles en featuring qu’on va sortir comme ça.

Martin : Et à côté il y a EAC, c’est un son qu’on fait en un jour et qu’on balance sur Internet. C’est un truc du label Elephant & Castle, le label de Julien.

Vous êtes aussi soutenus par de beaux noms de la scène électronique rennaise, je pense à Les Gordon qui réalise votre prochain clip, mais aussi à Douchka. Quels liens entretenez-vous avec cette nouvelle scène électronique ?

Charles : Ce sont vraiment des super mecs, il n’y a pas plus gentils. Sur Rennes ils sont toujours là pour donner des conseils, soutenir… On travaille beaucoup avec Les Gordon sur les clips, on en sort un le 4 novembre et c’est Marc qui l’a réalisé. On avait déjà tourné dans un de ses clips d’ailleurs.

Et concernant le prochain clip, à quoi doit-on s’attendre ?

Martin : Le clip on l’a tourné en une nuit à Saint-Brieuc, on se bagarre, c’est assez violent…

Charles : C’est quelque chose d’inattendu compte tenu de la musique qui n’est pas violente en elle-même.

Après la tournée de cet été, vous avez déjà un peu de recul sur le live, comment fait-on pour recréer l’ambiance lyrique qui traverse vos compositions en festival ?

Charles : On s’est beaucoup posé de questions pour l’adaptation des tracks. Par exemple « Wind and Movement », on ne l’a pas réadapté sur scène, ça ne marchait pas du tout.

Martin : Après on travaille beaucoup pour que ce soit vivant sur scène, on ne veut pas se toucher la bite derrière des platines ! Il y a un vrai set de batterie, des synthés, des machines… C’est quelque chose de visuel.

Charles : Mais honnêtement, sur scène, c’est assez différent de l’identité qu’on peut dégager sur le premier EP, c’est un peu plus violent. Le set monte crescendo, on commence avec des choses plus pop dans notre univers un peu lyrique et puis plus ça avance, plus on part vers l’électronique.

Vous avez des idées de mises en scène particulières ?

Martin : Justement, pour les Trans on travaille avec l’ingénieur lumière de Fakear, il taffe comme un malade, ses lights c’est un film de cul.

Charles : Avec les Trans, on a la chance d’avoir une résidence donc on s’est un peu plus entourés. Du coup, oui, on travaille avec Vincent et il fait un taff de ouf, il est génial. Le live prend vraiment une autre dimension, c’est plus impressionnant.

Dans votre bio sur SoundCloud, David Lynch ou Michael Mann sont cités comme références. Vous regardez quoi comme type de films ?

Martin : Moi j’adore le cinéma, j’aime beaucoup les films de Guy Ritchie genre Snatch, c’est trop bien filmé, trop bien monté, et même le travail de son est fat. Sinon les films de Peter Jackson et leurs musiques sont des chefs-d’œuvre. Comme ceux de Christopher Nolan, les musiques de The Dark Knight sont super inspirantes, les énormes synthés envoyés dans des grosses réverb c’est un truc de musique de film.

Charles : Après, les films qu’on nous a attribués dans la biographie, c’est plus ce que ressentait la personne qui l’a écrite. On n’avait pas forcément ces références lorsqu’on a composé, mais c’est sûr qu’il y a une grande influence du cinéma dans notre musique.

Vous auriez envie de composer pour le cinéma ?

Martin : C’est sûr que ça ne me dérangerait pas.

Charles : C’est un peu cliché, mais c’est le rêve de presque tous les musiciens. C’est énorme la puissance qu’a une musique collée sur des images.

Martin : Imagine Game of Thrones sans la musique de Game of Thrones. Ce n’est pas Game of Thrones. La musique de Pirate des Caraïbes tu la reconnais entre mille…

Charles : Et dans Tom et Jerry, la musique elle donne vachement de rythme !

Et aller jusqu’à tourner vos propres clips, ça vous intéresserait ?

Martin : Ah non, non ça vraiment pas. Il y a des choses qu’on ne sait pas faire et on n’a pas envie de mal les faire. Autant déléguer à des gens doués.

Charles : C’est pour ça qu’on fait des collaborations, si on faisait des clips on ne serait sûrement pas fiers du rendu. Marc, on adore son travail, donc on bosse avec lui.

La pochette du premier EP était très forte et collait particulièrement bien à votre musique, j’imagine que vous avez déjà pensé à celle du second, est-ce que vous pourriez nous la décrire ?

Charles : On retrouve encore nos silhouettes, plus proches.

Martin : C’est plus noir, plus sombre, même s’il y a un peu de lumière au centre. On est dans une sorte d’abribus ancien et un peu dégueulasse.

Charles : On a travaillé avec la même photographe que pour le premier, elle s’appelle Marynn Gallerne.

Vous êtes à Rennes depuis peu, vous en pensez quoi ?

Charles : C’est génial !

Martin : Bah c’est mieux que Saint-Brieuc, parce que Saint-Brieuc c’est un peu de la chiasse en comparaison. La scène rennaise est vraiment fat !

Charles : Ce qu’on disait, c’est qu’on est arrivés vers Julien parce qu’on adorait la scène rennaise, et c’est une ville qui vit beaucoup plus. On est trop contents d’habiter là, on est indépendants, on peut plus s’investir dans la musique, tout est mieux… !

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