Anti-Fashion : l’art de la mode

La conception de la mode par les créateurs Anti-Fashion est-elle toujours présente aujourd’hui ? 

L’Anti-Fashion : Qu’en reste t-il ?

Grâce au mouvement Anti-Fashion, c’est la vision du monde de la mode et du luxe, ainsi que du créateur qui est engagée. Alors que les créateurs Anti-Fashion se revendiquent principalement comme des artistes, d’autres intègrent des groupes tel que LVMH pour être rentables et ainsi conserver leur marque au détriment de leur indépendance. Se pose alors une question qui intrigue encore aujourd’hui, mode et luxe : Art ou business ? Le mouvement en question exprimait une révolte à la fois sociale, politique, mais il avait aussi pour but de bouleverser le monde même de la mode et de ses conventions. Que reste t-il de ces revendications attachées au mouvement Anti-Fashion si décadent ?

La globalisation de la mode et le développement d’Internet ont fait de celle-ci un véritable business. Beaucoup de créateurs ont parfois mis leur excentricité de côté afin de faire des vêtements qui puissent constituer un marché et rendre rentable la marque. Néanmoins, la plupart des créateurs Anti-Fashion associent la mode à l’art, comme Ann Demeulemeester. Elle déclare lors d’une interview:

« C’est comme un musicien qui fait de la musique, le peintre peint, moi je fais des vêtements, c’est pour communiquer, laisser passer une émotion par un produit ». 

La mode permet de diffuser une idée, de défendre une conviction, une opinion. Cet aspect s’apparente à l’art et à l’art engagé en particulier. Nous pouvons évoquer l’exemple d’ Hussein Chalayan qui, lors du défilé Between en 1998, décide d’aborder le sujet du voile islamique.

Le but n’est pas de diaboliser la religion musulmane mais de soulever un débat quant à l’apparence et la place de la femme remises en question avec le port du voile. Ce défilé fait de Chalayan non seulement un créateur de mode singulier mais surtout un artiste. Ses créations s’apparentent davantage à la sculpture, à l’art conceptuel, qu’au fashion et du business qu’il véhicule.

L’Anti-Fashion peut présenter un certain paradoxe : tout en voulant créer un monde plus beau, comme l’explique Ann Demeulemeester, la séduction devient désintéressée, le vêtement est intériorisé. Le beau est remis en question. La beauté ne réside plus dans un excès de couleurs ni dans l’ostentation, elle réside dans ce que l’on peut ressentir vis à vis du corps et du vêtement qu’il porte, ainsi que de ce que l’on souhaite diffuser.

L’argent, dans ce cas, importe peu face au message, à l’univers, à la philosophie que veut faire transparaitre l’artiste créateur de mode. L’univers d’Ann Demeulemeester a souvent été qualifié de poétique. Comme dans un poème où chaque virgule, chaque rime, sont essentielles pour assimiler l’œuvre, les détails du vêtement ont tous leur importance. Comme pour une œuvre d’art, rien n’est laissé au hasard. La créatrice d’Anvers dit :

« Je fais ce que j’ai envie de faire, ce qui est bien pour moi et après ca devient quelque chose que beaucoup de femmes aiment et ça c’est le miracle. C’est plus seulement moi et ma collection, ca devient quelque chose de général »

L’artiste répand une identité qui est certes la sienne, mais il la met au service du public qui rencontre de manière intime, personnelle, une œuvre. L’esprit Anti-Fashion se propage et est assimilé intimement par chaque personne, par chaque créateur de manière différente. La rencontre dans l’art est un instant majeur puisque d’une idée venue d’une conscience particulière naissent d’autres ressentis intériorisés. C’est grâce à cela que l’Anti-Fashion peut évoluer tout en conservant son esprit initial.

Notre génération l’assimile toujours mais autrement. Elle fait évoluer ce mouvement né des années 80-90 en le nourrissant des influences contemporaines et des évolutions géopolitiques, culturelles, économiques.

En effet, de nouveaux créateurs aujourd’hui se placent dans la lignée du mouvement Anti-Fashion, tel qu’Hussein Chalayan, comme nous l’avons vu précédemment. De la même manière, même si la Maison Margiela fût reprise, l’esprit de celle-ci a été conservée, en témoigne le port du masque de tissu durant le défilé de la collection Printemps/Eté 2014.

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Défilé Maison Margiela, Printemps/Eté 2014

L’Anti-Fashion deviendra peut-être une tendance qui partira et reviendra au fil du temps et des contextes politiques, sociaux. Toutefois, il restera un mouvement avant tout artistique, capable de bouleverser le monde de la mode, la vision de la beauté et l’apparence de l’homme et de la femme.

Ne pouvons nous pas, sans analogie abrupte tout de même, considérer Coco Chanel comme une créatrice avant-gardiste Anti-Fashion, qui chamboula les codes et le regard porté sur la femme ?

Quoi qu’il en soit, du scandale à l’admiration que suscite le mouvement décadent et avant-gardiste Anti-Fashion, celui-ci demeure une étape majeure dans l’histoire de la mode qui elle, ne sera plus jamais la même.

Cet article fait partie du dossier Anti-Fashion, nous vous invitons à lire : 

Anti-Fashion : less is more

http://manifesto-21.com/2014/03/22/anti-fashion-less-is-more/

Anti-Fashion : le dépassement des genres

http://manifesto-21.com/2014/04/12/anti-fashion-le-depassement-des-genres/

 

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