Bilan de l’année du dépucelage de Bagarre

© Raphaël Neal

« Bonsoir nous sommes Bagarre ». Un an après la sortie de leur deuxième EP, Musique de Club, les paroles de Bagarre résonnent vraisemblablement encore dans vos souvenirs de fêtes.

Nous les avions d’ailleurs déjà rencontrés il y a quelques mois :

Bagarre. La clarté dans le désordre

Ce groupe aux sonorités éclectiques et au rythme nerveux vient de terminer une série de concerts intitulée le « Bagarre Club Tour », l’aboutissement version clubbing de leur deuxième opus. Alors que le club des cinq s’est exilé à la campagne pour travailler, on a eu envie de leur parler de l’année qui vient de s’écouler et de la playlist NRJ des musiques de boîte de nuit.

Manifesto XXI – En octobre 2015 sortait votre deuxième EP Musique de Club, qui a rencontré un beau succès. Comment avez-vous vécu cette année ? 

Bagarre : On a fait cette soirée à la Machine, la « Mega Club Makers », qui était un peu notre cadeau d’anniversaire, et directement après on est allés dans une maison de campagne loin de tout, tous les cinq, pour composer. C’est vrai qu’on n’a pas vraiment eu le temps de faire le bilan de tout ce qui vient de se passer, et en même temps on le sent dans ce que l’on est en train de faire, dans la manière dont on travaille et là où on en est avec la tournée « live club ».

On a beaucoup évolué par rapport à la même période l’an dernier. En fait, c’était l’année des premières fois : on a fait notre premier Zénith, notre première grande scène, les Eurockéennes, des festivals de ouf.

Et à l’occasion de la fête de l’Humanité, vous avez même partagé la programmation avec Michel Polnareff : la consécration ?

Oui, c’est devenu un grand pote depuis, on se voit souvent. « L’Amiral », comme on dit.

Bagarre – Fête de l’Humanité 2016 © Dan Pier – Longueur d’Ondes

Vous faites Le Petit Journal en mai dernier, puis à la rentrée de septembre l’équipe de Yann Barthès copie votre célèbre pyramide sur la couverture des Inrocks. Vous lui avez donné des cours ?

Alors en fait, le truc c’est qu’on lui a tout appris, et ce ne sont pas seulement des cours, mais on lui a appris à se saper, à sourire devant une caméra, à prendre les lumières. Il nous doit tout. On aurait dû la déposer auprès de l’INPI, notre pyramide.

Depuis peu, vous tournez en France avec le « Bagarre Club Tour » qui est un concert « club », sans clavier, sans guitare, sans batterie. Juste des platines DJ. C’est l’aboutissement de Musique de Club ?

L’idée du « Bagarre Club Tour », c’était d’aller au bout du délire, d’en faire une formule plus courte et sans instruments. On voulait mettre en avant ce qu’il y a de plus important dans le club : l’oralité et la proximité avec les gens. À la base, Musique de Club, c’était juste un titre de disque, puis on a voulu l’emmener dans les clubs, assumer l’idée à fond. On avait vraiment envie de jouer à 3h du matin pendant une demi-heure, en remixant nos propres morceaux afin de les adapter à un truc plus dance et plus nerveux. Au départ, c’était un parti pris musical, puis c’est vite devenu une histoire de cohérence.

Vous êtes très proches du collectif LGBT « Fils de Vénus », avec lequel vous avez organisé plusieurs soirées. C’est une culture club dans laquelle vous vous retrouvez ? Dont vous vous sentez proches ?

Oui, on est proches de la culture club et forcément aussi de la culture queer, car ce sont eux qui ont toujours investi une grande partie de la nuit. Ils ont inventé le club à la manière dont on le vit désormais. Entre le Pulp ou même le Studio 54, il y a plein de choses et plein d’histoires qui ont changé le club tel qu’on le connaît aujourd’hui, un club ouvert à tous.

Donc qu’on le veuille ou non, tout le monde est un peu lié à cela, un peu comme le disco. Mais surtout, il se trouve qu’à Paris ce sont dans ces soirées-là que les DJs passent les musiques qu’on aime, et on s’est véritablement nourris de leurs musiques. C’est un va-et-vient finalement, comme un couple.

Et d’ailleurs aujourd’hui, quels sont les clubs qui vous ressemblent ? Ceux que vous aimez ?

Il n’y a pas forcément des clubs en particulier car ils n’ont plus une scène spécifique comme avant, avec une programmation propre. L’intérêt aujourd’hui, c’est plutôt de suivre des soirées, des groupes de gens ou des DJs. C’est davantage une histoire de personnes que de lieux.

À Paris par exemple, on adore À la folie qui est à la fois un bar et un club, qui se trouve à la Villette. Comme la Java, ils hébergent des programmations de gens assez étonnants, qui sont assez libres et ambitieux. Ils n’ont pas les mêmes enjeux pécuniaires qu’ailleurs, tu sais que tu pourras toujours y vivre quelque chose. Après, on aime beaucoup certains collectifs comme La Sale !, la House of Moda ou Jeudi Minuit. Il y avait aussi la Station, un lieu éphémère à Paris qui était ouvert cet été ; c’est hyper important d’avoir ce genre de lieux.

Vous m’avez dit que vous étiez actuellement à la campagne pour travailler. L’album est en préparation ?

Pour l’instant, on enregistre des tracks et on verra ensuite si on fait un album. On est dans la liberté de composer des morceaux, et on verra ce que l’on fera de tout cela. Puisqu’on est un assez jeune groupe dans sa formation, notre son n’est pas fixe, il évolue tranquillement mais sûrement.

Par exemple, en essayant d’adapter nos morceaux pour en faire de la musique de club, on s’est rendu compte qu’on avait envie d’évoluer dans cette direction avec moins de paroles. À l’inverse, on a aussi eu envie de faire un morceau qui sera plus dans l’écoute, que tu peux écouter chez toi par exemple. On essaie de se donner une variété plus grande, peut-être plus de nuances à notre musique, à nos personnages, à nos discours.

Lorsque l’on tape Musique de Club sur Google, on tombe sur la playlist NRJ des « 40 hits les plus diffusés en club ». Y avez-vous jeté un coup d’œil, et si oui lesquels ont retenu votre attention ? 

On a choisi des « guilty pleasures », car pour nous le club ce n’est pas forcément une musique mais avant tout une attitude, une manière d’y être. Les trois morceaux ont ce truc un peu vulgaire mais également hyper mignon, comme s’ils avaient tous envie d’avoir la track la plus bourrine pour passer dans le prochain James Bond ou Fast and Furious. Mais il faut reconnaître qu’ils sont les meilleurs dans ce qu’ils font ; niveau son ou production, ils en allument plus d’un. On est hyper admiratifs de ce travail-là, dans la maîtrise qu’ils ont du son et de cette expérimentation des nouvelles musiques, des nouveaux outils.

La sélection de Bagarre

Matthieu Maurer

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