Burger Records : Menu Maxi Best Garage

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Avec plus de 850 groupes signés chez Burger Records, le label californien est devenu en quelques années une institution en matière de rock indé, propulsant des artistes comme Together Pangea, Wavves ou Fidlar au sommet d’une nouvelle vague garage issue de la côte Ouest, infusée au skate et à la bière pas chère.

SEAN BOHRMAN : HIPPIE GÉNIE

À l’origine du Burger Records, il y a un certain Sean Borhman. Van’s trouées et longue chevelure dorée, le parfait hippie du XXIe siècle. Il grandit avec un père musicien dans le groupe Radio London, qui reprend tantôt les Clash, tantôt Iggy Pop, avec les yeux cernés de khôl et les lobes percés, décorés de chaînes et d’épingles à nourrice. Son éveil à la musique passe aussi par sa belle-sœur, qui écoute des groupes de punk locaux comme the Stitches ou the Toy Dolls. Au lycée, Sean est le weirdo solitaire, celui à qui personne ne parle. Pourtant c’est sûrement le mec le plus cool qu’il vous aurait été donné de rencontrer. La mèche un peu grasse et toujours les meilleures cassettes à écouter dans son van, il crée The Newsletter, un zine qui rassemble tout ce qui se passe dans sa tête, comme des hypothèses sur des pingouins qui prendraient le contrôle du monde (rien que ça). C’est à travers ce projet qu’il se fait des amis et peut désormais manger son sandwich en bonne compagnie et en dehors des toilettes.

LA NAISSANCE DU LABEL

C’est aussi au lycée qu’il rencontre Lee, un autre chevelu sympathique, celui qui deviendra le deuxième bun du Burger Records. Ensemble ils écoutent Devo, vont à des concerts des Four Letter Words, un groupe local que vont voir tous leurs camarades et forment The Noise, un groupe de punk. Après une petite escapade à la fac où il étudie le journalisme et le design graphique et, accessoirement, écrit des articles provoc sur des sujets aussi vastes que la guerre ou l’avortement, s’attirant les foudres de ses congénères, Sean Borhman est de retour en Californie auprès de son pote Lee avec qui il forme un deuxième groupe : Thee Make Out Party. C’est en enregistrant un titre qu’ils se rendent compte qu’ils n’ont pas de label sur lequel le sortir et c’est de ce constat que naît le Burger Records. Le principe est simple mais plutôt novateur : sortir des albums en cassette, chose assez rare en 2007, mais qui a l’avantage de coûter beaucoup moins cher à produire que les vinyles. En effet, les usines de pressage se font de plus en plus rares aux États-Unis mais la demande s’accroît, avec la mode d’objets dits « vintage », ce qui se traduit parfois en un vinyle de Lana Del Rey vendu chez Urban Outfitters pour la modique somme de 40 euros.

LA PLACE D’UN LABEL EN 2016

Qu’est-ce qui fait du Burger Records un label pertinent aujourd’hui ? Tout d’abord, Sean et Lee ont réussi à créer une vraie scène garage/psych en Californie. Non seulement par le biais de la découverte de petits groupes inconnus, mais aussi par tous les concerts et festivals organisés localement, ainsi que le magasin de vinyles éponyme qui réunit des pépites d’occasion ultra pointues et des groupes signés chez eux. Les fondateurs ont une indéniable connaissance approfondie du rock et cela se ressent dans la justesse des artistes choisis. Là où certains maudiront le manque de renouvellement dans la musique, Sean Bohrman trouve intéressant que de plus petits groupes s’inspirent de groupes plus confirmés présents sur le label, tel que Together Pangea qui a largement alimenté les sonorités d’une multitude de jeunes musiciens. Ce tissage d’une toile aux riffs de guitares similaires mais aux sons plus obscurs et expérimentaux n’est pas forcément une mauvaise chose et permet à de nouveaux genres de garage, parfois plus hybrides, de se créer. On n’« invente » plus de courants mais on les approfondit.

Le Burger Records, c’est la garantie d’un son de qualité et c’est cela que viennent chercher les amateurs de musique du monde entier. La notoriété du label dépasse parfois celle de ses artistes qui bénéficient de l’image cool et DIY que véhicule Burger. Sean Bohrman, soucieux de rendre la diffusion de la musique la plus accessible possible, crée Wiener Records en 2011, dont le slogan « Everyone’s a Wiener » annonce la couleur : n’importe qui peut sortir une cassette sur le label à condition de payer une maigre somme d’argent. C’est comme cela que sont sortis des groupes de Kraut-rock argentins comme Satanoise TV, qui n’auraient pas forcement eu leur place au sein de Burger Records.

Le label californien a également marqué le paysage musical américain avec son festival Burger-a-go-go, dont la programmation est entièrement féminine, avec des artistes telles que Peach Kelli Pop, Best Coast et Bleach. C’est une belle initiative que la revendication de la place de la femme dans le rock, une place difficile à obtenir et à rendre légitime dans un univers résolument masculin.

HAPPY MEAL EVER AFTER

Sean et Lee ont su donner tort à tous ceux qui clament que « le rock est mort ». Trêve de fainéantise ! Il suffit d’un brin de curiosité pour s’apercevoir que la scène est plus frétillante que jamais. En attendant qu’ils exportent leurs petites sauteries en Europe, vous pourrez apercevoir cette scène au Burger Boogaloo notamment, qui aura lieu les 25 et 26 juin prochains en Californie et accueillera des artistes comme Death Valley Girls ou les excellents Thee Oh Sees. Sinon, si le billet d’avion est trop cher, vous pouvez toujours suivre leurs aventures sur leur chaîne YouTube BRGRTV qui regroupe interviews, extraits de concerts et clips faits maison. Bon appétit.



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