Abschaum : L’écume des nuits

Après the Telescopes, voici la deuxième belle rencontre faite au Cosmic Fest, celle du groupe lyonnais Abschaum. D’abord le projet solo krautrock psyché de Chris Poincelot, qui enregistre seul dans sa chambre, Abschaum est aujourd’hui rejoint par Jonas Baderou et Paul Renard, prenant un tournant plus contemplatif, plus drone, se muant dans des nappes aériennes et chaleureuses, un pied dans le cosmos et l’autre dans le bitume du paysage urbain. Rencontre avec deux musiciens passionnés qui contribuent à faire bouger la scène underground de Lyon à travers leurs projets musicaux mais aussi l’initiative du collectif Misère Records.

Manifesto XXI : Comment le projet Abschaum a-t-il commencé ?

Chris : J’ai commencé tout seul, ça devait être en 2011 ou 2012, quelque chose comme ça. J’avais envie de jouer tout seul à l’époque, mais j’ai vite rencontré Jonas et c’était parti. Ce qu’on fait maintenant est bien différent de ce qu’on faisait au début. On n’a pas encore sorti d’album parallèlement aux derniers morceaux que l’on a mis en ligne, mais on est en train de travailler le mix. Normalement ça sortira à la rentrée, en vinyle.

Jonas : Je connaissais Chris avant d’être dans Abschaum et à l’époque le projet était plus centré sur la machine et le chant était en anglais. Maintenant on est partis dans un truc plus cosmique où il n’y a que des chants en français.

Pourquoi ce choix d’un passage de l’anglais au français ?

Chris : Je chantais en anglais mais ce que j’écoutais principalement c’était de la musique dont les paroles étaient en allemand. Je ne connais pas grand chose en allemand du coup l’anglais s’est imposé assez naturellement mais je ne suis pas très bon en anglais non plus, ça peut s’entendre. Finalement je trouve ça plus simple d’écrire en français, et puis j’ai moins honte que de chanter en anglais avec un gros accent français.

Avec ce changement de langue, tu es libre d’aborder des sujets qui te touchent plus qu’avant ?

Chris : Finalement, ça a toujours parlé plus ou moins de la même chose. Ça en devient quand même un peu plus personnel. J’aime parler de ce qui se passe autour de moi…

Jonas : La nuit, les clopes, le rock, les meufs. (rires)

Chris : Un bon résumé. (rires) Le mal-être. On est quand même un groupe très dark.

Vous allongez beaucoup vos morceaux en concert. Par rapport à l’album, le set va-t-il avoir une écoute et une atmosphère différente ?

Chris : En live, il y a un point de départ et un point final. On ne sait jamais comment on va arriver au point final mais on se balade. Sur l’album, on l’a bossé de la même manière. Forcément, il n’y a aucun morceau qui dure 8 minutes sur l’album, mais c’est quelque chose que l’on ferait volontiers à l’avenir. Sur la construction, on sait d’où on part, sans forcément savoir où on va atterrir. Ça laisse de la place à l’improvisation, on ne va jamais jouer la même chose deux fois.

Jonas : Sur l’album, on n’a pas beaucoup de morceaux, ça s’enchaîne. On l’a pensé plus en terme de vinyle, donc avec deux faces. Les morceaux sont assez mêlés, sans grosse coupure entre chaque chanson. On cherchait à ce qu’il y ait une vraie histoire.

À l’écoute de vos albums, j’ai pensé à des groupes comme Wooden Shjips. Quelles sont vos vraies influences musicales ?

Chris : On a pas mal joué avec Moon Duo et Wooden Shjips et j’aime beaucoup ce qu’ils font. Je pense qu’on partage globalement les mêmes influences. On écoute beaucoup de krautrock, des groupes comme Ash Ra Tempel ou Neu !. Évidemment, c’est beaucoup plus perché que ce qu’on fait, mais eux ne devaient pas être lucides souvent. (rires)

Vous estimez être lucides combien de fois par semaines ?

Jonas : Ca dépend. Là, on était assez concentrés ces derniers temps ! On prépare une autre session d’enregistrement avec des choses un peu plus libres. Là, il y a un bon travail de production sur ce qui va sortir, même si ce sont des enregistrements live dans une seule pièce. On a joué à l’unisson avec les claviers, la guitare et la batterie.

Chris : Avant c’était vraiment solo dans ma chambre. Sur le nouvel album, on a mis l’accent sur l’enregistrement live. On a un peu bossé en post-prod derrière forcément, mais ça sera plus représentatif de ce qu’on fait sur scène.

Parlons matos. C’est une priorité pour vous les instruments analogiques vintage ?

Chris : On s’en fiche un peu, mais forcément, on va préférer le bon vieux matos.

Jonas : S’équiper uniquement de matos analo ça prend du temps. En studio on a un vieil orgue, un synthé analogique, une guitare et une batterie. Après ça passe quand même sur un ordinateur. Le but serait de pouvoir enregistrer sur des bandes avec une table analogique. Ca viendra petit à petit. Les thunes qu’on gagne en concert, au lieu de la claquer en drogue et en bières, il faudrait l’investir dans du matos.

C’est le matos ou la bouffe.

Chris : Non, on arrive à bien manger.

Jonas : On est de fins cuisiniers. Ces derniers temps on a une petite tendance lasagnes.

Chris : Ah oui, on en fait beaucoup en ce moment. On a de multiples facettes. En cuisine, c’est l’improvisation qui paie toujours.

Comme dans la musique.

Chris : Exactement. On est autant impliqués dans notre cuisine que dans notre musique. On a une émission de radio qui s’appelle la Choucroute Cosmique sur une webradio. Die Kosmische Sauerkraut sur LYL Radio. On y cale des petites recettes. La dernière était la recette de l’œuf au plat.

Jonas : C’est une radio lyonnaise et il y a beaucoup de musiciens et de labels locaux qui y passent. C’est diffusé en live sur internet de 10h à 22h. Tout le monde a une heure par mois. On passe des vieux disques de krautrock.

Dans la scène musicale underground lyonnaise, vous arrivez à nouer des relations entre groupes ?

Jonas : On vient de monter un collectif qui a vu le jour en Janvier, Misère Records. Le groupe Poison Point sont des sympathisants, on traîne pas mal avec eux. Mais les principaux groupes sont Ashinoa, un groupe instrumental dans lequel Chris joue aussi, Savarin et Pratos. D’ailleurs on joue avec eux mardi au Supersonic. La première soirée Misère Records qu’on a faite était vraiment cool. On avait joué avec Poison Point, Pratos et Ashinoa sans changement de plateau. On a fait quatre heures de live non-stop, on a fini par faire 20 minutes de morceaux à treize sur scène.

Chris : Ça serait cool que pour 2018 on aie un vrai live de Misère Records avec un plateau de quatre heures où ça joue sans interruption.

Jonas : Le premier live qu’on a fait a très bien marché, les gens ne s’attendaient pas à ça. On s’est vraiment bien marrés. On peut jammer sur le dernier morceau d’un groupe puis enchaîner directement sur le groupe suivant. Dans le style de musique qu’on fait, il y a vraiment une force à Lyon. On s’est réunis autour d’une table en se disant qu’on avait les mêmes aspirations et il y a une équipe sérieuse derrière. Pour moi, c’est le premier projet collectif vraiment solide. Même si ça s’appelle Misère Records, le but n’est pas de produire mais plutôt de fédérer. On a le projet de se prendre une maison à la campagne et y mettre un studio pour produire en continu pendant six mois. Le but c’est de quitter un peu la ville, de s’éloigner des perturbations quotidiennes.

Ça va vous paraître inattendu, mais le morceau « Ondes Glaciales » m’a rappelé le titre « I feel love » de Donna Summer. Je me trompe ?

Chris : (rires) Cette ligne de basse a été faite mille fois. Ce n’était pas voulu. J’avais fait le morceau il y a un moment et je me suis rendu compte par la suite que ça existait déjà.

Jonas : C’est un grand fan de Donna Summer. (rires)

Chris : C’est vrai que ce morceau de Donna Summer avec Moroder il est vraiment cool mais je n’y avais pas du tout réfléchi. D’ailleurs ce morceau là date bien, mais j’assume complètement.

Un petit mot sur vos futurs projets ?

Chris : L’album à la rentrée si tout se passe bien, et cet été on va sortir un petit clip pour mettre en image un des morceaux.

Merci à Hidden Frequencies

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