Black Mirror, le reflet de notre temps

Qui dit futur dit écran et pour moi écran fait forcement penser à la série Black Mirror. Black Mirror – pour ceux qui ne connaissent pas encore – c’est une série anglaise de sept épisodes d’environ une heure qui proposent chacun une histoire complètement indépendante des autres épisodes. Toutefois, un thème commun se distingue à chaque fois : ils se passent dans un futur plus ou moins proche et se focalisent sur la manière dont les écrans façonneront le futur. Acclamée par la critique et le public, elle se démarque pour la qualité du scenario, de la réalisation et du jeu des acteurs (avec quelques guests bien cools comme Oona Chaplin ou Jon Hamm).

Mais cette série est aussi intéressante pour la vision du futur qu’elle présente : sans faire de l’antitechnologie primaire ou de la pure dystopie, elle pose les bonnes questions sur notre rapport à la technologie (même si le ton reste toujours assez sombre). J’aimerais revenir sur les thèmes principaux abordés dans Black Mirror et comment ils se raccordent aux problématiques d’aujourd’hui.

La société du spectacle

Dans les mondes de Black Mirror, la société du spectacle s’infiltre dans tous les aspects de la société. La télé-réalité et le traitement sensationnel de certains faits d’actualité par les médias sont des débats très vifs actuellement; il semble donc logique que l’on retrouve cet aspect dans une fiction sur le futur. Mais Black Mirror va plus loin que la simple critique de la dérive des reality-shows qui a déja été revue et re-revue. Dans l’épisode 15 millions de mérites, les personnages vivent dans un futur lointain où la seule alternative à une condition d’esclave qui pédale non-stop pour produire de l’énergie est de participer à une émission de talents pour décrocher un job à la télé. Aujourd’hui, lorsqu’on critique ce type de programme très contemporain, on met l’accent sur la vacuité du contenu. Le problème souvent, c’est qu’on passe à côté de la détresse de ceux qui sont amenés à y participer.

source : tuxboard.com
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Dans Le show de Waldo, un ourson bleu virtuel se moque des hommes politiques de façon cynique et décalée dans un late-night show. Le personnage devient coluchesque quand il se présente comme candidat à une véritable élection locale. Son dédain pour la vraie politique et sa franchise brutale font rapidement de l’ourson le favori de l’élection. La population fait plus confiance à un personnage de fiction qu’à de véritables « politiciens », ce qui n’est pas délirant aux vues des chiffres de l’abstention et de la défiance de plus en plus généralisée envers la politique.

source : theartdesk.com
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Le contrôle social par les écrans

Les écrans sont des outils de contrôle d’autrui de plus en plus efficaces non seulement par les pouvoirs publics, mais également entre les individus. Dans Black Mirror, tout le monde finit par se surveiller grâce aux innovations technologiques au point que les notions d’intimité et de vie privée finissent par disparaître complètement.

Pendant l’épisode spécial de Noël, White Christmas, on peut voir des personnages accéder à Internet en réalité augmentée grâce à un implant dans l’œil. Cet implant permet donc de « bloquer » des gens en les empêchant de nous entendre et de nous voir dans la vie réelle. On a déjà tous connu au moins une dispute qui s’est terminée par un blocage sur Twitter/Facebook. Les réseaux sociaux ont pris une telle place dans nos interactions que l’on peut en retirer un sentiment de puissance/tristesse (selon la position dans laquelle on se trouve). L’arrivée des technologies comme les Google Glass ou la Google Watch pose effectivement la question de savoir comment Internet va bousculer nos interactions réelles.

Retour sur image raconte aussi une histoire d’implants dans l’oeil, mais cette fois ce sont des caméras qui enregistrent tout ce que l’on envoie et permettent de re-visionner ces souvenirs. Il n’y a donc plus vraiment de vie privée ou d’espace intime puisque l’intégralité de sa vie est enregistrée. Les problèmes de protection de l’intimité sont bien évidemment brûlants que ce soit avec des affaires comme les photos de nu privées diffusées sur Internet ou la récupération des données privées par les gouvernements, entreprises, etc… L’autre élément intéressant, c’est la façon dont ceux qui refusent la technologie de l’implant sont marginalisés par les autres.

source : wirejess.com
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L’identité virtuelle

Black Mirror montre également comment la nature des identités bascule : les personnalités finissent par exister de façon virtuelle et sont contenues par différentes machines. On voit souvent le préjugé chez certains médias que les sites comme Facebook diluent notre identité, et empêchent l’existence de réelles interactions humaines. Cette analyse extrêmement simpliste montre une profonde méconnaissance des réseaux sociaux. Black Mirror ne tombe pas dans cet écueil en montrant que nos identités à travers l’écran peuvent avoir autant d’impact que dans la réalité.

L’épisode Bientôt de retour raconte l’histoire d’une jeune femme qui surmonte la mort de son compagnon grâce à un logiciel qui lui permet de dialoguer avec une simulation de son défunt conjoint, et ce à partir des données laissées dans son Internet. Les récentes modifications de Facebook qui permettent de « léguer » son compte après sa mort montrent bien qu’avec le temps qui passe, il faut de plus en plus réfléchir à ce que nos identités virtuelles deviennent après notre mort.

Quinze millions de mérites aborde aussi le sujet de l’identité virtuelle : dans la vie réelle, les individus portent des uniformes, font tous le même travail et vivent dans le même appartement. Leurs personnalités s’expriment à travers les avatars qu’ils utilisent pour interagir avec les émissions qu’ils regardent en boucle sur leurs écrans. La problématique est ici poussée à l’extrême puisque cette fois l’identité réelle n’existe même plus vraiment, le virtuel devenant l’opium qui sert à oublier la dureté des conditions de vie.

Black Mirror est donc une série qui, avec plein d’histoires différentes à propos du futur, nous invite à réfléchir à nos pratiques actuelles avec nos écrans, et à la façon dont ceux-ci façonnent nos relations. Donc si vous n’avez rien à faire ce soir et que vous n’avez pas encore commencé à regarder, j’ai déjà trouvé votre programme de la soirée : enfilez-vous vite les sept épisodes de Black Mirror !

Salvade Castera

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