Chouette. Rock garage, surf, psyché. Testostérone et amitié

Chouette-groupe-musique-rock

Sélectionnés pour les festivals de Binic et du Pont du rock (Malestroit) cette année, ils secouent la scène rock rennaise, c’est le groupe Chouette dont nous publions l’interview de trois de ses membres aujourd’hui : Romain, Malo et Chris. Si vous voulez les écouter pendant votre lecture, il n’y a qu’à cliquer sur « Play » :

Le rock au temps de l’électro

Manifesto XXI – Nous allons faire une première partie sur le rock, vous vous définissez donc comme un groupe appartenant à la mouvance du rock garage, c’est ça ?

Romain : Oui, en partie, disons que l’on est un mélange de psychédélisme, de surf et de rock garage.

Manifesto XXI – Et qu’est-ce que le rock garage ?

Christophe : Ça contrecarrait la pop émergente à la fin des années 60. Ça en empruntait le rythme et les mélodies simplistes, ensoleillés, évoquant la plage, mais en un peu plus sale. C’était plus indépendant, plus provocateur, plus libre. Mais finalement il n’y a pas vraiment de formule définie pour faire du rock garage. C’est surtout une étiquette qu’on colle assez facilement.

Malo : Oui, je pense que comme type de rock, c’est quelque chose qui est devenu très large. Il y a une sorte de petite scène émergente qu’on peine à définir comme étant réellement rock. C’est pour cela qu’on parle de rock garage, parce que ça fait penser à ce rock qui a émergé dans les années 60. Par exemple, tout ce qui est compil des Nuggets ressemble beaucoup à ce style, même si c’est aussi plus psyché.

Christophe : En fait, le rock garage c’est du rock de « p’tit branleur ».

Romain : De l’énergie !

Malo : Et je pense qu’il y a un côté moins prise de tête, moins sérieux.

Romain : Moins technique. Tout le monde peut en faire.

Manifesto XXI – Quelle est la place du rock aujourd’hui, alors qu’il y a de nouveaux courants musicaux, comme la musique électronique, qui prennent vraiment le dessus, qui plaisent aux jeunes, dans lesquels notre génération se reconnaît beaucoup plus ? Qu’est-ce que le rock peut apporter aujourd’hui ?

Malo : Même si la musique électronique est prépondérante aujourd’hui, le rock a un côté plus vivant, plus « live » : les gens sont sur scène avec de vrais instruments, ils bougent, dansent, etc., sans non plus que ça ne soit des gros orchestres. Les Black Keys par exemple ne sont que deux. Mais cela reste différent d’un seul homme derrière ses platines, où le spectacle est moins vivant. C’est pour compenser ce manque de dynamisme qu’il y a plein d’effets visuels lors d’un concert électro.

Christophe : Le rock’n’roll c’est aussi une ambiance, un mode de vie, même si nous on le pratique pas forcément. C’est aussi un peu de liberté, une musique qui donne envie de boire sa bière cul sec et de danser sans se prendre la tête, même si l’électro peut aussi avoir cet effet-là.

Malo : Le côté plus libre, tu le ressens à travers par exemple, le fait que tu peux être dans un bar, écouter du rock, et si tu n’as pas envie de danser, tu peux ne pas le faire et juste regarder. L’électro s’écoute plutôt tard dans la nuit, plus pour installer une ambiance. Le rock peut passer à n’importe quelle heure, à n’importe quel endroit, avec n’importe qui. Avec le rock tu as une plus grande liberté, tu peux faire ce que tu veux.

Christophe : Oui, l’électro se limite plus au monde de la nuit. Le rock, dès son origine qui remonte aux années 50, avait cet esprit libertaire. C’est un style plus sauvage, plus fougueux, c’est les gens qui pètent un plomb, qui sortent des codes.

Malo : Personnellement, je ressens réellement un côté moins « prise de tête » dans le rock. C’est aussi pour ça que la scène garage est cool, on ne se prend pas trop au sérieux. C’est aussi ce qui fait que j’aime bien ce style.

Manifesto XXI – J’avais une question sur le live, puisque j’ai assisté au concert. D’habitude je vais plutôt à des soirées électros puisque c’est ce que l’on nous offre le plus, et il faut être torché pour vraiment apprécier la musique, souvent on prend des drogues parce que ça fait partie du truc. En vous regardant par contre, j’ai eu la sensation qu’on pouvait ne pas avoir besoin d’autres substances pour se lâcher. Je trouve que sur scène, il y a une grande différence entre le rock et l’électro. C’est pour ça que je voudrais revenir sur ce que tu disais tout à l’heure Malo, que le rock, c’est vraiment un spectacle et qu’il y a des gens sur scène. Est-ce que ça découle d’un rapport qui est différent avec le public ?

Malo : Oui, il y a des gens sur scène et le rock peut aussi se faire dans un bar, un pub. Il y a un côté spectacle, mais aussi vachement convivial.

Christophe : Il y a un côté plus accessible. L’électro c’est un mec derrière sa platine, tu regardes les haut-parleurs, l’ambiance, le son. Le rock, tu regardes aussi les gens qui font la prestation et l’ambiance qu’ils dégagent. Pas juste l’ambiance sonore, qui vient de la musique, mais aussi celle que les gens t’offrent en parallèle. C’est la combinaison des deux, le spectacle et la musique, les deux vont ensemble. Tu bouges sur scène un peu à l’image de ta musique et t’essayes de transmettre un sentiment de liberté, de fête et d’insouciance.

Romain : Mais pour moi, ce que vous dites vaut aussi avec l’électro.

Malo : Oui c’est vrai, mais tu vois jamais un truc d’électro bien rôdé sans effets visuels, le spectacle passe aussi à travers ça puisque le type derrière sa platine ne peut pas faire grand-chose.

Christophe : L’électro c’est l’ère du numérique, ça utilise le visuel, le sonore, tout ce que les machines peuvent apporter. Le rock a un aspect plus ancien, plus primaire, brut.

Manifesto XXI – Les instruments par exemple ?

En chœur : Bah oui c’est ça !

Christophe : Et le rock existe aussi depuis plus longtemps que l’électro.

Manifesto XXI – Ce qui est intéressant dans le rock c’est que la performance inclut le physique, alors que l’électro, je vois plus ça comme une expérience qui te prend de l’intérieur, qui est beaucoup plus mystique, dans ta tête. Le rock, tout le monde se défoule, se lâche.

Christophe : Oui, t’es moins dans l’introspection quand tu écoutes du rock, tu te lâches et tu vides ton cerveau. L’électro aussi, mais dans un aspect plus cérébral. Mais il existe aussi des musiques psychédéliques rock où les gens ne dansent pas comme des fous, ça les fait juste planer.

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Le bon son rock

Manifesto XXI – Pour vous, c’est quoi un bon son rock, et quelles sont vos influences ?

Christophe : Il y a plein de bons sons rocks. Tu peux écouter des trucs très simples, comparables à des rythmes électros, qui se répètent et qui sont machinaux, qui te prennent, sur lesquels tu peux partir en live. Et il y a aussi des morceaux plus complexes qui te donnent envie de lâcher tout.

Malo : Ça dépend aussi de ton état d’esprit. Par exemple lorsque je dessine, je vais pas écouter un gros rock ultra bourrin. Comme pour toutes les musiques, tu peux trouver bon un son rock en fonction de ce que tu es en train de faire, du fait que tu l’écoutes en live ou chez toi…

Christophe : Les chansons que tu écoutes correspondent aussi à des humeurs. Moi j’écoute pas que du rock, j’écoute aussi du blues, de la musique électro, du jazz, un ensemble très éclectique. Si tu veux écouter du rock toute la journée, tu peux te réveiller avec du rock planant cool, et tu peux passer l’aprem’ avec un son qui te motive, plus rythmé. Le soir, tu peux boire des bières avec un truc plus puissant, très psyché, qui te « wahow ». C’est dur de poser des mots sur des émotions.

Malo : Il y a plein de bons sons rocks mais aussi beaucoup de mauvais.

Manifesto XXI – Donnez-moi un exemple d’un bon son rock et un mauvais.

Malo : En donnant des exemples de groupes ? C’est très salaud ça !

Christophe : Bon alors un mauvais son rock, vraiment c’est de la merde, c’est un rock un peu beauf, ringard et qui…

Malo : Et qui se prend trop au sérieux.

Christophe : Attends, il faut un bon son rock et un mauvais son rock, donc deux artistes.

Manifesto XXI – Ou alors, donnez-nous juste des éléments qui font qu’un rock est bon ou mauvais.

Malo : Alors le bon son rock, c’est un mec, il fait de la guitare et il rock ! J’ai des noms, mais j’ai pas envie de les dire.

Manifesto XXI – Pas drôle (rires). Juste un bon son rock alors, les influences que vous avez ?

Malo : Un bon son rock ce serait les Black Lips par exemple.

Romain : Au niveau de nos influences, ce serait Muddy Wafers, Jimmy Hendrix, les Kills, les Beach Boys…

Christophe : Ça va des années 1950 à aujourd’hui. On peut aussi dire les Black Lips, les Black Keys, les Growlers…

Manifesto XXI – Vous êtes français et vous chantez en anglais. Est-ce que la France est un pays de rock, et pourquoi est-ce que vous chantez le rock en anglais ?

Romain : Lorsque tu écris les paroles d’une chanson de rock en français, si tu veux que ça ait un sens direct, un sens qu’on comprenne tout de suite, ça sonne vite ridicule et ça part rapidement vers le drôle. Le seul moyen de faire du rock en français, c’est de faire des textes qui ne veulent rien dire. L’anglais permet de faire des phrases qui ont directement un sens tout en sonnant bien !

Christophe : Le rock c’est aussi anglo-saxon, il faut remettre les choses dans leur contexte. Le rock ça vient d’Angleterre, des États-Unis, c’est la base des purs groupes de rock, on peut citer les Rolling Stones, Led Zeppelin, entre autres. Ça sonne aussi peut-être mieux en anglais puisque c’est là-bas qu’est née la base du laisser-aller de la jeunesse dans les années 60, du « on casse les codes, on s’en fout ». En France, ça a un peu dérivé, le laisser-aller était peut-être plus lyrique, c’était d’autres artistes, ce n’était pas forcément rock. Pour moi, Jacques Brel ou Gainsbourg représentent cette mentalité, mais ce n’est pas forcément rock au sens propre du terme. Le rock reste anglo-saxon, quand tu fais du rock, tu en reprends les codes, et l’un de ces codes c’est de chanter en anglais.

Malo : Ceux qui ont fait un peu de rock en France, comme Thiéfaine et Alain Bashung, ont des textes que moi j’adore, mais qui sont beaucoup plus abstraits.

Christophe : L’anglais est mélodieux aussi, les mots viennent facilement, les phrases sont des constructions faciles. Le français est plus complexe, plus littéraire. L’anglais c’est plus « on dit des choses simples, ça marche direct, ça reflète la vie ». En français il y a plus un souci du détail, un « j’ai envie de bien faire ». D’un point de vue personnel, je trouve que chanter du rock en français, c’est ringard.

Romain : En français, je passerais pour Henri Dès.

Christophe :  Comme lorsque tu traduis des textes anglais en français, sur des musiques pop, rock, électro, ça ne veut rien dire. « On est jeunes, c’est cool, j’ai 16 ans et je m’en fous, je ne vais pas à l’école demain, on veut faire la fête ce soir », c’est que des trucs comme ça.

Romain : Les textes anglais, ça permet aussi de raconter des saloperies et des trucs dégueulasses sans que personne ne s’en rende compte.

De l’amour

Manifesto XXI – Du coup vous vous appelez Chouette et vous êtes un groupe de rock. On perçoit qu’il y a de l’autodérision puisque c’est un nom assez « chou » et que le rock c’est plus « testostérone » et tout ça.

Romain : Mais il y a une fille dans le groupe !

Malo : Bon d’accord elle est goudou, mais quand même !

Manifesto XXI – Oui mais une fille peut avoir de la testostérone aussi ! Ma question ça serait plus, quel est votre rapport à l’autodérision ?

Romain : On en revient un peu à la question de tout à l’heure, à savoir « Qu’est-ce que du mauvais rock ? ». Le mauvais rock c’est quelque chose qui se prend au sérieux.

Manifesto XXI – Pour en revenir à votre groupe, quand on vous voit sur scène, on se dit « putain ça marche bien ! ». Il y a une entente, vous faites des blagues, vous entretenez le public. Je voulais vous demander : quels sont les équilibres dans le groupe ? Comment faites-vous pour avoir cette entente ?

Malo : On est amis, pour certains d’entre nous depuis le collège. On a beaucoup de complicité, on dialogue beaucoup. C’est ce qui fait que l’on est toujours très contents de jouer ensemble.

Manifesto XXI – Donc c’est un peu une relation amoureuse.

Malo : Oui, complètement.

Christophe : Oui, c’est une relation où il y a beaucoup d’émotions. Je pense que c’est important puisque dans le cas contraire, ça ferait une prestation froide. S’il n’y avait pas de sentiments, ce serait juste quelque chose de professionnel, comme des artistes déjà connus qui livrent simplement un spectacle face à une foule qui est là parce qu’ils sont déjà célèbres. Pour des personnes qui ne sont pas connues comme nous, il faut qu’il y ait un truc en plus, un noyau commun qui va faire qu’on va passer un bon moment, qu’on va s’éclater et si les gens dansent, on est juste super contents.

Malo : Il faut que les gens sentent qu’on s’éclate en faisant notre musique, que ça nous fait plaisir.

Manifesto XXI – J’avais justement une question pour le batteur Malo.

Romain : C’est bien c’est rare dans les magazines.

(Rires)

Manifesto XXI – Quand on est un peu ignorants, on regarde un concert et le batteur est toujours au fond, et on ne le voit pas forcément. En tant que batteur, tu n’as pas parfois envie d’aller sur le devant de la scène, de faire ta star, etc. ? Comment conçois-tu ton rôle dans le groupe ?

Christophe : Il a ses petits moments.

Malo : Oui, j’ai mes petits moments où je parle, je fais des petits cris, des trucs comme ça pour me faire remarquer. Mais j’aime bien regarder leur derrière et les voir se retourner vers moi de temps en temps. J’ai un petit côté un peu chef d’orchestre.

Christophe : Oui, il orchestre par la rythmique donc c’est vachement important puisque sans rythme, il n’y a plus rien. C’est ce qui tient toute la musique.

Malo : Je les entretiens, je n’ai pas besoin ni forcément envie d’aller devant puisque je sais que je suis là, derrière, et qu’ils sont attentifs, que quand je fais un break il va falloir changer.

Christophe : Par rapport au public, en se retournant, on fait aussi vivre sa place. Il n’y a pas de formule exacte, on n’a jamais vraiment eu de plan par rapport à ça.

Malo : Je dis mes conneries pour le public, et entre nous quatre, j’aime bien le fait qu’on se fasse des petits regards, des petits signes…

Romain : Et au fond il a plus de pouvoir que ce qu’on pourrait penser puisque si la batterie s’arrête, ça s’entend tout de suite, alors que si une guitare s’arrête, on peut croire que c’est volontaire. C’est ça au fond le but du rock, c’est une lutte pour le pouvoir.

(Rires)

Malo-vinyls-groupe-musique-rock-chouette
Malo, batteur du groupe

 

Rennes, les filles et le rock

 Manifesto XXI – Il y a aussi une fille dans votre groupe, et d’après ce que je sais, les filles dans le rock sont un peu snobées. Que pensez-vous du futur des femmes dans le rock ? Est-ce qu’il y en a un ?

Christophe : Non, il y a des groupes féminins. On fait par exemple une date à Saint-Brieuc, à la Citrouille, avec The Inspector Cluzo et Jinnyoops!, un groupe d’Osaka au Japon, composé de trois filles. Elles font du rock et ça arrache, c’est super bien. Les Kills : c’est un homme et une femme, c’est elle qui chante et c’est incroyable. Je pense que la femme a su venir s’imposer, s’investir dans le rock.

Malo : Même si clairement, si on fait le compte, il y a plus d’hommes que de femmes dans le rock.

Romain : Mais on ne connaît pas vraiment d’explication à ça.

Malo : Ça ne se limite pas qu’au rock. Il y a plus de mecs DJs, plus de mecs réalisateurs, etc.

Manifesto XXI – Par contre dans la pop, considérée comme commerciale, comme de la « merde » tout compte fait, il y a beaucoup plus de femmes.

Malo : Oui, parce qu’ils vendent aussi le corps.

Christophe : Mais il y a quand même des femmes et je trouve ça vraiment cool. Même le fait qu’il y ait une femme dans Chouette, on ne peut pas faire autrement. Il n’y aurait pas Chouette s’il n’y avait pas une fille qui était là pour apporter son petit grain.

Romain : On aurait toujours la part de féminité de Malo, mais ce ne serait pas suffisant.

Malo : Oui, même si j’ai quelques gestes un peu efféminés quand je fais de la batterie et que je fais des petits bruits aigus sur les chansons. Voilà ma définition de la féminité, des petits bruits aigus sur des chansons.

Manifesto XXI – Comment avez-vous été accueillis par la scène rennaise ?

 Christophe : On s’est battus.

Malo : Sans relâche.

Manifesto XXI – Vraiment ? Je pensais justement que Rennes était une ville « rock ».

Malo : Oui c’est une ville rock.

Christophe : Mais ça a été un peu la croisade.

Romain : Il y a énormément de groupes.

Malo, s’adressant à Romain : D’ailleurs notre album, tu voulais l’appeler « Black Sheep » (« mouton noir » en anglais) parce que tu disais que l’on avait énormément de mal à s’imposer sur la scène rennaise.

Romain : Être accepté par les autres groupes c’est difficile oui.

Christophe : C’est vrai que c’est compliqué, ça prend du temps. Il faut qu’on te voit, pas seulement sur scène à travers ta prestation, pas seulement qu’on écoute ta musique, mais aussi qu’on te voit et t’écoute en tant qu’être humain. C’est quand même aussi une histoire de réseau, de complicité avec d’autres groupes. C’est comme ça que des tournées se montent, que tu fais des premières parties. Tu ne peux pas venir et vouloir faire du rock avec tout le monde. C’est un milieu comme n’importe où, où il faut s’intégrer. Mais on n’a jamais réellement calculé, ça s’est fait petit à petit, on voulait jouer à Rennes parce qu’on habite à côté.

Malo : Au début on jouait à la campagne, on était contents de jouer à la campagne. Ensuite c’était plus « oooh yes on va jouer à Rennes ! », et après ça s’est vraiment débloqué depuis qu’on est chez Beast Records (leur label).

Christophe : On a eu une accréditation de confiance.

Malo : Oui, les gens à Rennes qui connaissent le rock connaissent Beast Records, il suffit qu’ils entendent ce nom pour que la situation se décoince.

Christophe : C’est triste aussi d’avoir besoin de ça. Ce n’est pas forcément ce que tu fais, ton talent, ta musique qui compte, c’est qui aime ce que tu fais. Tu peux faire le meilleur truc du monde, si tu n’es pas « in », tu passes à la trappe. Alors qu’il y a des gens qui font des trucs beaucoup moins recherchés, qui ne sont pas forcément sympas, mais ils connaissent un paquet de gens et deviennent une partie du paysage comme ça.

Romain : On voulait faire partie de cette scène garage rennaise parce qu’on trouvait ça hyper cool. On voyait des groupes en concert, on trouvait ça trop drôle.

Malo : Ça avait l’air Chouette !

Romain : Ça prend du temps, il faut se faire accepter.

Christophe : Un peu comme un nouveau dans une cour de récréation.

Manifesto XXI – Au niveau de votre univers visuel, pour les prochains clips, comment vous le gérez, qu’est-ce que vous recherchez ?

Romain : Pas trop de sérieux, c’est surtout ça. La pochette de l’album, on l’a imaginée à une soirée, complètement bourrés, l’idée est venue petit à petit, progressivement. Et à la fin on s’est dit « mais oui, c’est vraiment ça ! ».

Malo : C’est Chouette. La pochette d’album c’est des gens à poils qui poursuivent un mouton. Ça n’a rien à voir avec Chouette, mais…

Romain : Mais ça nous rappelait nos soirées, tout ça, et ça nous faisait beaucoup rire. Cette pochette elle a été faite avec des copains. À la base, moi je fais ça pour les copains, pas pour le monde entier, mais pour faire danser et draguer les copains.

Malo : Et on a de plus en plus de copains donc de plus en plus de gens qui viennent, c’est cool. Du point de vue du clip, par exemple, Christophe voulait faire une vidéo avec du skate. Dans le clip, il fait du skate, avec de la pâtée de chat sur la gueule, à la poursuite d’un chat en peluche. Pour changer la donne, on veut toujours changer la donne.

Christophe : Oui, arrêter de mettre des trucs sur un piédestal et s’en servir pour être tendance, juste déconner et être dans l’humour.

Malo : L’humour est très important. Et pour le visuel, j’aime bien que dans les clips, il y ait quand même un minimum de travail. Notamment dans le dernier, même si on fait quelque chose de complètement débile, la lumière, les plans, sont quand même travaillés. Il faut que ce soit un minimum réfléchi, un peu comme Chouette finalement : débile, mais réfléchi.

Christophe : Tout est tellement sérieux aujourd’hui, là c’est une dose de « Eh ! On peut rigoler et faire n’importe quoi ! » C’est cool aussi de ne pas être tout le temps sérieux.

Malo : Et tu peux bien faire les choses sans te prendre au sérieux, ce n’est pas forcément incompatible.

 

Manifesto XXI – Et la musique, ça sert aussi à faire s’amuser les gens.

Malo : Oui, et t’amuser toi-même aussi.

Manifesto XXI – Une autre particularité de votre groupe, c’est que trois personnes chantent. Le plus souvent Romain, mais aussi parfois Christophe ou Cécile. Comment décidez-vous qui chante ?

Malo : Pour Christophe, c’est d’abord parce que c’était lui qui avait écrit les paroles.

Christophe : Il n’y a pas de réflexion là-dessus. C’est vraiment Romain le chanteur, c’est important aussi qu’il y ait un chanteur bien identifié. On ne peut pas non plus faire n’importe quoi, mais juste quelques apparitions pour casser l’image d’un seul chanteur au centre. Et je pense que ça fait aussi plaisir à Romain qu’il y ait une intervention, une fois de moi, une fois de Cécile, qui lui permette de se reposer. Le fait que ça change ça a aussi un effet sur les gens qui vont observer d’autres choses, qui vont faire attention à plus de détails, à la différence des concerts où tu as une unique lumière qui éclaire le chanteur et tout le reste est tamisé.

Malo : Finalement ça conforte un peu aussi l’unicité du groupe.

Manifesto XXI – C’est ça aussi qui fait la force de votre groupe, c’est réellement un « groupe », chaque élément est mis en valeur, il y a un bel équilibre.

Christophe : Il s’est fait aussi naturellement, parce qu’on est amis depuis maintenant un sacré bout de temps.

Malo : Et pour Cécile par exemple, on avait déjà à la base eu envie de prendre une fille pour la faire chanter.

Romain : J’ai une voix très grave, très profonde, donc c’est bien aussi d’avoir un peu de douceur, pour compenser. Si on reste une heure sur ma voix, je pense que les gens, à la fin, se tailleraient les veines.

(Rires)

Manifesto XXI – D’ailleurs Romain, tu as une voix très particulière. Est-ce que tu l’as travaillée, est-ce qu’elle t’a été inspirée par quelqu’un ?

Romain : J’ai appris à respirer avec le ventre, et c’est venu naturellement de placer ma voix dans les graves. Mais ça correspond aussi à ma personnalité je pense. Je suis quelqu’un d’assez posé et donc, j’ai une voix posée.

Manifesto XXI – Je crois que vous êtes le premier groupe que je rencontre dont le chanteur est celui qui est le plus posé.

Malo : C’est vrai qu’on est tous des piles électriques à côté.

Christophe : Du coup ça donne quelque chose d’original. On écoute tous énormément de musique, mais on ne s’inspire pas directement d’une personnalité, d’un groupe, d’un style ou d’un genre. On fait notre truc naturellement parce qu’on est tous très fans de musique.

Malo : On est tous très curieux en matière de musique, ça ressort naturellement, on a tous une personnalité forte et originale. Quand on a quelque chose à dire, on le dit, et chacun trouve sa place.

Romain : Les textes que je fais sont parfois bizarres, obscurs, donc c’est mieux de chanter comme ça. Mais la musique derrière ne suit pas forcément le texte. On peut raconter quelque chose de triste et dégueulasse sur une musique joyeuse, c’est aussi ce qui est drôle.

Christophe : Ça colle à la vie, on peut avoir des personnalités de gens qui sont à fond tout le temps, toujours positifs, et au final en leurs fors intérieurs, ça peut être la merde complète. L’être humain est aussi très complexe, sans partir dans un truc mystique.  Souvent les choses ne paraissent pas telles qu’elles sont, tu creuses un peu et c’est l’inverse ou ça n’a rien à voir. Chouette c’est aussi un peu ça, un mix de choses, mais sans aucun plan, on fait les choses comme elles arrivent. Plus le plan est défini, plus ça devient pourri puisque tu arrives au bout de quelque chose. C’est mystique et voilà.

Manifesto XXI – Je pense que ça fait une très belle conclusion.

Si vous voulez en savoir encore plus sur Chouette, rendez-vous sur leurs pages Facebook et Twitter. Vous pouvez aussi retrouver leurs clips sur leur page YouTube et leur musique sur Bandcamp.

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