Adam Naas, la voix des anges

Lors des Bars en Trans 2016, on a pu discuter un peu avec l’énigmatique et touchant Adam Naas, quelques heures avant son concert. Plutôt que de s’évertuer à vous décrire sa voix en or, on vous laisse l’écouter :

Manifesto XXI – Comment t’es-tu retrouvé à jouer ici ? Tu connaissais déjà le festival ?

Adam Naas : Ce sont mes tourneurs qui m’ont dit que je jouais aux Bars en Trans. Je connaissais le festival, oui, et j’étais d’ailleurs plus intéressé par les Bars en Trans que par les Trans Musicales – je ne sais pas si c’est un truc qui se dit ? Bon, on s’en fout –, et j’étais vraiment super super content.

S’il y a bien un truc que j’adore, c’est parler à des artistes et côtoyer des gens qui travaillent autour de la musique ; je trouve que c’est l’un des plus beaux trucs dans ce métier. Et savoir que je partageais la scène avec d’autres artistes, c’était trop cool.

Tu connaissais beaucoup de gens programmés aux Bars en Trans ?

Je connaissais La Féline, parce que mon ingé-son travaille avec elle, et Aliocha parce qu’on a le même attaché de presse. J’ai beaucoup attendu la programmation, presque tous les jours j’étais sur le site en mode « quand est-ce que la programmation va sortir ? ». J’étais hyper content de pouvoir faire défiler et voir qui allait jouer où.

Tu es plutôt du genre à beaucoup regarder ce qu’il se passe autour de toi, ou à être focalisé sur ton projet ?

Ah non, je regarde ce qu’il se passe autour de moi. J’adore écouter les nouveaux sons qui sortent, les nouveaux artistes, ça me rend super heureux. Je pense que c’est toujours bien de représenter une nouvelle génération d’artistes, c’est comme faire partie d’une vague, et c’est vraiment cool.

Pas trop de pression pour ce soir ?

Mmmh… Un peu, mais j’imagine que j’en aurai toujours un peu. C’est toujours une bonne pression, qui donne envie de faire de nouvelles choses. Ce soir, il y a deux morceaux que je vais jouer pour la première fois ; je découvre aussi en même temps, et je me sers de cette pression pour me dire qu’il faut aussi que je prenne des risques et que j’évolue. Donc c’est cool !

Quand as-tu commencé ce projet musical ?

Il y a un an et demi, avec le premier morceau que j’ai sorti, « Fading Away », que j’ai co-réalisé avec un pote, et que j’ai sorti sur YouTube. Tout a commencé grâce à une famille, dont le père est manager, et la fille une personne très importante dans ma vie. Elle m’a toujours poussé à faire de la musique. Ce projet a vraiment éclos grâce à elle. Et grâce à son père aussi. Parce qu’ils ont cru en moi plus que je n’ai jamais cru en moi-même, et c’est toujours quelque chose d’assez incroyable à ressentir.

Comment as-tu appris la musique ? De manière institutionnelle ou autodidacte ?

Oh non, juste à la maison, dans ma chambre. Et dans les toilettes aussi, parce que ça résonne. J’avais toujours mon portable sur moi en soirée, et ça m’arrivait de m’éclipser pendant dix minutes pour enregistrer des lignes de chant sur mon portable. C’est de là qu’est d’ailleurs née ma première chanson, dans les chiottes. J’aurais bien aimé aller au conservatoire mais je pensais que je n’avais pas les thunes, j’étais toujours en dèche, et je ne savais pas si c’était payant ou pas. Et j’étais aussi hyper flemmard, du coup…

Comment gères-tu ton live, tu es seul sur scène ?

Non, je suis avec deux meilleurs potes avec qui je partage tout. Louis fait la guitare, basse, keyboard, chœurs, et Chris fait basse, keyboard, pad, chœurs. Ils font un peu de tout donc c’est cool.

Louis je le connais depuis très longtemps, c’est un peu comme mon frère, et Chris j’ai eu un coup de foudre pour elle et je ne lui ai pas trop laissé le choix de savoir si elle voulait jouer avec moi ou pas. C’est elle qui m’a contacté, du coup je savais que c’était elle qu’il me fallait. C’est incroyable de faire de la musique avec ses meilleurs potes.

Côté sorties, où en es-tu ? Il y a des choses en cours ?

Il y a des choses en cours, oui. Je suis en train de penser aux clips en ce moment, et puis il y a des chansons que je vais commencer à enregistrer pour l’album.

Donc il y a un projet d’album. On peut en parler ?

Oui, parce que l’EP s’est plutôt bien passé, et que j’étais plutôt content de ce que j’avais fait, donc l’album était un peu la suite. Je me focalise dessus en ce moment.

Quelles sont tes principales influences pour ton projet ?

Ben, je ne sais pas si j’en ai vraiment – je ne sais pas si c’est un peu arrogant de dire ça –, mais il y en a tellement que je ne saurais pas vraiment dire s’il y en a vraiment. En tout cas, il y a un artiste que j’adore et que je trouve vraiment incroyable, qui s’appelle Perfume Genius, je pense que si je le voyais je lui sauterais dessus… sans aucune gêne. Mais en fait non, c’est un peu tout, j’ai beaucoup écouté de soul, j’adore aussi Rachmaninov, et aussi Marilyn Manson.

C’est très éclectique…

Oui, j’aime juste avoir du son dans les oreilles ; après, quand j’aime pas, j’aime pas. Mais il y a toujours quelque chose d’intéressant dans la musique ; même si ça ne dure que trois secondes dans la chanson, ça procure une sensation incroyable. Je pourrais réécouter une chanson cinquante-six fois, juste pour écouter les trois secondes qui me font péter un câble. Mais il y a toujours de la voix, pour moi c’est quelque chose de très très important.

Tu écoutes peu de musique instrumentale ?

Beaucoup moins… pas trop… même pas du tout.

Comment composes-tu ? Dans quel genre de cadre ? Avec tes deux collègues ou seul ?

Il n’y a aucune méthode, ça vient un peu n’importe comment. Ça peut être les textes qui arrivent avant, ou la mélodie, ou les accords. Parfois, c’est lorsqu’on est en répète, Chris va faire un accord et je vais être « ok, ce son-là est incroyable, je veux que tu me fasses un fa, et ça et ça ». Et puis oui, eux ils participent aussi, c’est assez incroyable de pouvoir être supporté par ses meilleurs potes en faisant de la musique, et qu’ils puissent participer aussi à ce processus de création, c’est trop cool. Parce que c’est une partie d’eux qui est contenue dans trois ou quatre minutes. À chaque son qu’ils font, il y a toujours une image qui vient derrière et c’est trop cool, ça rend heureux.

C’est important justement pour toi l’image, le visuel, les clips ? Quelle atmosphère veux-tu renvoyer ?

Je suis hyper dur concernant l’image. C’est un truc qui pour moi est important, même si ce n’est pas la priorité. Je n’ai pas envie qu’on fasse de moi quelque chose que je ne suis pas. J’aime bien tout ce qui est un peu crade, j’ai toujours été plus intéressé par le lo-fi que par tout ce qui est grande écoute.

J’ai fait une chanson sur mon EP qui s’appelle « Downtown », avec laquelle j’ai voulu tester ce que ça faisait de faire quelque chose un peu plus grande écoute. Je la retravaille en ce moment, parce que justement ce n’est pas nécessairement quelque chose qui me correspond. Mais oui, l’image m’importe aussi, parce qu’en faisant de la musique je me suis rendu compte que j’avais d’autres envies, et que ça passait notamment par la réalisation, l’écriture…

Tu prônes une démarche artistique complète ?

Oui, je pense que c’est d’autant plus intéressant quand on a des idées sur pas mal de choses, d’essayer de faire en sorte que ce projet musical, Adam Naas, soit un peu un vecteur transversal de plusieurs supports artistiques. Je trouve que c’est plutôt joli, ça a plus de force, et si c’est sincère, c’est un combo cool.

Dans tes textes, est-ce qu’il y a des thématiques qui reviennent, des obsessions, des lignes conductrices ?

J’ai toujours été atrocement intéressé par le comportement humain, et je trouve que les relations qu’ont les humains entre eux est un putain de trésor incroyable. Les gens ne s’en rendent pas trop compte parce qu’ils ont tendance à ne pas savoir ce que c’est que de ne pas avoir de relations, d’être seul, aussi bien géographiquement que dans ses pensées, juste seul.

Créer des liens avec des gens est incroyable, c’est une putain de force. C’est un sujet inépuisable, et quand on mêle ça à l’amour et à la mort, je trouve que c’est quelque chose qui devient très personnel et qui est intéressant. Moi, j’ai fait le choix de vouloir puiser là-dedans. J’aurais trop aimé parler de dinosaures et d’aliens, j’espère qu’un jour je pourrai. Mais en tout cas, j’ai fait le choix pour l’instant de me comprendre un peu plus à travers la musique.

Tu sembles assez éloigné du côté deuxième degré et distancié qui anime beaucoup d’artistes émergents en ce moment… 

Oui, dans le texte en tout cas. Je pense que c’est important pour moi, ça m’aide d’être confronté aux choses que j’ai écrites. Quand tu écris des choses, de temps en temps, il y a un peu de ton subconscient qui surgit et en relisant, en prenant un peu de recul, on se rend compte qu’il y a des choses qui ressortent un peu de tout ça, et c’est bien. C’est un peu un travail d’introspection auto-infligé.

Depuis combien de temps te produis-tu en live avec ce projet ?

J’ai commencé il y a un an jour pour jour, à Strasbourg, en première partie de Aaron. Il y avait pas mal de monde, c’était un peu oppressant. On était tous en tachycardie extrême et on pensait tous qu’on allait crever.

Tu consacres ta vie à la musique en ce moment ?

Maintenant oui, je n’ai pas le temps pour autre chose. En fait si, j’ai le temps, mais pas trop, parce que j’aime bien jouer aux jeux vidéo et regarder des films. Du coup, je ne peux pas trop faire quelque chose d’autre en même temps, et la musique en prend beaucoup, ce qui est trop cool.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter musicalement ? À court, à moyen terme, qu’est-ce qui aurait vraiment du sens pour toi ?

Des rencontres. Mon plus grand rêve, ce serait de créer une putain de communauté artistique. D’avoir des coups de foudre dans la musique, la culture, la création. C’est le truc qui m’intéresse le plus.

J’ai rencontré pas mal de gens comme ça, dont les gens qui m’accompagnent sur scène, et je pense que c’est le seul truc que je me souhaite, de rencontrer des gens qui me comprennent et avec qui il y a une symbiose artistique qui se crée. C’est vraiment un truc de ouf quand ça arrive.

C’est ce qui te stimule à aller de l’avant ?

Oui. S’il n’y avait pas ça, j’aurais été beaucoup plus heureux à vendre des fleurs.

Vendre des fleurs ?

Oui, c’est trop cool les fleurs.

Un mot de la fin ? 

Un truc que je dis tout le temps, c’est « shit happens« , mais même les pires trucs, c’est stylé. Donc même si je vomis ce soir sur scène ou que je me chie dessus, c’est cool. Je m’en relèverai plus fort demain.

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Propos recueillis par Alice Heluin-Afchain et Eléna Tissier.

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